Ce que mesure l’analyse
Les céramides sont des lipides de la famille des sphingolipides. Elles entrent dans la composition des membranes cellulaires. Elles servent aussi de messagers à l’intérieur des cellules.
Quand elles s’accumulent, le tableau change. Les travaux de laboratoire les associent à la résistance à l’insuline, à l’inflammation et à la mort programmée des cellules (apoptose). Dans le sang, elles voyagent avec les lipoprotéines, les mêmes particules qui transportent le cholestérol.
Le test ne dose pas toutes les céramides. Il en cible quatre, désignées par la longueur de leur chaîne grasse : Cer(d18:1/16:0), Cer(d18:1/18:0), Cer(d18:1/24:1) et Cer(d18:1/24:0). Les trois premières sont liées au risque. La dernière sert de point de comparaison : on calcule des rapports avec elle.
La mesure repose sur la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS/MS), une technique qui sépare puis identifie chaque molécule selon sa masse. Autrement dit : le résultat n’est pas une quantité brute de « mauvaises graisses », mais un profil résumé par un score de 0 à 12 points.
Dans le score CERT décrit dans l’European Heart Journal, chaque concentration et chaque rapport rapporte 1 point au troisième quartile de la population étudiée et 2 points au quatrième (Laaksonen et al., 2016). Une version plus récente, CERT2, ajoute des phosphatidylcholines, d’autres lipides des membranes (Hilvo et al., 2020).
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang classique, sur tube EDTA (bouchon violet). Selon la Mayo Clinic, le plasma doit être séparé puis congelé dans les 8 heures. Un échantillon franchement hémolysé est refusé.
La fiche de la Mayo Clinic ne mentionne pas d’obligation de jeûne. Les études de variabilité ont pourtant été menées sur du plasma prélevé à jeun (Ramos et al., 2022). Un prélèvement le matin à jeun facilite donc la comparaison d’une fois sur l’autre.
Deux situations faussent la lecture. Une perfusion de lipides (Intralipid) donne des valeurs faussement élevées. Un effort d’endurance prolongé augmente aussi les céramides sériques de façon passagère (Bergman et al., 2015).
Point rassurant pour le suivi : chez l’adulte en bonne santé, les variations d’un mois à l’autre sont faibles. Les auteurs estiment qu’un seul prélèvement suffit à l’échelle d’une année (Ramos et al., 2022).
Comment lire le résultat
Le compte rendu de la Mayo Clinic donne les concentrations en µmol/L, trois rapports et un score. Ce dernier se lit en quatre catégories :
- De 0 à 2 points : risque le plus faible ;
- De 3 à 6 points : risque modéré, environ 1,5 fois plus élevé ;
- De 7 à 9 points : risque augmenté, environ 2,2 fois plus élevé ;
- De 10 à 12 points : risque le plus élevé, environ 3,5 fois plus élevé.
Ces multiplicateurs sont des risques relatifs d’événement cardiovasculaire majeur, comparés à la catégorie de 0 à 2 points. Pour les concentrations, la Mayo Clinic retient chez l’adulte 0,19 à 0,36 µmol/L pour Cer(16:0), 0,05 à 0,14 µmol/L pour Cer(18:0) et 0,65 à 1,65 µmol/L pour Cer(24:1). Il n’existe pas de valeurs de référence avant 18 ans.
Ce qui compte vraiment : la catégorie, pas la décimale. Dans une population générale suivie 13 ans par la Mayo Clinic, 42,9 % des personnes avaient un score de 0 à 2 et seulement 3 % un score de 10 à 12 (Vasile et al., 2021).
Attention aux comparaisons entre systèmes. Le score CERT2 découpe autrement ses catégories : un score de 3 y est classé faible, alors qu’il est modéré dans le premier score.
Ce que dit la science
Les données fondatrices viennent de patients coronariens. Dans le groupe de score le plus élevé, le risque de décès cardiovasculaire était 4,2 fois plus haut à 5 ans en cas de maladie coronaire stable, et 6 fois plus haut à 1 an après un syndrome coronarien aigu. Le LDL cholestérol, lui, ne prédisait pas ces décès dans ces cohortes (Laaksonen et al., 2016).
En population générale, le signal est plus modeste. Dans la cohorte finlandaise FINRISK, Cer(d18:1/18:0) restait associée aux événements cardiovasculaires après prise en compte des facteurs de risque classiques (Havulinna et al., 2016). Dans l’essai espagnol PREDIMED, l’association disparaissait chez les participants suivant un régime méditerranéen (Wang et al., 2017).
Pourtant, plusieurs limites freinent son usage. Plusieurs auteurs des études fondatrices sont liés à la société qui détient les brevets du score. Les recommandations actuelles ne retiennent pas ce dosage, et une revue récente déconseille les scores de céramides chez les personnes sans symptôme (Klingenberg et al., 2025). Niveau de preuve : émergent.
Les céramides répondent aux traitements. La simvastatine les réduit d’environ un quart (Tarasov et al., 2014) et les inhibiteurs de PCSK9 abaissent le score (Ye et al., 2020). Côté mode de vie, 12 semaines d’entraînement aérobie ont réduit Cer16:0 chez des personnes obèses, en lien avec la perte de poids (Kasumov et al., 2015).
À l’inverse, trois semaines de surconsommation de graisses saturées ont fait grimper les céramides totales de 49 % (Luukkonen et al., 2018). Un dernier résultat surprend les adeptes du cétogène : un régime très pauvre en glucides et riche en graisses les a fait monter en 12 semaines (Cipryan et al., 2023).
Les analyses à associer
- Apolipoprotéine B : compte les particules athérogènes, autre façon d’affiner le risque ;
- LDL cholestérol : repère classique, que le score cherche à compléter ;
- Lipoprotéine (a) : facteur de risque en grande partie génétique ;
- Protéine C réactive ultrasensible : reflète l’inflammation de bas grade.
À retenir
- Le score résume quatre céramides et leurs rapports, de 0 à 12 points ;
- Selon la Mayo Clinic, un score de 10 à 12 correspond au risque le plus élevé ;
- Évitez un effort d’endurance prolongé avant le prélèvement ;
- Ce dosage reste émergent : aucune recommandation officielle ne le retient à ce jour.