Ce que mesure l’analyse
Quand les parois des ventricules du cœur sont étirées par une surcharge de volume ou de pression, les cellules cardiaques fabriquent une hormone précurseur, le proBNP. Celui-ci se coupe en deux morceaux libérés dans le sang. Le premier, le BNP, est une hormone active de 32 acides aminés : elle favorise l’élimination du sel et de l’eau par les reins et dilate les vaisseaux. Le second, le NT-proBNP, est un fragment inactif.
Le NT-proBNP a une durée de vie plus longue que le BNP : il reflète une situation plus stable et varie moins vite. Il n’est pas dégradé par la néprilysine, l’enzyme bloquée par le sacubitril, alors que le BNP l’est. Selon les recommandations pratiques de l’Association européenne de l’insuffisance cardiaque (HFA), ces peptides sont de bons témoins des pressions de remplissage et des volumes du cœur, c’est-à-dire de sa surcharge.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang, sans jeûne particulier. Signalez au biologiste une prise de biotine (vitamine B8) à forte dose : le comité de biomarqueurs cardiaques de l’IFCC recense, fabricant par fabricant, les interférences de la biotine et de l’hémolyse sur ces dosages. Évitez aussi un effort d’endurance prolongé juste avant un dosage de contrôle, car il fait monter le NT-proBNP de façon transitoire.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en pg/mL, ce qui équivaut à des ng/L. Les seuils dépendent du contexte, d’après les recommandations de la Société européenne de cardiologie (ESC) sur l’insuffisance cardiaque :
- Hors urgence, devant un essoufflement progressif ou une fatigue : une insuffisance cardiaque est très peu probable sous 125 pg/mL, le seuil équivalent étant de 35 pg/mL pour le BNP ;
- Aux urgences, devant un essoufflement aigu : une insuffisance cardiaque aiguë est très peu probable sous 300 pg/mL, ou 100 pg/mL pour le BNP ;
- Pour confirmer une insuffisance cardiaque aiguë, l’étude internationale ICON, publiée dans l’European Heart Journal, propose des seuils selon l’âge : 450 pg/mL avant 50 ans, 900 pg/mL de 50 à 75 ans et 1 800 pg/mL après 75 ans.
Ces seuils servent surtout à exclure. Au-dessus, il faut chercher la cause, en général par une échographie cardiaque : selon la HFA, les peptides natriurétiques ne disent pas pourquoi le cœur souffre. Le NT-proBNP monte avec l’âge et avec l’insuffisance rénale. Il est plus bas en cas d’obésité, au point que la HFA propose des seuils environ 50 % plus bas. Une fibrillation atriale augmente aussi les valeurs. Enfin, le BNP et le NT-proBNP ne se comparent jamais directement.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est validé. Les peptides natriurétiques figurent dans l’algorithme diagnostique de l’ESC pour toute suspicion d’insuffisance cardiaque. Dans l’étude ICON, menée chez 1 256 patients essoufflés sur trois continents, un NT-proBNP sous 300 pg/mL avait une valeur prédictive négative de 98 % pour exclure une insuffisance cardiaque aiguë, et les seuils selon l’âge offraient 90 % de sensibilité et 84 % de spécificité.
Le marqueur a aussi une valeur pronostique, rappelle la HFA : chez les patients stables comme après un infarctus, une valvulopathie, une fibrillation atriale ou une embolie pulmonaire, un taux élevé annonce davantage de décès et d’hospitalisations. En revanche, ajuster le traitement d’après le NT-proBNP n’a pas fait mieux que le suivi des symptômes dans les essais TIME-CHF et GUIDE-IT.
Les limites tiennent surtout aux facteurs de confusion : âge, reins, poids, rythme cardiaque. Jusqu’à 20 % des patients ayant une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, prouvée par des mesures invasives, ont des valeurs sous les seuils, surtout en cas d’obésité. Chez le sportif, une méta-analyse publiée dans BMJ Open Sport & Exercise Medicine retrouve une hausse moyenne d’environ 114 ng/L après un marathon. Une revue du Journal of Clinical Medicine souligne que cette libération dépend surtout de la durée de l’effort.
Les analyses à associer
La troponine ultrasensible recherche une lésion du muscle cardiaque. Le débit de filtration glomérulaire est indispensable, car les reins influencent fortement le NT-proBNP. L’hémoglobine dépiste une anémie, qui peut causer un essoufflement. La ferritine évalue les réserves en fer, dont le déficit est fréquent dans l’insuffisance cardiaque et recherché selon l’ESC.
À retenir
- Le NT-proBNP reflète l’étirement des parois du cœur ;
- Hors urgence, une valeur sous 125 pg/mL rend une insuffisance cardiaque très peu probable ;
- L’âge, l’insuffisance rénale et la fibrillation atriale l’augmentent, l’obésité le diminue ;
- Un effort d’endurance prolongé le fait monter de façon transitoire ;
- Une valeur élevée impose de chercher la cause, sans valoir diagnostic à elle seule.