Ce que mesure l’analyse
Les tests dits d’« intolérance alimentaire » mesurent, dans le sang, des anticorps de type IgG, souvent de la sous-classe IgG4, dirigés contre des dizaines voire des centaines d’aliments. Ils sont proposés pour expliquer des troubles digestifs, une fatigue, des maux de tête ou des problèmes de peau, et pour construire un régime d’éviction.
Il faut bien distinguer ces anticorps des IgE, les anticorps de l’allergie immédiate. Les IgG contre les aliments sont produites normalement par le système immunitaire quand on mange un aliment. Leur présence montre que l’organisme a rencontré cet aliment, pas qu’il y réagit mal.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang ou un prélèvement au bout du doigt, selon les laboratoires. Les panels, les méthodes et les seuils varient d’un laboratoire à l’autre et ne sont pas standardisés. Le résultat est souvent présenté sous forme de couleurs ou de classes par aliment.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de valeur de référence validée qui relierait un taux d’IgG à une intolérance. C’est pourquoi cette fiche ne donne pas de repère chiffré.
Ce qui compte vraiment : les aliments que vous mangez le plus souvent ont toutes les chances de ressortir avec des IgG élevées. Le rapport de l’EAACI (Stapel et al., Allergy, 2008) note que de nombreux sérums sont positifs sans aucun symptôme correspondant. Un résultat positif traduit donc surtout une exposition, voire une tolérance, et non un problème.
Si vous avez des symptômes après certains aliments, d’autres explorations existent et ont fait leurs preuves : IgE spécifiques et tests cutanés pour une allergie, recherche de maladie cœliaque, test respiratoire pour une intolérance au lactose, ou bilan digestif selon les symptômes.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’un test non validé. Le groupe de travail de l’Académie européenne d’allergologie et d’immunologie clinique (EAACI) a publié en 2008 une position sans ambiguïté (Stapel et al.). Il n’existe ni preuve convaincante que les IgG4 libèrent de l’histamine chez l’humain, ni étude contrôlée montrant la valeur diagnostique de ces tests dans l’allergie alimentaire. Les IgG4 contre les aliments indiquent que l’organisme a été exposé de façon répétée, et seraient plutôt un marqueur de tolérance immunologique, liée aux lymphocytes T régulateurs. Le groupe conclut que ce test n’est pas pertinent et ne devrait pas être réalisé en cas de plaintes liées à l’alimentation.
Le même rapport décrit un marché en croissance : des panels de centaines d’aliments sont proposés aux enfants, aux adolescents et aux adultes, souvent à des personnes convaincues que leurs symptômes viennent de l’alimentation sans que ce lien ait été vérifié. Les auteurs insistent sur ce point : l’IgG4 n’indique ni une allergie alimentaire, ni une intolérance, mais une réponse physiologique du système immunitaire après exposition.
La HAS va dans le même sens. Dans son rapport de février 2018 sur la pertinence des soins en allergologie, elle range le dosage des IgG parmi les tests diagnostiques n’ayant pas fait la preuve de leur efficacité, qu’il n’y a pas lieu de réaliser.
Le principal risque est indirect : des régimes d’éviction multiples, fondés sur ces résultats, peuvent restreindre inutilement l’alimentation, compliquer la vie sociale et faire passer à côté d’une vraie cause des symptômes. Ce risque concerne aussi les sportifs, souvent ciblés par ces offres.
Les analyses à associer
- Immunoglobulines E spécifiques : l’exploration d’une vraie allergie alimentaire.
- Anticorps anti-transglutaminase IgA : la recherche d’une maladie cœliaque.
- Test respiratoire au lactose : l’exploration d’une intolérance au lactose.
- Calprotectine fécale : la recherche d’une inflammation de l’intestin.
À retenir
- Les IgG alimentaires sont produites normalement quand on mange un aliment.
- Un résultat positif traduit une exposition, voire une tolérance, pas une intolérance.
- L’EAACI et la HAS déconseillent ce test pour explorer des troubles liés à l’alimentation.
- Aucun seuil validé n’existe.
- Des symptômes après certains aliments se discutent avec un médecin, avec des tests qui ont fait leurs preuves.