Ce que mesure l’analyse
Les polynucléaires basophiles sont les globules blancs les plus rares du sang. Ils doivent leur nom à leurs gros grains foncés, qui fixent les colorants basiques. Ces grains contiennent notamment de l’histamine, la molécule qui provoque démangeaisons, rougeurs et gonflements lors d’une allergie.
À leur surface, les basophiles portent des récepteurs pour les IgE, les anticorps de l’allergie. Au contact de l’allergène, ils libèrent le contenu de leurs grains. Ils participent ainsi aux réactions allergiques, à l’inflammation et à certaines défenses contre les parasites.
L’analyse compte les basophiles lors de la numération formule sanguine (NFS). Comme ils sont très peu nombreux, chaque mesure porte sur peu de cellules : de petites variations d’un bilan à l’autre sont normales et n’ont pas de sens isolément.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang veineuse sur tube EDTA (bouchon violet). Le jeûne n’est en général pas exigé pour une NFS seule.
Le nombre de basophiles varie fortement au cours de la journée (ANAES, 1997). Pour comparer deux résultats, prélevez à la même heure, de préférence le matin. Signalez une prise de corticoïdes ou une réaction allergique récente. Le tube doit être analysé sans trop attendre, car les cellules s’altèrent avec le temps.
Comment lire le résultat
L’unité est le G/L (un milliard de cellules par litre). Les valeurs sont très faibles. Exemple d’intervalle adulte : 0 à 0,07 G/L au laboratoire de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest, sur automate Sysmex XN-1000. Les bornes varient selon l’automate et le laboratoire : référez-vous à votre compte rendu.
Un résultat à 0 G/L est donc compris dans l’intervalle. Il n’a pas de signification médicale. C’est pourquoi cette fiche ne retient pas de cause de valeur basse.
Ce qui intéresse le médecin, c’est une basophilie, c’est-à-dire une hausse au-dessus de l’intervalle. Le service d’hématologie du NHS Highland, en Écosse, retient un intervalle de 0 à 0,1 G/L. Il note qu’une cause réactionnelle n’entraîne en général qu’une hausse légère, de l’ordre de 0,2 G/L. Il conseille de recontrôler une basophilie trois à quatre semaines plus tard, avec un frottis sanguin. Une basophilie persistante, surtout au-delà de 0,4 G/L, évoque fortement une néoplasie myéloproliférative (NHS Highland, 2024).
Ce qui compte vraiment :
- la persistance sur plusieurs contrôles ;
- les autres anomalies de l’hémogramme : globules blancs très élevés, éosinophiles élevés, plaquettes anormales, cellules immatures ;
- le contexte : allergie active, maladie inflammatoire, fonctionnement de la thyroïde.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est validé (a) pour la mesure. La numération des basophiles fait partie du contenu minimal de l’hémogramme défini par l’ANAES. Il n’existe pas, en revanche, de recommandation française dédiée à la basophilie.
L’étude française de référence sur l’hémogramme de l’adulte a établi des valeurs par sexe et par âge chez 33 258 personnes (Troussard et al., 2014). L’ANAES n’a pas relevé de différence selon le sexe pour les basophiles (ANAES, 1997).
La principale cause grave de basophilie est la leucémie myéloïde chronique, une maladie de la moelle osseuse liée à un gène de fusion anormal, BCR::ABL1. Les recommandations françaises sur les éosinophiles conseillent d’ailleurs de rechercher ce gène quand une hyperéosinophilie s’accompagne de neutrophiles ou de basophiles élevés (Groh et al., 2023).
Les données sur l’effet de l’effort, de l’alimentation ou des compléments sur les basophiles sont pauvres. Méfiez-vous des interprétations « optimales » qui prêtent un sens précis à de petites variations : la précision de la mesure, sur des nombres aussi faibles, ne le permet pas.
Les analyses à associer
- Globules blancs : une basophilie avec une forte hausse des leucocytes n’a pas le même sens qu’une hausse isolée.
- Frottis sanguin : confirme les basophiles au microscope et recherche des cellules immatures.
- Polynucléaires éosinophiles : ils montent souvent avec les basophiles, dans l’allergie comme dans certaines maladies de la moelle.
- Polynucléaires neutrophiles : élevés avec les basophiles, ils orientent l’enquête vers la moelle osseuse.
- TSH : explore une hypothyroïdie, cause possible de basophilie.
À retenir
- Les basophiles sont rares : une valeur à 0 G/L est normale.
- Seule une hausse persistante intéresse le médecin.
- Elle se recontrôle quelques semaines plus tard, avec un frottis sanguin.
- Allergie, inflammation chronique et hypothyroïdie sont des causes possibles ; la leucémie myéloïde chronique est la cause grave à ne pas manquer.