Ce que mesure l’analyse
La thyroglobuline (Tg) est une grosse protéine fabriquée uniquement par les cellules de la thyroïde. Elle sert de réserve : c’est sur elle que se fabriquent les hormones thyroïdiennes. Les anticorps anti-thyroglobuline (anti-Tg) sont des auto-anticorps dirigés contre cette protéine. Ils sont un ensemble d’anticorps d’affinité variable, retrouvés dans la thyroïdite de Hashimoto, la maladie de Basedow et le cancer thyroïdien. De faibles taux existent chez des personnes normales (Eurofins Biomnis).
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang. Un laboratoire hospitalier australien précise que le plasma sur héparine de lithium n’est pas adapté à ce dosage, que le sérum se conserve 8 jours entre 2 et 8 °C, et qu’une prise de biotine peut donner des résultats faussement élevés (Alfred Health Pathology). Signalez donc toute supplémentation en biotine.
Comment lire le résultat
L’unité est l’UI/mL. Pour le test Roche Elecsys Anti-Tg, un résultat inférieur à 115 UI/mL est négatif. D’autres réactifs utilisent d’autres seuils : celui du test Atellica IM de Siemens est de 60 U/mL selon la notice, et l’ANSM a signalé en 2018 un biais positif sur certains lots. Une personne qui change de laboratoire ou de réactif peut donc voir son résultat changer sans que sa thyroïde ait changé. Comparez toujours deux résultats obtenus avec la même méthode.
La valeur exacte compte moins que le sens et la tendance. Un anti-Tg isolé, sans anti-TPO, est peu informatif sur une maladie thyroïdienne. Chez une personne suivie pour un cancer, c’est la variation dans le temps qui compte.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’un examen courant. Dans NHANES III, les anti-Tg étaient positifs chez 10,4 % des adultes sans maladie thyroïdienne connue, plus souvent chez les femmes et avec l’âge. Contrairement aux anti-TPO, ils n’étaient pas significativement associés à une hypo- ou une hyperthyroïdie lorsqu’ils étaient seuls (Hollowell et al., 2002).
Leur grand intérêt est ailleurs : ils peuvent fausser le dosage de la thyroglobuline, utilisée comme marqueur de suivi après un cancer thyroïdien différencié. Selon Biomnis, ils sont détectés chez 20 à 40 % des patients atteints d’un tel cancer. Avec un dosage de type sandwich, leur présence entraîne une valeur de thyroglobuline faussement basse, et le seul moyen sûr est de juger le résultat ininterprétable plutôt que de le croire rassurant.
Quand les anti-Tg sont présents, ils servent eux-mêmes de marqueur. Après un traitement complet, ils disparaissent en règle générale en deux à trois ans : leur persistance ou leur réapparition en regard d’une thyroglobuline indétectable est un indicateur possible de maladie persistante (Biomnis). Les recommandations de l’ATA (2015) classent une hausse des anti-Tg avec imagerie négative comme une réponse biochimique incomplète, et une mise à jour de 2025 insiste davantage sur la tendance des anti-Tg que sur leur valeur isolée (Endocrine, 2025). Ces éléments se discutent avec l’équipe médicale.
Les limites sont nettes : pas de standard commun entre réactifs, interférences (biotine, thyroglobuline très élevée), et un intérêt limité hors suivi du cancer thyroïdien.
Les analyses à associer
La thyroglobuline se dose avec les anti-Tg. Les anti-TPO et la TSH complètent le bilan thyroïdien. Les anticorps anti-récepteur de la TSH sont ceux de la maladie de Basedow.
À retenir
- Les anti-Tg sont surtout utiles pour savoir si la thyroglobuline est fiable.
- Isolés, ils renseignent peu sur une maladie thyroïdienne.
- Leur seuil dépend du réactif : ne comparez que des résultats issus de la même méthode.
- Après un cancer thyroïdien, c’est leur évolution qui est suivie.