Ce que mesure l’analyse
La 4-hydroxyestrone (4-OH-E1) est un produit de transformation de l’œstrone. Elle se forme lorsque l’enzyme CYP1B1 ajoute un groupe hydroxyle (OH) en position 4 de la molécule. Comme la 2-hydroxyestrone, c’est un œstrogène « catéchol » : deux OH voisins sur le même cycle. CYP1B1 est présente dans des tissus sensibles aux hormones, comme le sein, l’utérus, l’ovaire et la prostate (présentation Genova Diagnostics, 2017).
Ce qui retient l’attention, c’est le devenir de la 4-OH-E1. L’enzyme COMT (catéchol-O-méthyltransférase) la méthyle en 4-méthoxyestrone, une forme stable. Si ce relais est insuffisant, la 4-OH-E1 peut s’oxyder en quinone, une molécule réactive. Dans des cellules mammaires humaines en culture, les quinones d’œstrogènes forment des lésions de l’ADN dites « adduits dépurinants » (Yager, 2015). Quand on bloque la COMT dans ces cellules, ces adduits augmentent de 3 à 4 fois. Ces expériences n’indiquent pas ce qui se passe chez vous : elles expliquent seulement pourquoi les laboratoires s’intéressent à cette voie.
Comment se passe le prélèvement
Chez Precision Analytical (DUTCH), vous déposez l’urine sur un papier filtre à quatre moments d’une journée : au réveil, deux heures plus tard, au dîner et au coucher. Le laboratoire dose la 4-OH-E1 par spectrométrie de masse (GC-MS/MS) et la rapporte à la créatinine. Les consignes : pas d’œstrogènes oraux ni de prégnénolone dans les 72 heures précédentes, pas de DHEA orale dans les 48 heures, pas de pilule sautée sans l’accord de votre prescripteur. Évitez caféine, alcool et effort intense le jour du recueil.
Chez la femme réglée, le repère « lutéal » correspond à un recueil entre les jours 19 et 22 d’un cycle de 28 jours. La 4-OH-E1 est présente en très petite quantité. Après la ménopause, les œstrogènes et leurs métabolites passent souvent sous la limite de détection (J Chromatogr B, 2020) : le résultat est alors peu précis.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en ng/mg de créatinine. Les repères DUTCH utilisés ici sont :
- homme : de 0 à 0,8 ;
- femme réglée en phase lutéale : de 0 à 1,8 ;
- femme ménopausée : de 0 à 0,3.
Contrairement à d’autres analyses, le « bas » n’a pas d’intérêt particulier ici : la borne basse des repères est zéro. Ce qui compte, c’est l’équilibre avec les autres voies. Le rapport 2-OH sur 4-OH du DUTCH a pour repère de 5,4 à 12,62 chez la femme et de 6,44 à 12,6 chez l’homme (rapports types v1.6.0 et v1.5.2). Utilisez les repères imprimés sur votre propre compte rendu : ils changent d’une version à l’autre.
Une 4-OH-E1 haute prend du sens quand la 4-méthoxyestrone, produite par la COMT, est basse. Une 4-OH-E1 haute avec une 4-méthoxyestrone proportionnellement haute suggère au contraire que la méthylation suit.
Ce que dit la science
Les preuves viennent surtout d’expériences en laboratoire : cellules, animaux, dosages d’adduits. L’hypothèse de Cavalieri et de ses collègues, décrite dans la revue de Yager (2015), est que le déséquilibre entre formation de quinones et défenses (COMT notamment) contribue à l’initiation de certains cancers. Des adduits œstrogène-ADN ont été trouvés en plus grande quantité dans l’urine de femmes à risque de cancer du sein ou atteintes de ce cancer. Mais ces mesures portent sur les conjugués de quinones, pas sur la 4-OH-E1 urinaire dosée ici.
Aucune étude citée dans cette fiche ne fixe un seuil de 4-OH-E1 urinaire utilisable pour guider une décision clinique, et aucune autorité de santé n’en recommande le dosage de routine, à notre connaissance. Les repères viennent du laboratoire. Une valeur au-dessus du repère est donc une piste à discuter, et non un signe de maladie.
Les analyses à associer
La 4-méthoxyestrone dit si la méthylation suit. La 2-hydroxyestrone sert de comparaison (rapport 2-OH sur 4-OH). La COMT et l’œstradiol complètent la lecture.
À retenir
- La 4-OH-E1 est un catéchol formé par CYP1B1, que la COMT méthyle en forme stable.
- Non neutralisée, elle peut devenir une quinone réactive : c’est une hypothèse démontrée en laboratoire, pas en clinique.
- Les repères DUTCH sont propres au laboratoire et varient selon le sexe, le cycle et la ménopause.
- Après la ménopause, la valeur est souvent trop faible pour être précise.
- Un résultat haut est une piste à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.