Ce que mesure l’analyse
Les polynucléaires éosinophiles sont des globules blancs peu nombreux dans le sang. Ils interviennent dans la défense contre les parasites, surtout les vers, et dans les réactions allergiques. Ils contiennent des granules remplis de protéines toxiques pour les parasites. L’une d’elles est la protéine cationique des éosinophiles, ou ECP.
Ce bilan associe deux mesures. Le nombre d’éosinophiles, rendu sur toute numération formule sanguine, dit combien il y en a. L’ECP, dosée dans le sérum, renseigne sur leur activation : elle est libérée quand les éosinophiles se vident de leurs granules, par exemple dans les bronches d’une personne asthmatique.
Comment se passe le prélèvement
Le nombre d’éosinophiles se mesure sur un tube de numération classique, sans préparation. Les corticoïdes les font baisser rapidement : signalez tout traitement de ce type.
L’ECP est plus exigeante. Chez Labcorp (États-Unis), le sang doit reposer 60 à 120 minutes avant d’être centrifugé, le temps que l’ECP soit libérée des cellules. Le laboratoire impose un type de tube précis, car d’autres faussent le résultat, et refuse les sérums très hémolysés ou très riches en graisses. Ces conditions varient selon les laboratoires : suivez leurs consignes.
Comment lire le résultat
Le nombre d’éosinophiles s’exprime en G/L, c’est-à-dire en milliards par litre. Les définitions internationales, reprises par Ackermann et ses collègues (La Revue du Praticien, 2019) d’après Valent et ses collègues, sont les suivantes :
- éosinophilie : plus de 0,5 G/L ;
- hyperéosinophilie : plus de 1,5 G/L à deux reprises, à un mois d’intervalle, ou éosinophilie excessive dans un tissu ;
- syndrome hyperéosinophilique : hyperéosinophilie avec une atteinte d’organe attribuable aux éosinophiles, une fois les autres causes écartées.
Le PNDS de la HAS sur les hyperéosinophilies (2022) retient le même seuil de 1 500 par mm³, soit 1,5 G/L, pour le syndrome hyperéosinophilique, avec une évolution de plus d’un mois.
Pour l’ECP, Labcorp donne un intervalle de référence de 4 à 54 µg/L en technique ImmunoCAP. Une valeur élevée traduit une activation des éosinophiles, sans en dire la cause.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve diffère selon la mesure. Le nombre d’éosinophiles est un examen de base, très bien validé. Une éosinophilie fait rechercher en premier les causes fréquentes : allergies, parasitoses, médicaments. Le PNDS de la HAS cite, parmi les causes des hyperéosinophilies réactionnelles, les infections parasitaires, les prises médicamenteuses, les maladies inflammatoires et certains cancers. Plus rarement, l’excès d’éosinophiles vient d’une maladie du sang. Le PNDS recommande un bilan des causes et du retentissement pour toute hyperéosinophilie au-delà de 1,5 G/L.
L’ECP a une place beaucoup plus limitée. Labcorp indique qu’elle est souvent élevée dans les inflammations à éosinophiles, comme l’œsophagite à éosinophiles, et qu’elle a été utilisée pour évaluer la sévérité de l’asthme. Elle ne permet pas de diagnostiquer un asthme, son intérêt se limite à l’asthme allergique, et elle peut varier dans d’autres situations comme une sinusite bactérienne. Elle est mieux corrélée aux symptômes qu’à la fonction respiratoire, surtout chez l’enfant.
Un nombre d’éosinophiles normal n’exclut pas une allergie, et une éosinophilie n’est pas toujours allergique : l’interprétation se fait avec le médecin, selon l’histoire et l’examen.
Les analyses à associer
- Polynucléaires éosinophiles : la valeur de départ sur la numération.
- Immunoglobulines E totales : souvent élevées dans les allergies et les parasitoses.
- Examen parasitologique des selles : pour rechercher une parasitose.
- Tryptase : dans l’exploration de certaines hyperéosinophilies.
À retenir
- Les éosinophiles sont des globules blancs de l’allergie et de la défense contre les parasites.
- On parle d’éosinophilie au-delà de 0,5 G/L, d’hyperéosinophilie au-delà de 1,5 G/L confirmée à un mois.
- Les causes les plus fréquentes sont les allergies, les parasitoses et les médicaments.
- L’ECP reflète l’activation des éosinophiles ; Labcorp donne 4 à 54 µg/L.
- L’ECP ne diagnostique pas un asthme et exige un prélèvement très encadré.