Ce que mesure l’analyse
La prolactine (PRL) est une hormone fabriquée par les cellules lactotropes de l’hypophyse. Elle déclenche et entretient la lactation et joue un rôle dans la fertilité, en agissant sur le système nerveux central et sur les gonades. Sa sécrétion est freinée en permanence par la dopamine, un messager de l’hypothalamus. La TRH, elle, la stimule. Sa demi-vie dans le sang est de 30 à 50 minutes.
Dans le sang, la prolactine existe sous plusieurs formes. La forme principale, dite little ou monomérique, pèse 23 kDa et représente plus de 70 % du total. Il existe aussi des formes plus lourdes : la big prolactine et la macroprolactine, un complexe de prolactine et d’immunoglobuline G. Ces formes lourdes sont biologiquement inactives, mais certains réactifs les mesurent.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang. Selon un consensus d’experts de la Société française d’endocrinologie (2006), rapporté par Biomnis, le stress peut élever très légèrement la prolactine : on recommande un prélèvement au repos, sans cathéter. En pratique, il n’est pas nécessaire de tenir compte de la période du cycle, de l’horaire (en évitant la fin de nuit) ni des repas. L’Endocrine Society va dans le même sens : le prélèvement peut se faire à tout moment de la journée, et un seul dosage suffit généralement.
Avant le dosage, signalez vos médicaments : neuroleptiques, antidépresseurs tricycliques, antiémétiques, certains antihypertenseurs, morphine, méthadone, œstrogènes. Dites aussi si vous êtes enceinte ou si vous allaitez.
Comment lire le résultat
Biomnis rend la prolactine en mUI/L et non plus en ng/mL, car les valeurs en ng/mL varient selon les réactifs (facteur de conversion variable, de 22 à 36 mUI/L pour 1 ng/mL). À titre indicatif, les valeurs sont de 100 à 500 mUI/L chez la femme et de 85 à 325 mUI/L chez l’homme. Le seuil pathologique est fixé à 900 mUI/L. Des valeurs très élevées, au-delà de 3 000 (l’unité est écrite « U/ml » dans le document de Biomnis, nous la lisons comme mUI/L), sont en faveur d’un adénome hypophysaire.
Une hyperprolactinémie modérée, de moins de 5 fois la normale, se confirme sur un second prélèvement, sans médicament pouvant l’influencer, et si possible avec une autre trousse. Un point important : des valeurs très hautes n’indiquent pas toujours une tumeur. Selon S. Melmed, même des taux au-delà de 200 ng/mL peuvent être causés par des antipsychotiques. Quand la clinique et la biologie ne concordent pas, on cherche une macroprolactine.
Ce que dit la science
La recommandation de l’Endocrine Society (2011) insiste sur l’élimination d’une cause médicamenteuse avant toute IRM, puis sur la recherche de macroprolactine quand la prolactine est élevée sans symptômes. Les causes d’une élévation sont multiples : prolactinome, hypothyroïdie, syndrome des ovaires polykystiques, insuffisance surrénale, cirrhose, insuffisance rénale, lésions proches de la selle turcique.
Les repères varient d’un réactif à l’autre. Une étude de 2023 d’un laboratoire français a vérifié les intervalles de référence du réactif Roche, parce que des travaux avaient montré qu’il pouvait surestimer la prolactine par rapport à d’autres plateformes. Le niveau de preuve est « validé » : le dosage est recommandé par une société savante, mais ses repères sont propres à chaque réactif.
Les analyses à associer
- La macroprolactine, pour éliminer une fausse élévation.
- La TSH, car l’hypothyroïdie peut augmenter la prolactine.
- La FSH, pour comprendre un trouble des règles.
- La testostérone totale, chez l’homme.
À retenir
- Une prolactine élevée a souvent une cause simple : médicament, grossesse, allaitement.
- Le prélèvement se fait au repos, sans contrainte de jeûne, en évitant la fin de nuit.
- Une élévation modérée se contrôle sur un second prélèvement.
- Sans symptôme, cherchez une macroprolactine avant d’aller plus loin.
- Comparez avec les repères de votre laboratoire, pas avec ceux d’un autre.