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SangCœur et vaisseauxPreuve émergente

Triméthylamine N-oxyde

Aussi appelée TMAO · Oxyde de triméthylamine · Triméthylamine-N-oxyde

Les repères

  • Moins de 6,2 µmol/L : risque relatif faible (Cleveland Heart moins de 6,2 µmol/L
  • De 6,2 à 9,9 µmol/L : risque relatif modéré (Cleveland Heart 6,2 à 9,9 µmol/L
  • 10 µmol/L ou plus : risque relatif élevé (Cleveland HeartLab plus de 10 µmol/L

Source : Cleveland HeartLab, TMAO Practitioner One-Pager (CHL-D074, 2018), sérum. Les repères de votre laboratoire priment : ils dépendent de sa méthode et de son unité.

Le TMAO est une molécule fabriquée par les bactéries intestinales puis par le foie à partir de la choline et de la carnitine des aliments. Son dosage renseigne sur ce trio alimentation, microbiote et reins, associé au risque cardiovasculaire sans lien de cause démontré.

Pourquoi on la demande

  • Explorer le lien entre alimentation, microbiote intestinal et risque cardiovasculaire dans un bilan de prévention avancé
  • Compléter le bilan d'une maladie coronaire, contexte des études fondatrices
  • Suivre l'effet d'un changement alimentaire, par exemple une réduction de la viande rouge
  • Évaluer l'effet d'une supplémentation en L-carnitine ou en choline
  • Recherche sur la maladie rénale chronique et le risque cardiovasculaire

Ce qui peut la fausser

  • Poisson, fruits de mer ou huile de poisson la veille : hausse très forte et rapide (Cho et al., 2017)
  • Absence de jeûne : Labcorp recommande 10 à 12 heures de jeûne
  • Antibiotiques : production presque supprimée, attendre un mois après la fin du traitement selon Cleveland HeartLab
  • Compléments de L-carnitine, de choline ou de phosphatidylcholine (lécithine)
  • Consommation régulière de viande rouge : TMAO plus que doublé, réversible en 4 semaines (Wang et al., 2019)
  • Baisse de la fonction rénale : le rein élimine le TMAO (Tang et al., 2015)
  • Méthode : spectrométrie de masse (Cleveland HeartLab) ou résonance magnétique nucléaire (Labcorp), à ne pas mélanger
  • Forte variabilité d'un jour à l'autre chez une même personne (Gessner et al., 2020)

Causes d’une valeur haute

  • Repas récent de poisson ou de fruits de mer
  • Alimentation riche en viande rouge ou en aliments riches en choline et en carnitine
  • Compléments de L-carnitine, de choline ou de phosphatidylcholine
  • Baisse de la fonction rénale, maladie rénale chronique
  • Diabète de type 2
  • Microbiote intestinal plus producteur de triméthylamine, plus fréquent chez les omnivores

Causes d’une valeur basse

  • Traitement antibiotique récent
  • Alimentation végétarienne ou végétalienne
  • Une valeur basse n'a pas de signification pathologique connue

Prise de sangTest TMAO de Cleveland HeartLab (Quest Diagnostics, spectrométrie de masse) et de Labcorp (résonance magnétique nucléaire), aux États-Unis ; aucun laboratoire français proposant ce dosage n'a été identifié

µmol/LPreuve émergente14 sources

Profil sportif

La L-carnitine, fréquente dans les compléments pour sportifs, fait monter le TMAO à jeun selon une revue systématique (Sawicka et al., 2020). Un effort intermittent aigu ne modifie pas la production de TMAO après une prise de choline (Ong et al., 2024), et les programmes d'exercice seul changent rarement le TMAO circulant (Olek et Radak, 2026).

Ce que mesure l’analyse

Ce test mesure le TMAO, une molécule produite par les bactéries de l'intestin et le foie à partir d'aliments comme la viande rouge, les œufs ou le poisson. Un taux élevé est associé au risque cardiovasculaire, mais il dépend beaucoup des reins et du dernier repas.

Lire l’explication

À lire avec

  • Débit de filtration glomérulaireUne baisse de la fonction rénale suffit à faire monter le TMAO.
  • CholinePrincipal précurseur alimentaire du TMAO.
  • Carnitine libre et totaleAutre précurseur, souvent apporté par les compléments pour sportifs.
  • BétaïneDérivé de la choline, sur une voie métabolique voisine.

Ce que mesure l’analyse

Le TMAO (triméthylamine N-oxyde) est une petite molécule née de la rencontre entre nos aliments et nos bactéries intestinales. Sa fabrication se fait en deux étapes.

D’abord, certaines bactéries du côlon transforment la choline, la phosphatidylcholine (la lécithine des œufs et des viandes) et la L-carnitine (abondante dans la viande rouge) en triméthylamine, ou TMA, un gaz à odeur de poisson. La TMA passe dans le sang. Le foie l’oxyde alors en TMAO grâce à une enzyme, la flavine monooxygénase 3. Le rein l’élimine ensuite dans les urines.

Le poisson suit un autre chemin : il contient du TMAO déjà formé, qui passe directement dans le sang.

En clair : le taux sanguin dépend de trois acteurs. Ce que vous mangez, les bactéries qui le transforment et les reins qui l’éliminent. C’est ce qui rend le résultat si délicat à interpréter.

Comment se passe le prélèvement

Une prise de sang classique, sur sérum ou plasma selon le laboratoire. Labcorp recommande 10 à 12 heures de jeûne. Cleveland HeartLab demande aussi d’éviter poisson, fruits de mer et huile de poisson la veille.

La raison tient en un chiffre. Dans un essai chez 40 hommes jeunes, un repas de poisson a produit un TMAO circulant 46 à 62 fois plus élevé que des œufs, du bœuf ou un témoin à base de fruits, avec une hausse visible dès 15 minutes (Cho et al., 2017).

Les antibiotiques produisent l’effet inverse. Ils suppriment presque la production de TMAO, qui réapparaît à leur arrêt (Tang et al., 2013). Cleveland HeartLab conseille d’attendre un mois après la fin du traitement.

Signalez enfin les compléments contenant de la choline, de la phosphatidylcholine ou de la L-carnitine : ils font monter le TMAO.

Comment lire le résultat

Le résultat s’exprime en µmol/L, noté µM sur les comptes rendus américains. Cleveland HeartLab, à l’origine du test commercial, classe le risque relatif en trois niveaux :

  • Moins de 6,2 µmol/L : risque faible ;
  • De 6,2 à 9,9 µmol/L : risque modéré ;
  • Au moins 10 µmol/L : risque élevé.

Labcorp retient des seuils identiques, mais mesure par résonance magnétique nucléaire et non par spectrométrie de masse. Mieux vaut donc suivre ses résultats dans le même laboratoire.

Ces seuils sont à relativiser. Dans une population allemande sans maladie cardiovasculaire, rénale ni diabète, la médiane était de 3,91 µmol/L chez l’homme et de 3,56 µmol/L chez la femme. Le 97,5e percentile atteignait pourtant 19,67 µmol/L chez l’homme et 17,12 µmol/L chez la femme (Gessner et al., 2020). Les auteurs notent une forte variation d’un jour à l’autre chez une même personne.

Ce qui compte vraiment : le contexte. Un seul résultat élevé, surtout sans jeûne strict, ne dit pas grand-chose. Chez des insuffisants rénaux chroniques, la médiane atteignait 7,9 µmol/L, nettement plus que chez les personnes aux reins normaux (Tang et al., 2015).

Ce que dit la science

Le marqueur s’est fait connaître dans le New England Journal of Medicine. Chez 4 007 patients suivis 3 ans après une coronarographie, le quart des participants au TMAO le plus haut avait un risque d’événement cardiovasculaire majeur 2,54 fois plus élevé que le quart au TMAO le plus bas (Tang et al., 2013).

Les méta-analyses confirment l’association. Sur 19 études prospectives, un TMAO élevé est lié à un risque relatif de 1,62 pour les événements cardiovasculaires majeurs et de 1,63 pour la mortalité (Heianza et al., 2017). Une autre méta-analyse estime une hausse de 7,6 % de la mortalité pour chaque palier de 10 µmol/L (Schiattarella et al., 2017).

Mais association ne veut pas dire causalité. Une étude de randomisation mendélienne, qui utilise des variations génétiques comme une expérience naturelle, ne relie pas un TMAO génétiquement plus élevé à la maladie coronaire ni à l’AVC. En revanche, le diabète de type 2 et la maladie rénale chronique font monter le TMAO (Jia et al., 2019).

Autrement dit : le TMAO pourrait être en partie un témoin des maladies rénales et métaboliques plutôt qu’un acteur. Aucune société savante ne recommande son dosage en routine. Niveau de preuve : émergent.

L’alimentation pèse lourd. Dans un essai randomisé, la consommation régulière de viande rouge a plus que doublé le TMAO plasmatique, et son arrêt l’a fait redescendre en 4 semaines (Wang et al., 2019). Après une charge de L-carnitine, les omnivores produisent davantage de TMAO que les végétariens et les végétaliens (Koeth et al., 2013).

Les analyses à associer

  • Débit de filtration glomérulaire : une baisse de la fonction rénale fait monter le TMAO ;
  • Choline : principal précurseur alimentaire ;
  • Carnitine libre et totale : autre précurseur, souvent pris en complément ;
  • Bétaïne : dérivé de la choline, sur une voie voisine.

À retenir

  • Le TMAO dépend de l’alimentation, du microbiote et des reins ;
  • Venez à jeun, sans poisson la veille ni antibiotique dans le mois précédent ;
  • Selon Cleveland HeartLab, moins de 6,2 µmol/L correspond à un risque relatif faible ;
  • Le lien avec les maladies cardiaques est net en observation, mais sa causalité n’est pas démontrée.

Testez-vous

5 questions, chaque réponse expliquée

  1. 01Selon Cleveland HeartLab, un TMAO de moins de 6,2 µmol/L correspond à...

  2. 02À partir de quelle valeur Cleveland HeartLab parle-t-il de risque relatif élevé ?

  3. 03Faut-il éviter le poisson la veille du prélèvement ?

  4. 04Un traitement antibiotique récent peut-il fausser le résultat ?

  5. 05Un TMAO élevé prouve-t-il qu'il cause des maladies cardiaques ?

Un proche attend ses résultats ?

Envoyez-lui cette fiche : les repères selon le profil, ce qui peut fausser le chiffre et les sources.

Sources · 14

  1. 1Cleveland HeartLab. TMAO Practitioner One-Pager (CHL-D074), 2018 : seuils de risque, préparation, conduite à tenir
  2. 2Labcorp. Test 123413, TMAO : limites de décision, préparation, méthode RMN
  3. 3Tang WHW, Wang Z, Levison BS, et al. Intestinal microbial metabolism of phosphatidylcholine and cardiovascular risk. N Engl J Med 2013;368(17):1575-84. PMID 23614584
  4. 4Koeth RA, Wang Z, Levison BS, et al. Intestinal microbiota metabolism of L-carnitine, a nutrient in red meat, promotes atherosclerosis. Nat Med 2013;19(5):576-85. PMID 23563705

Une analyse se lit avec votre médecin : cette fiche explique, elle ne remplace ni un diagnostic ni les normes de votre laboratoire.