Ce que mesure l’analyse
L’œstriol (E3) est l’un des trois œstrogènes principaux, avec l’œstradiol et l’œstrone. Hors grossesse, il circule en quantité très faible. Pendant la grossesse, il est fabriqué en grande quantité par l’unité fœtoplacentaire : le fœtus fournit des précurseurs, que le placenta transforme. Sa concentration dans le sang de la mère monte donc au fil des semaines.
Dans les comptes rendus français, vous lirez surtout œstriol non conjugué (uE3) ou estriol libre. « Non conjugué » signifie qu’il circule sous sa forme libre, avant d’être lié à un sulfate ou à un glucuronide pour être éliminé. C’est cette forme que le laboratoire dose pour le dépistage prénatal.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang chez la femme enceinte, au deuxième trimestre. Avant le dépistage, votre médecin ou votre sage-femme vous informe et recueille votre consentement. Le laboratoire demande ensuite une feuille de renseignements : date de début de grossesse, poids, grossesse unique ou multiple, tabac, diabète traité par insuline, et mesures de l’échographie du premier trimestre si un dépistage séquentiel est prévu. Ces données entrent dans le calcul : elles comptent autant que la prise de sang. Le jeûne n’est généralement pas exigé ; suivez les consignes de votre laboratoire.
L’œstriol existe aussi dans les urines. Il figure alors dans des profils hormonaux urinaires proposés par des laboratoires spécialisés, dont les repères leur sont propres. Nous ne les reprenons pas ici.
Comment lire le résultat
En dépistage, l’œstriol n’est pas une concentration à comparer à une norme. Il est rendu en MoM, un multiple de la médiane : le laboratoire compare votre valeur à la médiane des grossesses du même terme. Cette méthode corrige en partie les écarts entre réactifs et entre laboratoires.
Le MoM n’est jamais interprété seul. Un logiciel de calcul marqué CE combine l’âge maternel, les marqueurs sanguins (hCG ou sa sous-unité libre, alpha-fœtoprotéine, éventuellement œstriol) et, quand on les a, les mesures échographiques. Le compte rendu donne un risque de trisomie 21, pas un diagnostic. Un œstriol bas, associé aux autres marqueurs, tire le risque calculé vers le haut ; un œstriol haut seul n’a pas de signification propre. Nous ne donnons pas de repère chiffré brut : nous n’avons pas trouvé de source officielle vérifiable qui en publie, car les concentrations dépendent du réactif.
Ce que dit la science
La HAS cite, au deuxième trimestre, le dosage de l’hCG totale (ou de sa sous-unité libre) et de l’AFP ou de l’œstriol non conjugué. Le contrôle national de qualité rappelle que deux marqueurs au moins doivent être dosés. En pratique, l’œstriol est devenu minoritaire : lors de l’opération 2023, deux laboratoires seulement utilisaient le triple test, la grande majorité se contentant du double test hCG et AFP.
Les limites sont connues. Le dépistage sérique estime un risque ; il produit des faux positifs et des faux négatifs, et ne remplace pas un examen du caryotype fœtal. En cas de risque intermédiaire, la HAS recommande de proposer un test d’ADN fœtal libre circulant dans le sang maternel, plus performant. L’œstriol est donc un marqueur de niveau « courant » mais en recul. Hors grossesse, son dosage reste d’usage rare et sans seuil validé par une autorité de santé.
Retenez aussi que la date de grossesse est la principale source d’erreur : comme l’œstriol augmente avec le terme, un décalage de quelques jours peut suffire à modifier le résultat rendu en MoM.
Les analyses à associer
- L’alpha-fœtoprotéine et l’hCG, ses partenaires du triple test.
- L’œstradiol et l’œstrone, les deux autres œstrogènes, hors grossesse.
À retenir
- L’œstriol non conjugué sert à calculer un risque de trisomie 21 au deuxième trimestre ; il ne pose aucun diagnostic.
- Il est rendu en MoM, pas en concentration comparable d’un laboratoire à l’autre.
- La date de grossesse et le poids pèsent autant que la prise de sang.
- Il est peu utilisé en France aujourd’hui. En cas de risque intermédiaire, parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme, qui peuvent proposer l’ADN libre circulant.