Ce que mesure l’analyse
La troponine est un complexe de trois protéines, appelées C, I et T, qui commande la contraction des fibres musculaires. Le cœur possède ses propres formes de troponine I et de troponine T, différentes de celles des muscles du squelette. Quand des cellules du muscle cardiaque sont lésées, elles libèrent ces protéines dans le sang.
Les dosages dits ultrasensibles (hs, pour high sensitivity) détectent des quantités infimes. Selon le comité de biomarqueurs cardiaques de la Fédération internationale de biologie clinique (IFCC), un test mérite ce nom s’il mesure une valeur chez au moins la moitié des personnes en bonne santé et s’il reste précis, avec une variation inférieure ou égale à 10 %, au niveau du 99e percentile. Le 99e percentile est la valeur sous laquelle se situent 99 % des personnes en bonne santé de la population de référence.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang, sans jeûne. En cas de douleur thoracique, le dosage se fait en urgence, puis se répète une à deux heures plus tard selon les algorithmes rapides de la Société européenne de cardiologie (ESC), propres à chaque trousse : c’est la variation entre deux mesures qui compte. Une douleur dans la poitrine, au repos ou à l’effort, impose d’appeler le 15 (SAMU), sans attendre un bilan en ville.
Prévenez le laboratoire si vous prenez de la biotine (vitamine B8) à forte dose, fréquente dans les compléments pour les cheveux et les ongles : elle peut fausser certains immunodosages. L’hémolyse du prélèvement, c’est-à-dire la destruction de globules rouges dans le tube, peut aussi modifier le résultat selon la trousse. L’IFCC publie un tableau de ces interférences, fabricant par fabricant.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en ng/L. Il n’existe pas de valeur universelle : chaque trousse a son propre 99e percentile, et troponine I et troponine T ne se comparent pas. D’après le tableau des données fabricants de l’IFCC, la limite est de 14 ng/L pour la troponine T ultrasensible de Roche (9 chez la femme, 16 chez l’homme) ; de 26,2 ng/L pour la troponine I ultrasensible d’Abbott Architect (15,6 et 34,2) ; de 45,4 ng/L pour celle de Siemens Atellica (38,6 et 53,5) ; de 19 ng/L pour celle de bioMérieux VIDAS (11 et 25) ; et de 17,5 ng/L pour celle de Beckman Access (11,6 et 19,8).
Une valeur au-dessus du 99e percentile signe une lésion du muscle cardiaque, pas forcément un infarctus. Selon la quatrième définition universelle de l’infarctus, il faut une hausse ou une baisse de la troponine entre deux dosages, avec au moins une valeur au-dessus du 99e percentile, et des signes d’ischémie : symptômes, électrocardiogramme ou imagerie. Une valeur élevée mais stable évoque plutôt une lésion chronique, par exemple liée au rein ou à une insuffisance cardiaque.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est validé : la troponine ultrasensible est le biomarqueur recommandé par l’ESC pour le diagnostic de l’infarctus, avec des algorithmes rapides adaptés à chaque trousse. Une étude néerlandaise publiée dans Heart a mesuré les deux troponines dans la même population en bonne santé : les 99e percentiles étaient proches, 15 ng/L pour la troponine T et 13 ng/L pour la troponine I, plus élevés chez l’homme et en hausse avec l’âge. Une partie des écarts entre fabricants vient donc des populations de référence choisies.
L’effort intense fait aussi monter la troponine. Une méta-analyse publiée dans BMJ Open Sport & Exercise Medicine, qui a passé en revue 69 études, retrouve après un marathon une hausse moyenne de 42 ng/L pour la troponine T et de 77 ng/L pour la troponine I. Une revue du Journal of the American College of Cardiology décrit ce phénomène comme fréquent, avec des mécanismes et une signification encore incomplètement compris. Dans une cohorte néerlandaise de marcheurs âgés en moyenne de 61 ans, une troponine I au-dessus du 99e percentile après 30 à 55 km de marche était associée à un risque de décès ou d’événement cardiovasculaire multiplié par environ 2,5, publié dans Circulation. La hausse d’effort n’est donc peut-être pas toujours bénigne.
Les analyses à associer
Le NT-proBNP renseigne sur l’étirement des parois du cœur et l’insuffisance cardiaque. La créatine kinase aide à repérer une atteinte des muscles squelettiques, fréquente après l’effort. Le débit de filtration glomérulaire situe la fonction rénale, qui modifie les valeurs de base. Les D-dimères orientent vers une embolie pulmonaire, autre cause de douleur thoracique et de troponine élevée.
À retenir
- La troponine ultrasensible détecte de très petites lésions du muscle cardiaque ;
- Chaque trousse a sa propre limite, plus basse chez la femme ;
- Le diagnostic d’infarctus repose sur la variation entre deux dosages et le contexte clinique ;
- Un effort d’endurance fait souvent monter la troponine, sans que ce soit toujours anodin ;
- Une douleur thoracique impose d’appeler le 15, jamais d’attendre un résultat d’analyse.