Ce que mesure l’analyse
L’iodurie mesure la quantité d’iode éliminée dans les urines. L’iode est un oligo-élément (un minéral dont le corps n’a besoin qu’en très petite quantité) indispensable à la fabrication des hormones thyroïdiennes. Le corps n’en contient que 15 à 20 mg environ, selon le précis de biopathologie d’Eurofins Biomnis.
Comme l’essentiel de l’iode ingéré finit dans les urines, l’iodurie est l’indicateur le plus utilisé pour estimer les apports en iode d’une population (Biomnis). Elle reflète l’exposition récente, pas la réserve de la thyroïde (INRS).
Comment se passe le prélèvement
Deux formules existent. Le recueil des urines de 24 heures est la mesure de référence, mais il est difficile à réaliser et, à domicile, il expose à des contaminations (INRS). Plus simple, l’échantillon ponctuel est prélevé à n’importe quel moment de la journée.
Prévenez le laboratoire et le médecin de tout produit iodé récent : produit de contraste d’un scanner, antiseptique à base d’iode, amiodarone (un médicament riche en iode), algues ou compléments contenant de l’iode. N’arrêtez aucun médicament de votre propre initiative. Utilisez le flacon fourni et respectez les consignes de conservation et de délai d’acheminement du laboratoire.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µg/L. Le guide d’enquête de Nutrition International, qui reprend la recommandation de l’OMS, déconseille de le rapporter à la créatinine, car ce ratio peut induire en erreur.
Les seuils de l’OMS (2013) portent sur la médiane, c’est-à-dire la valeur du milieu d’un groupe de personnes. Pour des adultes non enceintes :
- moins de 20 µg/L : carence sévère ;
- 20 à 49 : carence modérée ;
- 50 à 99 : carence légère ;
- 100 à 199 : apport adéquat ;
- 200 à 299 : au-dessus des besoins ;
- 300 et plus : excessif.
Chez la femme enceinte, l’OMS retient 150 à 249 µg/L comme adéquat, 250 à 499 comme au-dessus des besoins et 500 et plus comme excessif. Pour les femmes qui allaitent et les enfants de moins de 2 ans, un seuil de 100 µg/L et plus est jugé adéquat.
Attention : l’OMS précise qu’un échantillon isolé ne permet pas de classer une personne en carence ou en apport suffisant. Un chiffre bas ou haut est une piste, pas un diagnostic. À titre d’exemple, l’étude française ENNS (2006-2007) a trouvé une médiane de 140 µg/L chez les hommes adultes et de 125 µg/L chez les femmes adultes, soit dans la zone « adéquate » à l’échelle du groupe (Santé publique France). Le précis de Biomnis évoque une surcharge en iode au-delà de 400 µg par 24 heures ; ce seuil de laboratoire s’applique à un recueil de 24 heures et non à un résultat exprimé en µg/L.
Une iodurie basse ne dit pas si votre thyroïde manque réellement d’iode, et une iodurie haute ne dit pas qu’elle est en difficulté. C’est la TSH et la T4 libre qui montrent le fonctionnement de la glande.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est bon à l’échelle d’une population. Une analyse de 48 populations (Delange et coll., 2002) a montré que, lorsque la médiane dépasse 100 µg/L, les valeurs individuelles très basses restent rares ; les auteurs ont conclu que le seuil de 100 µg/L n’avait pas besoin d’être relevé.
À l’échelle d’une personne, la preuve est plus fragile : l’iodurie varie d’un jour à l’autre et reflète surtout les derniers repas. D’autres marqueurs sont étudiés, comme la thyroglobuline (une protéine fabriquée par la thyroïde). Une étude de 2025 rappelle que l’OMS considère l’iodurie comme le marqueur de référence de l’apport récent et qu’il n’existe pas de seuil de thyroglobuline établi (Sivalogan et coll., 2025). L’OMS travaille d’ailleurs à une mise à jour de ses seuils : ceux cités ici pourront évoluer.
Les analyses à associer
La TSH et la T4 libre montrent comment la thyroïde fonctionne réellement. La thyroglobuline est un marqueur étudié pour estimer l’état en iode d’un groupe. Les anticorps anti-thyroperoxydase aident à repérer une thyroïdite auto-immune, que l’OMS associe à un excès d’iode au niveau des populations.
À retenir
- L’iodurie reflète les apports récents en iode, pas la réserve de la thyroïde.
- Les seuils de l’OMS valent pour la médiane d’un groupe, pas pour un échantillon isolé.
- Signalez tout produit iodé : contraste, antiseptique, algues, compléments, amiodarone.
- Un résultat anormal se discute avec un médecin, avec la TSH et la T4 libre.