Ce que mesure l’analyse
La thyroperoxydase (TPO) est une enzyme située dans les cellules de la thyroïde. Elle est indispensable à la fabrication des hormones thyroïdiennes. Les anticorps anti-TPO sont des auto-anticorps, c’est-à-dire des anticorps produits par le système immunitaire contre une cible du corps lui-même. Ils sont le meilleur marqueur d’auto-immunité thyroïdienne : ils sont toujours corrélés à l’infiltration de la thyroïde par des cellules immunitaires (Eurofins Biomnis). Dans la thyroïdite de Hashimoto, ils sont présents dans 90 à 98 % des cas et apparaissent avant les symptômes (Biomnis).
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang. Les sources consultées ne décrivent pas de préparation particulière : suivez la consigne de votre laboratoire. Signalez vos médicaments : l’amiodarone et le lithium, entre autres, peuvent être à l’origine d’anticorps antithyroïdiens (Biomnis).
Comment lire le résultat
L’unité est l’UI/mL, équivalente au kUI/L. Le seuil de positivité dépend de la méthode, ce qui est le point le plus important de cette fiche. Avec la méthode historique Roche Elecsys, un résultat inférieur à 34 UI/mL est négatif (Université de Magdeburg ; Biomnis donne à titre indicatif moins de 34 kUI/L en chimiluminescence). Mais des laboratoires changent de réactif. Un laboratoire tchèque a annoncé en juin 2026 l’adoption d’une nouvelle génération (Elecsys Anti-TPO II) : le seuil de la population saine passe de 34 à 8 kU/L, et un seuil de 20 kU/L est défini pour le diagnostic de Hashimoto et des autres maladies thyroïdiennes auto-immunes. Les résultats de l’ancienne et de la nouvelle méthode ne sont pas comparables. Quand vous comparez deux bilans, vérifiez la méthode et le seuil du laboratoire.
Retenez surtout le sens du résultat : positif ou négatif. Un résultat positif n’a pas besoin d’être refait : la HAS juge inutile de renouveler le dosage.
Ce que dit la science
Dans l’enquête américaine NHANES III, les anti-TPO étaient positifs chez 11,3 % des adultes sans maladie thyroïdienne connue, plus souvent chez les femmes, et de plus en plus avec l’âge. Ils étaient associés à l’hypothyroïdie comme à l’hyperthyroïdie (Hollowell et al., 2002). Leur présence seule ne prouve donc pas une maladie.
Ils prédisent surtout l’évolution. Dans l’étude de Whickham, au Royaume-Uni, le risque annuel de devenir franchement hypothyroïdien était d’environ 4,3 % chez les femmes cumulant TSH élevée et anticorps, contre environ 2 % pour les anticorps seuls (Vanderpump et al., 1995 ; American Family Physician, 2015). La HAS (2019) et l’ETA (2013) en tirent la même conclusion : devant une TSH élevée, les anti-TPO aident à estimer le risque d’évolution d’une hypothyroïdie fruste.
Pendant la grossesse, l’ATA (2017) recommande de rechercher les anti-TPO chez toute femme dont la TSH dépasse 2,5 mUI/L. Leur positivité abaisse le seuil de discussion d’un traitement.
Les limites sont à connaître. Un test négatif n’exclut pas une thyroïdie auto-immune : l’étude de Spencer et al. (2007) montre que la limite haute de la TSH peut être faussée par des personnes anti-TPO négatives porteuses d’une atteinte auto-immune cachée. La HAS ne propose pas de dépistage des anti-TPO sans signe d’appel.
Les analyses à associer
La TSH et la T4 libre indiquent si la thyroïde fonctionne. Les anticorps anti-thyroglobuline complètent le bilan. Les anticorps anti-récepteur de la TSH sont ceux de la maladie de Basedow.
À retenir
- Les anti-TPO cherchent une origine auto-immune, ils ne sont pas nécessaires pour diagnostiquer une hypothyroïdie.
- Le seuil de positivité dépend du réactif : ne comparez pas deux méthodes différentes.
- Ils peuvent être positifs sans maladie, mais augmentent le risque d’évoluer vers une hypothyroïdie.
- Inutile de les refaire une fois positifs, selon la HAS.