Ce que mesure l’analyse
La 4-méthoxyestrone (4-MeO-E1) est un dérivé de l’œstrone qui vient en fin de chaîne. L’œstrone est d’abord transformée en 4-hydroxyestrone par l’enzyme CYP1B1. Ce « catéchol », porteur de deux groupes OH voisins, est ensuite méthylé par l’enzyme COMT (catéchol-O-méthyltransférase) : un groupe méthyle remplace un hydrogène, et on obtient la 4-méthoxyestrone, forme stable, destinée à l’élimination.
L’intérêt de ce dosage est indirect. Une 4-OH-E1 non neutralisée peut s’oxyder en quinone réactive, capable de former en laboratoire des lésions de l’ADN (Yager, 2015). Mesurer la 4-MeO-E1 permet de voir si la neutralisation suit. Dans des cellules mammaires humaines, bloquer la COMT multiplie par 3 à 4 la formation d’adduits dépurinants : l’étape de méthylation joue donc un rôle protecteur dans ces expériences.
Comment se passe le prélèvement
Ce dosage est rare. Genova Diagnostics l’inclut dans son profil Essential Estrogens, sur urines de 24 heures, avec une méthode LC-MS/MS : il dose la somme 4-MeO-E1 + 4-MeO-E2. Doctor’s Data propose aussi un profil de métabolites urinaires. Le rapport DUTCH que nous avons consulté ne rapporte que la 2-méthoxyestrone, pas la 4-méthoxyestrone.
Suivez la consigne de votre laboratoire pour les œstrogènes, la DHEA et la prégnénolone pris par voie orale avant le recueil, et pour la contraception. Chez la femme réglée, indiquez le jour du cycle.
Comment lire le résultat
Genova exprime le résultat en µg/g de créatinine, soit exactement la même valeur numérique que des ng/mg de créatinine. Son repère pour la somme 4-MeO-E1 + 4-MeO-E2 est de 1,0 µg/g de créatinine au plus, identique pour l’homme, la femme réglée et la femme ménopausée.
Très souvent, la valeur est sous la limite de détection : le rapport type de Genova l’illustre en notant « < dl » pour une valeur trop faible. C’est fréquent pour les œstrogènes et leurs métabolites, particulièrement dans les urines de femmes ménopausées (J Chromatogr B, 2020). Dans ce cas, le résultat dit surtout que la quantité est faible, sans permettre de conclure sur la méthylation.
Ce qui compte vraiment : la 4-MeO-E1 se lit avec la 4-OH-E1. Une 4-OH-E1 élevée avec une 4-MeO-E1 non détectée oriente vers une méthylation insuffisante, mais ce n’est qu’une piste. Une 4-MeO-E1 haute n’est pas préoccupante en soi, car c’est la forme stable.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est faible. Les expériences sur cellules et sur animaux montrent le rôle protecteur de la COMT (Yager, 2015), mais nous n’avons pas trouvé d’étude clinique qui relie la 4-MeO-E1 urinaire seule à un critère de santé. Aucune autorité de santé ne l’inclut dans une recommandation, et les repères viennent du laboratoire. C’est pourquoi cette analyse est classée « non validée » : l’intérêt clinique d’un dosage isolé n’est pas démontré.
Les aspects techniques jouent un rôle majeur. Le dosage est difficile : la quantité est très faible, et les méthodes ne mesurent pas toutes les mêmes molécules (4-MeO-E1 seule ou somme avec la 4-MeO-E2). La comparaison entre laboratoires est donc impossible sans précaution. Enfin, une valeur sous la limite de détection ne dit rien de précis sur l’efficacité de la COMT.
Les analyses à associer
La 4-hydroxyestrone est le précurseur direct. La 2-méthoxyestrone, plus facile à chiffrer, montre la méthylation de la voie 2. La COMT et l’œstrone complètent la lecture.
À retenir
- La 4-MeO-E1 est la forme méthylée, stable, de la 4-hydroxyestrone ; la COMT la fabrique.
- Le repère de Genova (somme 4-MeO-E1 + 4-MeO-E2) est de 1,0 µg/g de créatinine au plus.
- La valeur est souvent sous la limite de détection, surtout après la ménopause.
- L’intérêt d’un dosage isolé n’est pas démontré : il se lit avec la 4-OH-E1.
- Un résultat inhabituel se discute avec un médecin ; il ne pose pas de diagnostic.