Ce que mesure l’analyse
La 16α-hydroxyestrone (16α-OH-E1) est un produit de transformation de l’œstrone. Elle se forme lorsque l’enzyme CYP3A4 ajoute un groupe hydroxyle (OH) en position 16 de la molécule. Elle appartient à la voie dite « du cycle D », qui conduit aussi à l’œstriol, un œstrogène plus faible. Contrairement aux catéchols (2-OH et 4-OH), elle n’est pas méthylée par la COMT.
Sa particularité biologique : elle garde une activité œstrogénique marquée. Les auteurs de l’étude prospective de Muti (2000) la décrivent comme un œstrogène biologiquement fort, par opposition aux métabolites 2-hydroxylés, moins œstrogéniques. D’où l’intérêt porté au rapport entre la 2-OH-E1 et la 16α-OH-E1. Le commentaire du laboratoire DUTCH la qualifie de voie plus œstrogénique, proliférative et associée à l’inflammation : c’est une interprétation du laboratoire, pas un fait démontré chez l’humain.
Comment se passe le prélèvement
Chez Precision Analytical (DUTCH), vous déposez l’urine sur un papier filtre à quatre moments d’une journée : au réveil, deux heures plus tard, au dîner et au coucher. Le laboratoire dose par spectrométrie de masse (GC-MS/MS) et rapporte à la créatinine. Consignes : pas d’œstrogènes oraux ni de prégnénolone dans les 72 heures précédentes, pas de DHEA orale dans les 48 heures, pas de pilule sautée sans l’accord de votre prescripteur. Évitez caféine, alcool et effort intense le jour du recueil. Chez la femme réglée, le repère « lutéal » correspond à un recueil entre les jours 19 et 22 d’un cycle de 28 jours.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en ng/mg de créatinine. Les repères DUTCH utilisés ici sont :
- homme : de 0 à 1,2 ;
- femme réglée en phase lutéale : de 0,7 à 2,6 ;
- femme ménopausée : de 0,2 à 0,6.
Ces repères ne valent ni pendant la grossesse ni pour une personne qui prend un traitement hormonal sans que le laboratoire en ait été informé. Une valeur au-dessus du repère ne dit pas, à elle seule, que la voie 16α-hydroxy domine : une production d’œstrogènes globalement élevée augmente tous les métabolites. Lisez-la avec la 2-OH-E1 (rapport 2/16) et avec le total des œstrogènes.
Ce que dit la science
Plusieurs études ont cherché un lien avec le cancer du sein, avec des résultats discordants. Dans l’étude cas-témoins de Kabat (1997), la 16α-OH-E1 urinaire était un facteur de risque marqué chez la femme ménopausée. L’étude prospective de Muti (2000) a plutôt relié un rapport 2/16 élevé à un risque plus faible, surtout avant la ménopause. Une analyse groupée de cinq études (Dallal, 2013) n’observe aucun lien net après la ménopause, et dans le sang (Dallal, 2014) aucune association globale n’apparaît entre 16α-OHE1 et le risque.
La voie 16α-hydroxy a une autre caractéristique : Michnovicz et Bradlow notaient en 1990 que, contrairement à la 2-hydroxylation, elle ne se modifie pas facilement par le mode de vie ou des substances. Cela limite l’intérêt pratique de la mesurer pour « agir » dessus. Enfin, aucune autorité de santé n’en recommande l’usage de routine, à notre connaissance.
Les analyses à associer
La 2-hydroxyestrone et le rapport 2/16 sont la lecture naturelle. L’œstriol, produit en aval de la voie 16α-hydroxy, et l’œstradiol situent le niveau global d’œstrogènes.
À retenir
- La 16α-OH-E1 est un métabolite de l’œstrone qui garde une activité œstrogénique marquée.
- Ses repères DUTCH dépendent du sexe, du cycle et de la ménopause.
- Les études sur le cancer du sein sont discordantes : le dosage n’est pas validé comme marqueur de risque.
- La voie 16α-hydroxy se modifie difficilement par le mode de vie.
- Discutez un résultat inhabituel avec un médecin, sans en tirer de conclusion seul.