Ce que mesure l’analyse
Cette analyse dose l’iode contenu dans une mèche de cheveux. L’idée est séduisante : l’iode est un oligo-élément (un minéral dont le corps n’a besoin qu’en très petite quantité) indispensable à la fabrication des hormones thyroïdiennes, et le cheveu garde la trace de ce qui circule dans le sang pendant sa pousse. Un dosage capillaire refléterait donc, en théorie, une période de plusieurs semaines, alors que l’iodurie (l’iode dans les urines) ne reflète que l’exposition récente (INRS).
Reste à savoir si cette théorie est démontrée. Ce n’est pas le cas à ce jour : pour évaluer l’état en iode, l’OMS s’appuie sur l’iodurie, la taille de la thyroïde, la TSH et la thyroglobuline, et non sur l’iode des cheveux (OMS, groupe d’experts sur les indicateurs de l’état en iode).
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement consiste à couper une petite mèche de cheveux au plus près du cuir chevelu ; il est indolore. Le laboratoire fixe la quantité à fournir, la zone du crâne et ses consignes de lavage : suivez sa notice, car nous n’avons trouvé aucun protocole d’échantillonnage ou de dosage validé par une autorité de santé pour l’iode capillaire. Signalez les colorations, décolorations, permanentes ou soins récents, qui peuvent modifier la composition des cheveux, ainsi que les compléments contenant de l’iode ou des algues.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de valeurs de référence validées pour l’iode dans les cheveux. Nous n’avons trouvé aucun seuil publié par l’OMS ni par une société savante, et nous n’en donnons donc aucun. Les fourchettes qui figurent sur un compte rendu viennent du laboratoire ou de travaux de recherche, avec leur propre méthode de dosage et leur propre population ; sans connaître cette méthode, comparer un chiffre à une fourchette n’a pas de sens.
Ce qui compte vraiment, pour la thyroïde, ce sont les analyses validées : la TSH et la T4 libre montrent comment la glande fonctionne, et l’iodurie renseigne sur les apports récents, avec les limites décrites dans sa fiche. Un résultat capillaire « bas » ou « élevé » ne permet de conclure ni à une carence, ni à un excès d’iode.
Ce que dit la science
La littérature est mince et vient surtout d’un seul groupe croate. En 2014, Momčilović et coll. ont publié dans la revue Thyroid une étude de 870 adultes en bonne santé apparente, dont les cheveux avaient été analysés par spectrométrie de masse à plasma (ICP-MS). Les auteurs proposaient l’iode capillaire comme indicateur de long terme et définissaient une zone d’état « adéquat » à partir de la saturation du cheveu en iode.
Cet article a été retiré par la revue en 2018 : il reprenait un travail déjà publié dans deux autres revues, sans renvoi. Le motif est donc une publication redondante, pas une accusation de données falsifiées. Une version a aussi paru dans le Journal of Trace Elements in Medicine and Biology (Prejac et coll., 2014). Nous ne reproduisons pas les valeurs proposées, parce que nous n’avons trouvé aucune recommandation officielle qui les reprenne.
Une autre équipe (Gorbachev et Skalny, 2015) a comparé l’iode des cheveux et l’iodurie chez des enfants du nord de la Russie, en zones côtières (riches en iode) et continentales (pauvres en iode). Ses auteurs concluent que les cheveux pourraient servir d’indicateur dans les régions continentales. C’est un signal de recherche, sur des enfants et dans un contexte précis : il ne permet pas de lire le résultat d’un adulte en France.
Niveau de preuve : non validée. L’intérêt clinique du dosage n’est pas démontré.
Les analyses à associer
Si la thyroïde vous préoccupe, regardez d’abord l’iodurie, la TSH et la T4 libre. Le minéralogramme capillaire, qui peut inclure l’iode, a les mêmes limites : ses repères dépendent du laboratoire et de sa méthode. Apportez tout résultat capillaire à votre médecin, avec ces analyses validées, plutôt que de l’interpréter seul.
Si vous avez déjà fait ce test, demandez au laboratoire sa méthode, son unité, la population sur laquelle sa fourchette a été établie et ses contrôles de qualité. Ces informations conditionnent toute lecture du chiffre.
À retenir
- L’iode dans les cheveux est un marqueur de recherche, non validé par l’OMS ni par une société savante.
- Aucune valeur de référence fiable n’est donnée ici, faute de source vérifiable.
- L’article le plus cité sur le sujet a été retiré en 2018 pour publication redondante.
- Pour la thyroïde, appuyez-vous sur la TSH, la T4 libre et, pour les apports récents, sur l’iodurie.