Ce que mesure l’analyse
La triiodothyronine, ou T3, est l’hormone thyroïdienne la plus active. La thyroïde en fabrique peu : environ 6,5 µg par jour. La plus grande partie, environ 26,5 µg, vient de la transformation de la T4 dans les tissus par des enzymes appelées désiodases (Gomes-Lima et al., 2019). La T3 libre (T3L) est la fraction non liée aux protéines, celle qui peut agir sur les cellules.
Cette transformation s’adapte à la situation. Lors d’une maladie sévère ou d’un manque d’énergie, l’organisme produit moins de T3 : c’est le syndrome de basse T3, une adaptation qui économise de l’énergie (Fliers et al., 2015 ; Boelen et al., 2008).
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang. La T3 libre est un peu plus haute la nuit que le jour (Weeke et Gundersen, 1978) : préférez un horaire constant, le matin. Signalez toute forme de biotine à forte dose, qui peut la rendre faussement haute sur certains dosages (Health Sciences Authority, 2019 ; FDA, 2017). Si vous prenez un médicament contenant de la T3, demandez à votre laboratoire à quel moment faire la prise de sang.
Comment lire le résultat
L’unité courante est le pmol/L, parfois le pg/mL. Pour le test Roche Elecsys FT3 III, la fourchette adulte est de 3,1 à 6,8 pmol/L (soit 2,0 à 4,4 pg/mL), correspondant aux 2,5e et 97,5e percentiles de 5 366 sujets sains selon la notice du fabricant. Pendant la grossesse, Roche donne des repères propres au trimestre : de 3,8 à 6,0 pmol/L au 1er trimestre, de 3,2 à 5,5 au 2e et de 3,1 à 5,0 au 3e. Les autres fabricants utilisent d’autres limites : comparez toujours au laboratoire qui a rendu le résultat.
Une T3 libre isolée ne se lit pas seule. Elle se lit avec la TSH et la T4 libre. Une T3 libre élevée avec une TSH effondrée évoque une hyperthyroïdie. Une T3 libre basse avec une TSH et une T4 libre normales, chez une personne sans maladie thyroïdienne, doit faire chercher une maladie sévère, un jeûne ou un manque d’énergie avant toute conclusion.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est celui d’un examen courant, utile dans des situations précises. La HAS (2019) juge que l’intérêt de la T3 libre dans le diagnostic initial de l’hypothyroïdie n’est pas démontré : la TSH reste le premier dosage. En revanche, pour l’hyperthyroïdie, l’ETA (2018) rappelle que, dans les formes légères, la T4 libre peut être normale alors que seule la T3 libre est élevée, avec une TSH indétectable.
Chez le malade, le tableau est typique : T3 basse, T4 basse ou normale et TSH normale ou légèrement abaissée (Fliers et al., 2015). Chez le sportif, une étude de laboratoire a montré que le manque d’énergie est le facteur déclenchant. Chez 46 femmes sédentaires, 4 jours à 8 kcal par kg et par jour (contre 30) ont fait baisser la T3 de 15 % et la T3 libre de 18 %, et monter la T3 inverse de 24 %. La quantité et l’intensité de l’exercice, prises seules, n’ont rien changé (Loucks et Callister, 1993). L’étude porte sur des femmes sur quatre jours : ses résultats ne s’appliquent pas telles quelles à tous les sportifs.
Les limites sont claires. La T3 libre varie avec le dosage, avec la maladie et avec l’énergie disponible. Elle ne remplace ni la TSH ni la T4 libre.
Les analyses à associer
La TSH et la T4 libre sont indispensables. La T3 inverse montre la voie inactive de la T4. Les anticorps anti-récepteur de la TSH orientent vers la maladie de Basedow.
À retenir
- La T3 libre est la forme active des hormones thyroïdiennes, issue surtout de la T4.
- Elle n’est pas utile en première intention pour diagnostiquer une hypothyroïdie (HAS).
- Elle peut seule être élevée dans une hyperthyroïdie débutante.
- Maladie, jeûne et manque d’énergie la font baisser sans maladie de la thyroïde.