Ce que mesure l’analyse
La thyroglobuline (Tg) est une grosse protéine fabriquée uniquement par les cellules de la thyroïde. Elle représente 90 % des protéines de la colloïde, la substance de réserve de la glande. Elle stocke l’iode et sert de point de départ à la fabrication des hormones thyroïdiennes. Une petite quantité passe dans le sang, où sa demi-vie est de 2 à 4 jours (Eurofins Biomnis).
Le taux sanguin reflète trois choses : la masse de tissu thyroïdien, la stimulation par la TSH et l’existence d’une inflammation. Si la TSH est normale, 1 à 2 ng/mL de Tg correspondent à environ un gramme de tissu thyroïdien normal (Biomnis). Comme la thyroïde est le seul organe à la fabriquer, la Tg est détectable chez une personne bien portante. Chez une personne dont la thyroïde a été retirée, sa présence peut signaler un reste de tissu ou une récidive.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang. Prévenez de tout geste récent sur la thyroïde : une ponction à l’aiguille, une chirurgie, et pour certains auteurs la simple palpation, font monter la Tg pendant quelques jours (Biomnis). Après un traitement initial, la Tg ne doit pas être mesurée moins de 3 mois plus tard. Il faut indiquer au laboratoire un traitement par lévothyroxine, car il explique une Tg basse. La stimulation par TSH recombinante ou par arrêt de la lévothyroxine, quand elle est utilisée, se fait selon un protocole défini par l’équipe médicale.
Comment lire le résultat
L’unité est le ng/mL, équivalent du µg/L. Avec une thyroïde en place, les repères varient. Biomnis donne 2 à 40 ng/mL chez l’adulte, 3 à 40 ng/mL chez les moins de 40 ans non-fumeurs, sans anticorps, avec un apport en iode adéquat, et 3 à 70 ng/mL en cas d’apport insuffisant. Le test Roche Elecsys, selon un laboratoire universitaire allemand, donne 3,5 à 77 ng/mL. Ces fourchettes ne sont pas interchangeables, car la variabilité entre méthodes est importante : suivez toujours la Tg avec le même réactif.
Après traitement d’un cancer thyroïdien différencié (thyroïdectomie totale et iode radioactif), la lecture change. L’ATA (2015) qualifie de réponse excellente une imagerie négative et soit une Tg freinée inférieure à 0,2 ng/mL, soit une Tg stimulée inférieure à 1 ng/mL. Une Tg freinée supérieure ou égale à 1 ng/mL, ou stimulée supérieure ou égale à 10 ng/mL, avec une imagerie négative, définit une réponse biochimique incomplète. Ces seuils dépendent du dosage ; une publication de 2025 décrit une mise à jour de l’ATA qui relève le seuil de Tg non stimulée à 2,5 ng/mL pour la réponse excellente chez les patients à bas risque non traités par iode radioactif.
Ce que dit la science
La Tg n’a pas de valeur diagnostique : elle ne sépare pas un nodule bénin d’un nodule malin (Biomnis). Sa place est le suivi. Quand elle reste détectable malgré la lévothyroxine, la récidive est suspectée devant une augmentation, et elle se confirme par l’échographie du cou. Chez des patients traités, une étude de 204 personnes a trouvé que la Tg était le seul prédicteur indépendant de récidive, avec des seuils propres à chaque réactif : 0,41 µg/L basal et 1,82 µg/L stimulé avec Elecsys Tg II (Trimboli et al., 2018).
Les limites sont importantes. Les anticorps anti-Tg, présents chez 20 à 40 % des patients atteints d’un cancer différencié, faussent le dosage : avec un dosage sandwich, la valeur est sous-estimée et le résultat est jugé ininterprétable (Biomnis). Les dosages ultrasensibles détectent des traces mais perdent en spécificité : un test dont la sensibilité fonctionnelle est inférieure à 0,1 ng/mL donne plus de faux positifs (Biomnis). Le test Elecsys Tg II à un seuil de 0,2 ng/mL présente une sensibilité de 98,9 % mais une spécificité de 53,4 % dans une étude de la FDA : une Tg faiblement positive n’est donc pas toujours une récidive. Enfin, la Tg monte aussi dans les thyroïdites, parfois jusqu’à 500 ng/mL, et dans les hyperthyroïdies endogènes.
La Tg sert d’autres situations : elle est indosable en cas de thyrotoxicose factice (prise masquée d’hormones thyroïdiennes) et nulle en cas d’absence de thyroïde à la naissance (Biomnis).
Les analyses à associer
Les anticorps anti-thyroglobuline sont indispensables à côté de la Tg. La TSH précise le niveau de stimulation. La calcitonine explore un autre type de cancer thyroïdien. L’iodurie renseigne sur l’apport en iode.
À retenir
- La Tg est un marqueur de suivi après cancer thyroïdien, pas un outil de diagnostic.
- Les anti-Tg peuvent la fausser : les deux se dosent ensemble.
- Suivez-la avec le même réactif et dans le même laboratoire.
- Les seuils après traitement (ATA) dépendent du dosage et de la TSH, ils se discutent avec l’équipe médicale.