Ce que mesure l’analyse
La diamine oxydase (DAO) est une enzyme qui dégrade l’histamine. Elle est produite surtout par la paroi de l’intestin et agit comme une barrière : elle détruit une partie de l’histamine apportée par certains aliments, comme les fromages affinés, les charcuteries, certains poissons ou le vin.
L’intolérance à l’histamine est une hypothèse selon laquelle une activité DAO insuffisante laisserait passer trop d’histamine alimentaire. Elle provoquerait alors des maux de tête, des rougeurs, des troubles digestifs ou une congestion du nez. Le test mesure l’activité de la DAO dans le sérum, dans l’idée qu’elle reflète la capacité de l’intestin à dégrader l’histamine.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique. Les conditions précises (jeûne, moment, conservation) dépendent de la trousse et du laboratoire : suivez leurs consignes. Signalez vos médicaments et compléments, ainsi qu’un régime pauvre en histamine éventuellement en cours.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en unités par millilitre (U/mL). Il n’existe pas de valeur de référence issue d’une recommandation. Les études utilisent les tranches définies par le fabricant de la trousse, reprises par Cucca et ses collègues (Nutrients, 2022) :
- moins de 3 U/mL : activité basse ;
- de 3 à 10 U/mL : activité réduite ;
- plus de 10 U/mL : activité normale.
Ces seuils n’ont pas été validés comme outil de diagnostic. Une valeur basse ne prouve pas une intolérance à l’histamine, et une valeur normale ne l’exclut pas. Le résultat se lit avec les symptômes, leur lien avec l’alimentation et l’exclusion d’autres causes, comme une allergie, une maladie digestive ou une maladie des mastocytes.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’un marqueur de recherche, discuté. La recommandation des sociétés allemandes et suisse d’allergologie (Reese et al., Allergo Journal International, 2017) rappelle que les intolérances alimentaires sont bien plus souvent ressenties que démontrées. Elle juge limitées les preuves reliant l’histamine ingérée aux symptômes, et souligne qu’il manque un test de laboratoire fiable.
Deux études récentes nuancent le débat. Arih et ses collègues (Nutrients, 2023) ont mesuré la DAO chez 249 personnes suspectes d’intolérance et 50 témoins. Les personnes les plus suspectes avaient une DAO plus basse (médiane 8 U/mL) que les témoins (médiane 18 U/mL). Mais le seuil de 3 U/mL n’identifiait que 2 % d’entre elles, et celui de 10 U/mL distinguait mal les personnes plus ou moins suspectes. Les auteurs concluent que la DAO est un appoint, sans pouvoir fonder seule le diagnostic.
Les chiffres de cette étude montrent bien le problème. Le seuil de 10 U/mL repérait 71 % des personnes les plus suspectes, mais il classait aussi comme « basses » une partie des personnes moins suspectes : la spécificité n’était que de 61 % entre ces deux groupes. Les valeurs des personnes symptomatiques et des témoins se chevauchent donc largement, ce qui limite l’intérêt d’un résultat isolé.
Cucca et ses collègues (2022), sur 146 personnes suivies, ont observé des symptômes plus sévères quand la DAO était plus basse, et une meilleure réponse au régime chez celles qui avaient une activité intermédiaire. Il s’agit d’une étude rétrospective, que les auteurs jugent à confirmer.
Les analyses à associer
- Histamine plasmatique et méthylhistamine urinaire : les autres faces du métabolisme de l’histamine.
- Gène DAO : des variantes génétiques de l’enzyme sont étudiées.
- Tryptase : pour écarter une maladie des mastocytes.
À retenir
- La DAO est l’enzyme qui dégrade l’histamine des aliments, surtout dans l’intestin.
- Les seuils utilisés (3 et 10 U/mL) sont ceux du fabricant, non validés par une recommandation.
- Une DAO basse ne suffit pas à diagnostiquer une intolérance à l’histamine.
- Selon la recommandation germano-suisse, aucun test biologique fiable n’existe pour ce diagnostic.
- Le diagnostic repose sur l’évaluation clinique, menée avec un médecin.