Ce que mesure l’analyse
La testostérone totale est la quantité de testostérone présente dans le sang, toutes formes confondues. Cette hormone sexuelle est fabriquée chez l’homme surtout par les cellules de Leydig des testicules et, en petite quantité, par la corticosurrénale (la couche externe des glandes surrénales), selon Mayo Clinic Laboratories. Dans le sang, la majeure partie (environ 60 à 90 %) est fortement liée à la SHBG, une protéine porteuse ; le reste est surtout lié à l’albumine, et seule une petite fraction (environ 0,5 à 2 %) circule sous forme libre (Labcorp). Le dosage « total » additionne ces trois formes.
Un hypogonadisme désigne une production insuffisante d’hormones sexuelles par les testicules ou les ovaires. C’est la question à laquelle ce dosage répond le plus souvent chez l’homme.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang. Pour un diagnostic de déficit en testostérone, l’Endocrine Society recommande un dosage le matin, à jeun, avec une méthode fiable, puis un second dosage pour confirmer (Bhasin et coll., 2018). La Society for Endocrinology et l’ACB précisent qu’un résultat obtenu après 11 h, hors jeûne ou pendant une maladie aiguë ne permet pas de poser le diagnostic (Jayasena et coll., 2023). La testostérone baisse après un repas et lors d’un sommeil restreint, et le rythme jour-nuit habituel n’existe pas chez les travailleurs de nuit.
Chez l’homme de 30 à 40 ans, la testostérone est de 20 à 25 % plus basse à 16 h qu’à 8 h ; l’écart se réduit avec l’âge (Brambilla et coll., 2009). Informez le laboratoire si vous prenez de la biotine (vitamine B8, parfois appelée B7), car elle peut fausser certains dosages hormonaux par immunodosage (FDA ; Li et coll., JAMA 2017).
Un dosage salivaire existe aussi. Il est corrélé à la testostérone libre calculée (r = 0,71 chez l’homme dans l’étude de Keevil et coll., 2014), mais cette étude a établi ses intervalles (93 à 378 pmol/L chez l’homme, 5 à 46 pmol/L chez la femme) avec une méthode et un laboratoire précis. Ils ne s’appliquent pas à un autre laboratoire ni à une autre technique. Nous ne donnons donc aucun repère salivaire.
Comment lire le résultat
L’unité est le nmol/L ; certains laboratoires utilisent le ng/dL (divisez par 28,8 environ pour passer en nmol/L). Chez l’homme, il n’existe pas de seuil unique. Voici les repères les plus utilisés :
- Society for Endocrinology et ACB (2023) : avec des symptômes et deux dosages matinaux à jeun inférieurs à 8 nmol/L, un hypogonadisme est probable ; entre 8 et 12 nmol/L, le résultat peut être normal ou bas et se discute avec les symptômes ; au-delà de 12 nmol/L, un hypogonadisme est peu probable.
- EAU (mise à jour 2026) : 12 nmol/L est le seuil retenu devant des symptômes, avec un dosage à répéter au moins deux fois si le résultat est inférieur, avant de discuter un traitement.
- Endocrine Society (2018) : la limite basse de l’intervalle harmonisé de jeunes hommes en bonne santé non obèses est de 264 ng/dL (9,2 nmol/L) ; elle peut servir de limite basse dans les laboratoires locaux.
- Étude EMAS (Wu et coll., 2010) : un déficit androgénique tardif se définit par trois symptômes sexuels avec une testostérone totale inférieure à 11 nmol/L et une testostérone libre inférieure à 220 pmol/L.
Ces valeurs sont des seuils d’action, pas des intervalles de référence. Au Royaume-Uni, la limite basse « normale » affichée par les laboratoires va de 4,9 à 11 nmol/L selon les méthodes (Jayasena et coll.) : comparez toujours votre résultat à l’intervalle imprimé sur votre compte rendu. À titre de repère de laboratoire, Mayo Clinic Laboratories donne 240 à 950 ng/dL (environ 8,3 à 33 nmol/L) chez l’homme de 19 ans et plus, et l’intervalle harmonisé de Travison et coll. (2017) va de 264 à 916 ng/dL (9,2 à 33 nmol/L) chez des hommes de 19 à 39 ans non obèses.
Chez la femme, les concentrations sont bien plus faibles : Mayo donne 8 à 60 ng/dL à partir de 19 ans. Un excès de production se manifeste par une virilisation (poils, acné, règles rares ou absentes, infertilité) selon Mayo. Demandez au laboratoire quelle méthode il utilise, car les faibles concentrations exigent un dosage sensible.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé pour le diagnostic d’un hypogonadisme masculin. L’Endocrine Society recommande de ne poser ce diagnostic que devant des symptômes évocateurs et une testostérone franchement et constamment basse, et déconseille le dépistage systématique chez l’homme sans symptôme (Bhasin et coll., 2018).
Les limites sont connues : les seuils diffèrent selon les sociétés savantes, les symptômes sont peu spécifiques (l’étude EMAS ne retrouve de lien net avec la testostérone que pour trois symptômes sexuels) et une valeur isolée varie d’un jour à l’autre. La testostérone est aussi plus basse en cas d’obésité (Travison et coll., 2017). Enfin, quand la SHBG est hors de l’intervalle de référence, la testostérone libre calculée peut révéler un hypogonadisme malgré un total normal, ou l’écarter malgré un total bas (Jayasena et coll.).
Les analyses à associer
La SHBG et la testostérone libre corrigent l’effet de la protéine porteuse. La LH et la FSH, deux hormones de l’hypophyse, permettent de distinguer une atteinte du testicule d’une atteinte de l’hypophyse ou de l’hypothalamus (Bhasin et coll., 2018).
À retenir
- Un diagnostic repose sur des symptômes et sur des dosages matinaux à jeun concordants, jamais sur une valeur isolée.
- Les seuils de 8 et 12 nmol/L sont des seuils d’action, pas des valeurs normales universelles.
- Le sommeil, le repas, une maladie, la biotine et la méthode de dosage peuvent changer le résultat.
- Un résultat bas ou haut est une piste à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.