Ce que mesure l’analyse
L’homocystéine est un acide aminé soufré qui n’entre pas dans la composition des protéines. Elle naît du métabolisme de la méthionine, un acide aminé apporté par les protéines alimentaires.
Chaque fois que la méthionine cède un groupe méthyle, petite étiquette chimique utilisée pour fabriquer ou régler de nombreuses molécules (ADN, créatine, neurotransmetteurs), il reste de l’homocystéine. L’organisme s’en débarrasse par deux voies :
- La reméthylation la recycle en méthionine, grâce aux folates (vitamine B9) et à la vitamine B12, ou à la bétaïne ;
- La transsulfuration la transforme en cystéine, grâce à la vitamine B6.
En clair : quand une de ces vitamines manque, l’homocystéine s’accumule, comme l’eau dans un évier dont l’évacuation est bouchée. Son dosage est donc un témoin fonctionnel du statut en B12 et en folates, bien plus qu’un simple chiffre de risque cardiaque.
Le laboratoire mesure l’homocystéine totale (tHcy), qui réunit la forme libre et celle liée aux protéines du plasma.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang sur tube EDTA, le plus souvent le matin à jeun : c’est l’usage des laboratoires français. Un repas riche en protéines peut augmenter le résultat de 10 à 15 % dans les 6 à 8 heures (Refsum et al., 2004).
Le point critique est ailleurs. Les globules rouges continuent de libérer de l’homocystéine dans le tube. À température ambiante, la hausse atteint environ 1 µmol/L par heure. Le tube doit donc être centrifugé dans l’heure ou gardé au froid.
D’autres détails comptent. Le sérum donne des valeurs supérieures de 5 à 10 % au plasma, le plasma citraté des valeurs inférieures de 5 à 15 %, et un prélèvement en position couchée environ 10 % de moins qu’en position assise. Une fois le plasma séparé, la valeur reste stable plusieurs jours.
Signalez vos médicaments et compléments : vitamines B, metformine, méthotrexate, antiépileptiques, et même la créatine. Évitez aussi de prélever juste après un marathon, qui peut faire grimper la valeur (Herrmann et al., 2003).
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µmol/L. Les limites supérieures de référence publiées par un groupe d’experts dans Clinical Chemistry dépendent de l’âge et des apports en folates. Pour une population sans enrichissement des aliments en acide folique, comme en France :
- Adultes de 15 à 65 ans : jusqu’à 15 µmol/L ;
- Plus de 65 ans : jusqu’à 20 µmol/L ;
- Femmes enceintes et enfants de moins de 15 ans : jusqu’à 10 µmol/L.
Chez des personnes bien pourvues en vitamines B, ces limites descendent à 12 µmol/L pour l’adulte et à 16 µmol/L après 65 ans (Refsum et al., 2004). Le laboratoire Cerba retient de son côté une valeur usuelle inférieure à 15 µmol/L.
Au-delà, les auteurs distinguent une hyperhomocystéinémie modérée (15 à 30 µmol/L), intermédiaire (30 à 100 µmol/L) et sévère (plus de 100 µmol/L). Les valeurs les plus hautes se rencontrent surtout dans des maladies héréditaires rares du métabolisme.
Ce qui compte vraiment : le contexte. Une valeur haute avec une B12 ou des folates bas oriente vers une carence. Le même chiffre chez une personne âgée aux reins moins efficaces n’a pas le même sens. Chez une même personne, la variation d’une année à l’autre reste faible, de l’ordre de 8 %.
Ce que dit la science
Comme témoin d’une carence en B12 ou en folates, l’homocystéine est bien établie. Comme facteur de risque cardiovasculaire, le dossier est plus nuancé.
Une méta-analyse de 30 études publiée dans le JAMA montre qu’une homocystéine plus basse de 25 % s’accompagne d’un risque de cardiopathie ischémique réduit de 11 % et d’AVC réduit de 19 %. Les auteurs y voient, au mieux, un facteur prédictif indépendant modeste (Homocysteine Studies Collaboration, 2002).
Le vrai test est venu des essais. Dans HOPE-2, les vitamines B ont abaissé l’homocystéine sans réduire le critère principal d’événements cardiovasculaires (Lonn et al., 2006). Dans NORVIT, après un infarctus, l’association de trois vitamines a même suggéré un effet défavorable (Bønaa et al., 2006).
La revue Cochrane, qui réunit 15 essais et plus de 71 000 participants, ne trouve pas de baisse des infarctus ni de la mortalité. Seul le risque d’AVC diminue légèrement, d’environ 10 % (Martí-Carvajal et al., 2017).
La génétique va dans le même sens. Les porteurs du variant MTHFR 677TT ont une homocystéine plus élevée toute leur vie, sans excès de maladie coronaire une fois corrigé le biais de publication (Clarke et al., 2012). Autrement dit : l’homocystéine signale un risque sans en être la cause principale. Niveau de preuve : courant.
Les analyses à associer
- Vitamine B12 : sa carence est la première cause à rechercher ;
- Folates érythrocytaires : reflètent les réserves en vitamine B9 sur plusieurs mois ;
- Acide méthylmalonique : ne monte qu’en cas de manque de B12, ce qui sépare les deux carences ;
- Créatinine : une baisse de la fonction rénale suffit à élever l’homocystéine.
À retenir
- L’homocystéine monte quand la B12, les folates ou la B6 manquent ;
- Un tube centrifugé trop tard donne un résultat artificiellement haut ;
- Repère adulte en France : jusqu’à 15 µmol/L selon le groupe d’experts de Clinical Chemistry ;
- Baisser l’homocystéine avec des vitamines ne réduit pas les infarctus dans les essais.