Ce que mesure l’analyse
La TSH (thyréostimuline) est une hormone fabriquée par l’hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau. Son rôle : commander la thyroïde. Elle fonctionne comme un thermostat. Quand les hormones thyroïdiennes baissent, l’hypophyse envoie plus de TSH. Quand elles montent, elle en envoie moins. Une petite variation de T4 libre provoque une grande variation de TSH : c’est pourquoi la TSH est plus sensible que le dosage direct des hormones (ETA, 2018). La HAS en tire une règle simple : une TSH normale suffit à écarter une dysthyroïdie, c’est-à-dire un trouble du fonctionnement thyroïdien. L’exception principale est l’hypothyroïdie centrale, où l’hypophyse ne commande plus correctement la thyroïde et où la TSH peut être normale ou basse.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang. Les recommandations consultées n’exigent pas de préparation particulière, mais l’horaire compte. La TSH suit un rythme sur 24 heures : plus haute la nuit, plus basse le jour (Weeke et Gundersen, 1978). Une mesure à 9 h reflète bien la sécrétion de la journée (Society for Endocrinology). Faites vos contrôles à une heure comparable, de préférence le matin.
Signalez vos compléments. La biotine à forte dose (cheveux, ongles, peau) peut rendre la TSH faussement basse sur certains automates (FDA, 2017, mise à jour 2019). Un laboratoire hospitalier britannique demande d’attendre 8 heures après la dernière prise au-delà de 5 mg par jour (Gloucestershire Hospitals NHS). Si vous prenez de la lévothyroxine, suivez la consigne de votre médecin pour l’heure de la prise.
Comment lire le résultat
L’unité est le mUI/L, équivalent du mIU/L et du µUI/mL. Pour le test Roche Elecsys, la fourchette adulte va de 0,27 à 4,2 mUI/L. Dans l’enquête américaine NHANES III, la limite haute (97,5e percentile) était de 4,12 mUI/L chez 13 344 personnes sans maladie thyroïdienne ni anticorps (Hollowell et al., 2002).
Pour la HAS, une TSH au-delà de 4 mUI/L avec une T4 libre normale définit l’hypothyroïdie fruste. Une TSH au-delà de 10 mUI/L, confirmée sur deux examens, ouvre la discussion d’un traitement. L’ETA (2013) conseille de recontrôler une TSH élevée après 2 à 3 mois, avec la T4 libre et les anti-TPO, car une hausse peut être passagère.
Trois situations changent la lecture. L’âge d’abord : chez les adultes de 20 à 29 ans, la limite haute observée est de 3,56 mUI/L, contre 7,49 mUI/L à partir de 80 ans, et 70 % des personnes âgées dont la TSH dépasse 4,5 mUI/L restaient dans leur propre fourchette d’âge (Surks et Hollowell, 2007). La grossesse ensuite : les seuils sont propres à chaque trimestre. Enfin, l’individu lui-même : la HAS rappelle que l’intervalle de normalité d’une personne peut être plus étroit que celui du laboratoire (notion de « set point »).
Ce que dit la science
La HAS ne recommande pas de dépister l’hypothyroïdie chez les personnes sans symptôme. En 2013, 30 % des débuts de traitement par lévothyroxine se faisaient sans dosage préalable de TSH, ce que la HAS juge inacceptable. Après 65 ans, l’âge seul ne justifie pas le dosage.
Le seuil « idéal » fait débat. Des experts américains avaient proposé une limite haute de 2,5 mUI/L, mais dans NHANES III, 10,6 % des 20 à 29 ans sans maladie dépassent déjà 2,5 mUI/L, et 40 % des 80 ans et plus (Surks et Hollowell, 2007). Les valeurs dites « optimales » de la médecine fonctionnelle ne font donc pas consensus. L’ETA retient une cible de 0,4 à 2,5 mUI/L seulement pour les personnes traitées par lévothyroxine.
La TSH élevée prédit l’évolution. Dans l’étude de Whickham, le risque annuel de devenir franchement hypothyroïdien était d’environ 4,3 % chez les femmes cumulant TSH élevée et anticorps, contre environ 2 % pour les anticorps seuls (Vanderpump et al., 1995).
Une TSH peut aussi être trompeuse : élevée après une maladie aiguë, basse lors d’une maladie sévère non thyroïdienne (Fliers et al., 2015), basse en début de grossesse (ATA, 2017).
Les analyses à associer
La T4 libre classe la TSH anormale. Les anticorps anti-TPO cherchent une origine auto-immune. La T3 libre et les anticorps anti-récepteur de la TSH aident quand la TSH est basse.
À retenir
- La TSH est le premier examen recommandé par la HAS devant des symptômes thyroïdiens.
- Les repères changent avec la méthode, l’âge et le trimestre de grossesse.
- Une TSH un peu au-dessus de la norme n’est pas une maladie à elle seule : elle se contrôle.
- Biotine, maladie récente, médicaments et horaire peuvent la déplacer.
- Chez le sportif en déficit d’énergie, une TSH normale n’exclut pas une T3 basse.