Ce que mesure l’analyse
Ce rapport n’est pas un dosage : c’est un calcul. On divise la T3 libre, forme active des hormones thyroïdiennes, par la T3 inverse, forme inactive. L’idée est séduisante. Si l’organisme transforme la thyroxine (T4) davantage vers la T3 inverse que vers la T3, le rapport baisse. On y voit un indicateur de la « conversion » de la T4. Dans le corps, cette transformation est assurée par des enzymes, les désiodases, qui adaptent la production de T3 à la situation (Gomes-Lima et al., 2019).
Le rapport n’a pas d’unité propre. Selon les unités de la T3 libre et de la T3 inverse, le résultat change d’un facteur dix ou davantage. C’est une première raison de ne jamais comparer deux rapports calculés par des laboratoires différents.
Comment se passe le prélèvement
Il faut deux dosages, donc une prise de sang. Idéalement les deux sont faits sur le même échantillon et au même laboratoire. Signalez la biotine à forte dose, qui peut fausser la T3 libre sur certains dosages (Health Sciences Authority, 2019), et vos médicaments : l’amiodarone, le propranolol et la dexaméthasone augmentent la T3 inverse, la phénytoïne la diminue (Bumrungrad ; Mayo Clinic Laboratories).
Comment lire le résultat
Il n’existe aucun repère validé pour ce rapport dans les sources consultées pour cette fiche. Pour cette raison, la zone des repères est laissée vide. Des seuils circulent sur internet, mais nous n’avons trouvé ni recommandation officielle, ni référence de laboratoire, ni publication permettant de les vérifier. Si votre compte rendu en affiche un, vérifiez qu’il précise la méthode, les unités et le laboratoire.
Les composantes du rapport, elles, ont des repères : voyez les fiches de la T3 libre et de la T3 inverse. La T3 inverse change avec la méthode (Biomnis et Mayo n’utilisent pas les mêmes unités) et avec la saison : chez l’euthyroïdien, elle est plus haute en été de 25 à 40 % (Biomnis). Le rapport hérite de toutes ces variations.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est faible pour un usage en consultation courante : « non validée ». Voici ce que l’on sait.
Chez le grand malade, T3 et T3 inverse varient en sens inverse. Un rapport T3 sur T3 inverse bas à l’admission en soins intensifs est associé à une mortalité plus élevée, chez l’adulte (Peeters et al., 2005) comme chez l’enfant (Thyroid, 2019). C’est un marqueur de gravité, et il n’est pas utilisé pour traiter.
Chez la personne qui consulte pour fatigue, la situation est différente. Selon la revue de Gomes-Lima, Wartofsky et Burman (2019), aucune preuve ne soutient aujourd’hui l’usage de la T3 inverse pour surveiller un traitement par lévothyroxine, seule ou associée à la T3. Et la T3 inverse n’a pas permis de distinguer de façon fiable une hypothyroïdie d’un syndrome de basse T3 chez le malade (étude hospitalière, PubMed 8808092). Une analyse des commandes d’un grand laboratoire américain a de plus constaté que la majorité des plus gros prescripteurs de T3 inverse relevaient de la médecine fonctionnelle, sans que la littérature justifie ces volumes (Thyroid, 2018).
Chez le sportif, le manque d’énergie suffit à faire baisser la T3 et monter la T3 inverse en quelques jours (Loucks et Callister, 1993). Le rapport baisse donc, ce qui décrit une adaptation. Il ne remplace pas l’évaluation de l’alimentation et de la charge d’entraînement.
Les analyses à associer
La T3 libre et la T3 inverse sont les deux composantes. La T4 libre et la TSH situent la fonction de la thyroïde.
À retenir
- Le rapport T3 libre sur T3 inverse est un calcul, sans repère validé.
- Il baisse lors d’une maladie sévère, d’un jeûne ou d’un manque d’énergie.
- Il dépend des unités, de la méthode et du laboratoire : ne comparez que des résultats du même laboratoire.
- Aucune preuve ne soutient son usage pour décider d’un traitement.