Le régime méditerranéen, on nous le vend depuis des années comme le sommet de l’alimentation saine. Huile d’olive, poisson, légumes, tomates juteuses au soleil de la côte amalfitaine… le rêve marketing parfait. Sauf qu’un essai clinique randomisé publié dans la revue BMJ Nutrition Prevention and Health(1) vient de bousculer la hiérarchie. Et le coupable, c’est un autre régime, beaucoup moins glamour sur Instagram.
Avant de découvrir lequel, prenons cinq minutes pour comprendre pourquoi les chercheurs se sont penchés sur la question. Parce que ce n’est pas juste une histoire de tour de taille, et c’est là que ça devient intéressant.

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Une étude pas comme les autres
L’équipe dirigée par Hana Kahleova, du Physicians Committee for Responsible Medicine à Washington, n’a pas fait une étude observationnelle de plus. Vous savez, ces enquêtes où l’on demande aux gens ce qu’ils mangent, où l’on suit ça pendant dix ans, et où l’on tire des conclusions toujours discutables. Non, ils ont fait beaucoup mieux : un essai clinique randomisé en cross-over.
Le cross-over, c’est une méthode où chaque participant teste les deux régimes successivement. Cela élimine pas mal de biais, parce que chaque personne est sa propre témoin. C’est l’un des plus hauts niveaux de preuve en nutrition.
Le protocole
L’étude a recruté 62 adultes en surpoids. Pendant 16 semaines, ils ont suivi un premier régime. Puis, après une période de neutralisation, ils ont basculé pendant 16 semaines sur le second régime. Les chercheurs ont mesuré le poids, le profil lipidique (le cholestérol, en gros), la sensibilité à l’insuline et… l’empreinte environnementale de chaque assiette. Cette dernière mesure est une nouveauté, et c’est elle qui change tout.
Pour calculer l’impact écologique, l’équipe a croisé les carnets alimentaires des participants avec des bases de données qui chiffrent les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’énergie de chaque aliment. Tout y passe : la production, le transport, la transformation, le stockage. Du champ à la fourchette.
Pourquoi les chercheurs se sont posé la question
L’alimentation, premier levier climatique ?
Les systèmes alimentaires représenteraient près d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. C’est colossal. Et la viande rouge concentre une grosse part de cet impact : élevage, fourrage, méthane des ruminants, déforestation pour les pâturages. Les chercheurs voulaient savoir si un changement d’assiette pouvait réellement peser dans la balance climatique. Spoiler : oui, et plus qu’on ne l’imagine.
Méditerranéen contre… qui ?
Le régime méditerranéen est la référence officielle de nombreuses sociétés savantes. Il fait baisser la tension artérielle, protège le coeur, allonge l’espérance de vie en bonne santé. Mais ce régime contient encore du poisson, des œufs, parfois des produits laitiers. Donc une part animale. L’équipe de Kahleova a voulu le confronter à un régime totalement végétal et pauvre en gras, pour voir lequel gagne sur deux tableaux : la santé du métabolisme et celle de la planète.
Ce que le régime méditerranéen a fait, et ce qu’il n’a pas fait
Tenez-vous bien, parce que les résultats du méditerranéen ont surpris les chercheurs eux-mêmes. Sur les 16 semaines de suivi, les participants n’ont pas perdu de poids significativement. Pas un gramme en moyenne. Le profil lipidique n’a pas non plus bougé de manière notable. Seul point fort : la tension artérielle a baissé, ce qui reste un bénéfice cardiovasculaire reconnu.
Côté empreinte carbone, le méditerranéen a réduit les émissions de gaz à effet de serre de 20 % environ. C’est honorable, mais sans plus. Et la demande énergétique cumulée (l’énergie totale dépensée par la chaîne alimentaire) n’a pas évolué de façon mesurable.
Le verdict de l’étude
C’est ici que les choses basculent. Le régime qui a explosé tous les compteurs, c’est le régime végétalien pauvre en graisses. Précisons tout de suite ce que cela signifie, pour éviter toute confusion : végétalien (vegan) veut dire sans aucun produit d’origine animale, donc sans viande, sans poisson, sans œuf, sans laitage. Pauvre en graisses veut dire que les huiles et les matières grasses ajoutées sont fortement limitées.
Sur la santé métabolique
Les participants en mode végétalien ont perdu en moyenne 6 kilos sur 16 semaines, contre zéro avec le méditerranéen. Le cholestérol total et le LDL (le mauvais cholestérol) ont chuté nettement, là où ils n’ont pas bougé sous régime méditerranéen. La sensibilité à l’insuline, c’est-à-dire la capacité du corps à bien utiliser le sucre dans le sang, s’est nettement améliorée avec le régime végétal, sans changement notable côté méditerranéen.
Sur l’empreinte écologique
C’est sans doute le résultat le plus spectaculaire :
- Les émissions de gaz à effet de serre ont chuté de 57 % avec le régime végétalien ;
- La demande énergétique cumulée a reculé de 55 % ;
- Le régime méditerranéen, en comparaison, plafonne à 20 % de baisse d’émissions et n’a pas réduit la consommation d’énergie de manière significative.
Autrement dit, le végétalien fait presque trois fois mieux que le méditerranéen sur le climat. Et il fait mieux sur la santé métabolique. Sur les deux tableaux.

Comment expliquer un tel écart ?
La viande rouge, l’éléphant dans la pièce
L’élevage bovin émet énormément de méthane, un gaz à effet de serre vingt-cinq fois plus puissant que le dioxyde de carbone à court terme. Produire un kilo de viande rouge demande plus de terres, plus d’eau, plus d’énergie qu’un kilo de lentilles ou de pois chiches. En supprimant totalement les produits animaux, on coupe la branche la plus émettrice du système alimentaire. Le méditerranéen, lui, autorise encore poisson et viande blanche, ce qui plafonne ses bénéfices.
Côté métabolisme
Le régime végétalien pauvre en gras fournit beaucoup de fibres, peu de graisses saturées et une charge calorique moins dense par bouchée. Conséquence : on mange à satiété sans accumuler de surplus. Les fibres aident la flore intestinale et ralentissent l’absorption des sucres. Moins de graisses saturées, c’est moins de cholestérol LDL. C’est une logique simple, mais qui se vérifie ici dans un essai contrôlé.
Les limites à garder en tête
L’étude porte sur 62 personnes en surpoids, ce qui reste un petit échantillon. Les participants étaient encadrés, ils ne mangeaient pas livrés à eux-mêmes : difficile de prédire l’adhésion à long terme dans la vraie vie. Le régime végétalien strict expose à des carences (vitamine B12, fer, iode, oméga-3 à longue chaîne) si l’on ne planifie pas correctement ses apports. Une supplémentation en B12 est non négociable. Enfin, ces résultats ne disqualifient pas le méditerranéen, qui reste une excellente option, simplement… pas la meilleure sur ces critères précis.
Ce qu’il faut retenir
Selon l’étude, un régime végétalien pauvre en gras, comparé au méditerranéen :
- Fait perdre environ 6 kg en 16 semaines, contre zéro ;
- Réduit le mauvais cholestérol et améliore la sensibilité à l’insuline ;
- Divise par presque trois les émissions de gaz à effet de serre liées à l’alimentation ;
- Diminue de plus de moitié la demande énergétique alimentaire.
La phrase la plus marquante de Hana Kahleova résume bien l’enjeu : changer d’assiette est l’un des leviers les plus immédiats et accessibles dont nous disposons, et il ne demande aucune technologie nouvelle. Juste de la science nutritionnelle déjà connue. À chacun de voir ce qu’il en fait.
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Sources éditoriales et fact-checking