Ce que mesure l’analyse
Les mastocytes sont des cellules du système immunitaire présentes dans la peau, les muqueuses et autour des vaisseaux. Ils contiennent des granules remplis de substances actives, dont l’histamine et la tryptase, une enzyme qui leur est presque propre. Lors d’une réaction allergique, les mastocytes se vident brutalement de leurs granules : c’est la dégranulation.
Le dosage de la tryptase a deux usages. Prélevée juste après une réaction, elle montre que les mastocytes se sont activés. Prélevée à distance, elle donne une valeur de base, qui reflète en partie le nombre total de mastocytes dans l’organisme.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique. Le moment est décisif. Selon Mayo Clinic Laboratories (États-Unis), la tryptase monte en 30 à 60 minutes après le début d’une réaction, puis diminue de moitié environ toutes les deux heures. Mayo recommande un dosage entre 1 et 6 heures après l’épisode, puis un second au moins 24 heures après pour connaître la valeur de base. Au-delà de 12 heures, le taux peut déjà être revenu à la normale.
La conservation compte aussi : Mayo signale que la tryptase se dégrade vite au contact des globules rouges. Le sérum doit être séparé, puis réfrigéré ou congelé.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µg/L, ce qui équivaut au ng/mL. Mayo fixe la valeur de référence à moins de 11,5 ng/mL.
Lors d’une réaction, ce qui compte est la hausse par rapport à votre propre valeur de base. Selon Mayo, qui reprend le consensus international sur les maladies des mastocytes (Valent et al., International Archives of Allergy and Immunology, 2012), une hausse supérieure à 20 % de la valeur de base plus 2 ng/mL remplit l’un des critères d’activation mastocytaire. Une réaction peut donc être significative même sous 11,5 ng/mL.
Une tryptase de base élevée a plusieurs causes. La plus fréquente est l’alpha-tryptasémie héréditaire, une particularité génétique présente chez 4 à 7,5 % de la population occidentale selon Mayo, souvent sans symptôme. Une tryptase de base au-dessus de 20 ng/mL est un critère mineur de mastocytose systémique, une maladie où les mastocytes s’accumulent dans la moelle osseuse et d’autres organes.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé : la tryptase est le marqueur de référence de l’activation des mastocytes. Le consensus de Valent et ses collègues définit l’activation mastocytaire par trois critères : des symptômes typiques, une hausse transitoire importante de la tryptase ou d’autres médiateurs, et une réponse aux traitements qui freinent ces médiateurs.
L’étude de Lyons et ses collègues (Nature Genetics, 2016) a expliqué une partie des tryptases de base élevées. Elle a relié ces taux, présents chez 4 à 6 % de la population générale, à des copies supplémentaires du gène TPSAB1 qui code l’alpha-tryptase. Plus le nombre de copies était élevé, plus la tryptase et les symptômes l’étaient. Les personnes concernées décrivaient des bouffées de chaleur, des démangeaisons, des troubles digestifs fonctionnels, des douleurs chroniques, une hyperlaxité des articulations ou des troubles du système nerveux autonome. Beaucoup de porteurs n’ont toutefois aucun symptôme.
Mayo rappelle enfin qu’une tryptase normale n’exclut pas une anaphylaxie, notamment quand le prélèvement est tardif ou quand la hausse reste sous la limite.
Les analyses à associer
- Méthylhistamine urinaire et histamine plasmatique : d’autres médiateurs des mastocytes.
- Immunoglobulines E spécifiques et allergènes moléculaires : pour identifier l’allergène en cause.
À retenir
- La tryptase est libérée par les mastocytes lors d’une réaction allergique.
- Mayo fixe la référence sous 11,5 ng/mL.
- Après une réaction, prélevez dans les heures qui suivent, puis à distance pour la valeur de base.
- La hausse par rapport à votre valeur de base compte plus que le chiffre isolé.
- Une tryptase de base élevée s’explique le plus souvent par une particularité génétique fréquente.