Ce que mesure l’analyse
L’ADMA, ou diméthylarginine asymétrique, est un dérivé de l’arginine. Elle se forme quand des enzymes, les PRMT, accrochent des groupes méthyles à des résidus d’arginine dans les protéines. Ces groupes sont fournis par la S-adénosylméthionine, la même molécule qui alimente le cycle de l’homocystéine (Maas, 2005). Quand ces protéines sont dégradées, l’ADMA passe dans le sang.
Son intérêt tient à une cible précise : la NO synthase. Cette enzyme fabrique, à partir de l’arginine, le monoxyde d’azote (NO), un gaz qui relâche la paroi des artères. L’ADMA entre en concurrence avec l’arginine et freine cette production.
Autrement dit : plus d’ADMA, moins de NO, des vaisseaux moins souples. D’où son statut de marqueur de l’endothélium, la couche de cellules qui tapisse l’intérieur des vaisseaux.
L’élimination passe surtout par des enzymes, les DDAH, qui dégradent plus de 80 % de l’ADMA circulante (Willeit et al., 2015). Le rein en élimine une plus petite part. Tout ce qui freine ces enzymes, ou les reins, fait donc monter le taux.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang sur tube EDTA. La Mayo Clinic, qui propose le dosage, exige 12 heures de jeûne. La molécule est stable : 7 jours à température ambiante ou au réfrigérateur selon ce laboratoire, et plusieurs cycles de congélation ne la modifient pas (Valtonen et al., 2005).
Le vrai piège est la méthode. Comparés sur 55 sérums, un dosage ELISA et une chromatographie liquide ne montraient aucune corrélation. La reproductibilité différait aussi : 19 % de variation pour l’ELISA contre 2,5 % pour la chromatographie (Valtonen et al., 2005).
Pour suivre son ADMA, mieux vaut donc rester dans le même laboratoire, avec la même technique.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µmol/L. La référence la plus solide vient de la cohorte américaine de Framingham : 1 126 adultes non-fumeurs sans maladie cardiovasculaire, hypertension, diabète ni obésité, dosés par spectrométrie de masse (LC-MS/MS). La moyenne était de 0,52 µmol/L, et 95 % des valeurs se situaient entre 0,311 et 0,732 µmol/L (Schwedhelm et al., 2009).
Les écarts entre sexes restent faibles : 0,310 à 0,745 µmol/L chez l’homme, 0,313 à 0,721 µmol/L chez la femme. L’ADMA augmente légèrement avec l’âge et avec l’homocystéine.
La Mayo Clinic exprime ses résultats en ng/mL, avec une valeur de référence de 63 à 137 ng/mL chez l’adulte. Vérifiez l’unité avant toute comparaison.
Ce qui compte vraiment : la technique. Selon une méta-analyse de 66 études, les intervalles vont de 0,25 à 0,92 µmol/L pour les ELISA, contre 0,34 à 1,10 µmol/L pour la chromatographie liquide (Németh et al., 2017). Un résultat ELISA ne se compare pas aux repères de Framingham.
Ce que dit la science
Le lien avec le risque cardiovasculaire est documenté. Une méta-analyse de 22 études prospectives, soit près de 20 000 participants, montre que le tiers d’ADMA le plus élevé a un risque de maladie cardiovasculaire supérieur de 42 % au tiers le plus bas. Pour l’AVC, la hausse atteint 60 % (Willeit et al., 2015).
Pourtant, les auteurs restent prudents : ces données ne permettent pas de conclure que l’ADMA cause ces maladies. Elle s’accumule dans l’insuffisance rénale (Vallance et al., 1992). L’homocystéine et l’excès de glucose freinent aussi sa dégradation, du moins en laboratoire (Stühlinger et al., 2001 ; Lin et al., 2002). L’ADMA pourrait donc refléter ces désordres autant que les provoquer.
Aucune recommandation officielle ne retient ce dosage. L’absence de méthode standardisée freine son usage clinique, soulignent les auteurs de la méta-analyse sur les valeurs de référence. Niveau de preuve : émergent.
Un résultat intéresse les sportifs. La L-arginine en complément, souvent présentée comme un moyen de contrer l’ADMA, ne la modifie pas selon une méta-analyse (Rodrigues-Krause et al., 2018). L’entraînement d’endurance, lui, l’a fait baisser de 17,6 % en 12 semaines chez des personnes à risque coronarien (Richter et al., 2005).
Les analyses à associer
- Arginine : l’ADMA agit en concurrente de l’arginine, les deux se lisent ensemble ;
- Débit de filtration glomérulaire : une baisse de la fonction rénale élève l’ADMA ;
- Homocystéine : issue de la même voie de méthylation, elle freine la dégradation de l’ADMA ;
- Protéine C réactive ultrasensible : situe l’inflammation, autre facteur d’atteinte de l’endothélium.
À retenir
- L’ADMA freine la production de monoxyde d’azote, qui relâche les artères ;
- Repère par LC-MS/MS : 0,311 à 0,732 µmol/L chez l’adulte (Framingham) ;
- Les résultats ELISA et par chromatographie ne sont pas comparables ;
- Marqueur de recherche : aucun lien de cause à effet n’est démontré.