Ce que mesure l’analyse
La 2-méthoxyestrone (2-MeO-E1) est un dérivé de l’œstrone qui vient en fin de chaîne. L’œstrone est d’abord transformée en 2-hydroxyestrone par une enzyme du foie (surtout CYP1A1). Ce « catéchol », porteur de deux groupes OH voisins, est ensuite méthylé par l’enzyme COMT (catéchol-O-méthyltransférase) : un groupe méthyle (CH3) remplace un hydrogène, et on obtient la 2-méthoxyestrone, forme stable, destinée à l’élimination.
Le dosage de la 2-MeO-E1 renseigne donc sur la deuxième étape du métabolisme des œstrogènes, la phase 2. L’intérêt biologique de cette étape, démontré en laboratoire, est de limiter l’oxydation des catéchols en quinones réactives : quand on bloque la COMT dans des cellules mammaires, les lésions de l’ADN liées aux quinones augmentent (Yager, 2015).
Comment se passe le prélèvement
Chez Precision Analytical (DUTCH), vous déposez l’urine sur un papier filtre à quatre moments d’une journée : au réveil, deux heures plus tard, au dîner et au coucher. Le laboratoire dose par spectrométrie de masse (GC-MS/MS) et rapporte à la créatinine. Consignes : pas d’œstrogènes oraux ni de prégnénolone dans les 72 heures précédentes, pas de DHEA orale dans les 48 heures, pas de pilule sautée sans l’accord de votre prescripteur. Évitez caféine, alcool et effort intense le jour du recueil. Chez la femme réglée, le repère « lutéal » correspond à un recueil entre les jours 19 et 22 d’un cycle de 28 jours.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en ng/mg de créatinine. Les repères DUTCH utilisés ici sont :
- homme : de 0 à 2,8 ;
- femme réglée en phase lutéale : de 2,5 à 6,5 ;
- femme ménopausée : de 0,3 à 1,4.
Le rapport DUTCH 2-méthoxy sur 2-hydroxy, présenté comme « activité de méthylation », a pour repère de 0,39 à 0,67 chez la femme et de 0,4 à 0,7 chez l’homme (rapports types v1.6.0 et v1.5.2). Ces valeurs changent d’une version de rapport à l’autre : utilisez celles de votre propre compte rendu. Genova Diagnostics dose, lui, la somme 2-MeO-E1 + 2-MeO-E2 : ne comparez pas les deux.
Ce qui compte vraiment : une 2-MeO-E1 isolée dit peu. Une valeur basse peut refléter un faible niveau d’œstrogènes ou peu de substrat. Une valeur haute n’est pas préoccupante en soi : c’est la forme stable. Lisez-la avec la 2-OH-E1 et le total des œstrogènes.
Ce que dit la science
Le rôle protecteur de la COMT est solide sur le plan biologique : elle limite la formation de quinones réactives. Chez l’humain, les études ont surtout mesuré des profils entiers, pas la 2-MeO-E1 seule. Des travaux ont cherché un lien entre le rapport des voies 2 et 4 (hydroxylées ou méthoxylées) et le risque de cancer du sein ; leurs résultats restent préliminaires, et aucune étude citée ici ne relie la 2-MeO-E1 isolée à un critère clinique.
Un point pratique pour les lecteurs de DUTCH : l’« activité de méthylation » n’est pas un dosage direct de la COMT. Elle dépend de la quantité de 2-OH-E1, de la production d’œstrogènes et des donneurs de méthyle (S-adénosylméthionine). Un rapport bas peut aussi tenir à un recueil inadapté ou à une anomalie de créatinine (Newman, 2026). Enfin, aucune autorité de santé n’en recommande l’usage de routine, à notre connaissance.
Les analyses à associer
La 2-hydroxyestrone est le précurseur. La 4-méthoxyestrone montre la même étape pour la voie 4. La COMT et l’homocystéine renseignent sur le contexte de méthylation.
À retenir
- La 2-MeO-E1 est la forme méthylée, stable, de la 2-hydroxyestrone ; la COMT la fabrique.
- Ses repères DUTCH dépendent du sexe, du cycle et de la ménopause.
- L’« activité de méthylation » est un rapport indirect, non validé en clinique.
- Une valeur isolée dit peu : lisez-la avec la 2-OH-E1 et le total des œstrogènes.
- Un résultat inhabituel se discute avec un médecin ; il ne pose pas de diagnostic.