Ce que mesure l’analyse
La calcitonine est une hormone de 32 acides aminés sécrétée par les cellules C de la thyroïde, distinctes de celles qui fabriquent les hormones thyroïdiennes (Felsenfeld et Levine, 2015). Elle fait baisser le calcium dans les expériences, mais son rôle chez l’adulte semble minime : aucune anomalie osseuse n’a été décrite en cas de manque ou d’excès, à part des diarrhées. Mayo Clinic Laboratories la juge d’ailleurs inutile pour explorer un trouble du calcium (Mayo).
Son véritable intérêt est ailleurs : les cellules C peuvent donner un cancer rare, le cancer médullaire de la thyroïde, qui sécrète beaucoup de calcitonine. Le dosage sert donc de marqueur de ce cancer.
Comment se passe le prélèvement
La calcitonine est fragile. Mayo Clinic Laboratories demande de placer le tube dans la glace dès le prélèvement et de le centrifuger au froid. Le laboratoire d’Oxford exige une séparation et une congélation dans l’heure (Oxford University Hospitals).
Signalez la prise de biotine, la vitamine B8, à arrêter 12 heures avant selon Mayo, ainsi que vos médicaments, en particulier contre l’acidité gastrique. Mayo cite aussi des interférences par certains anticorps.
Comment lire le résultat
La calcitonine s’exprime en picogrammes par millilitre (pg/mL), équivalents aux nanogrammes par litre (ng/L). Les valeurs sont très basses et dépendent du sexe : Mayo Clinic Laboratories retient au plus 14,3 pg/mL chez l’homme et 7,6 pg/mL chez la femme. Le laboratoire d’Oxford retient moins de 10 ng/L, sans distinction de sexe.
Dans une étude française, le 95e percentile atteignait 5,2 ng/L chez la femme et 11,7 ng/L chez l’homme (Basuyau et al., 2004). Une autre comparait cinq trousses : la part des résultats au-dessus de 10 pg/mL variait de 2,5 % à 9,8 % selon la méthode, avec des valeurs deux fois plus hautes chez l’homme et plus élevées chez les fumeurs (d’Herbomez et al., 2007). Mayo le rappelle : les résultats de deux méthodes ne sont pas interchangeables.
Ce qui compte vraiment
Une calcitonine un peu élevée est rarement un cancer. Le tabac, les inhibiteurs de la pompe à protons, l’insuffisance rénale chronique et la thyroïdite auto-immune l’augmentent (Kwon et al., 2015). Elle était aussi élevée chez 8,6 % des patients atteints d’hyperparathyroïdie primaire, puis se normalisait après l’opération (Castellano et al., 2019), et plus haute chez les buveurs excessifs qui fumaient (Vantyghem et al., 2007).
Ce que dit la science
Le dosage est recommandé pour le diagnostic et le suivi du cancer médullaire de la thyroïde par l’American Thyroid Association, qui ne fixe toutefois pas de valeur de référence universelle (Wells et al., 2015). Niveau de preuve : validé.
Après la chirurgie, une calcitonine qui reste élevée signale le plus souvent qu’une partie de la tumeur persiste, selon Mayo. Sa vitesse d’augmentation renseigne aussi sur le pronostic. Quand elle doublait en moins de 6 mois, la survie à 10 ans était de 8 % ; quand elle doublait en plus de 2 ans, tous les patients étaient encore en vie à la fin de l’étude (Barbet et al., 2005).
Le dosage systématique devant un nodule thyroïdien reste débattu. L’European Thyroid Association ne peut ni le recommander ni le déconseiller en routine, mais conseille de l’envisager dans certaines situations ; elle cite des seuils de plus de 30 pg/mL chez la femme et de plus de 34 pg/mL chez l’homme (Durante et al., 2023). Dans une étude italienne de 5 817 patients porteurs de nodules, seule une calcitonine au-delà de 100 pg/mL désignait à coup sûr un cancer médullaire ; entre 20 et 50 pg/mL, c’était le cas une fois sur douze environ (Costante et al., 2007). Un test de stimulation par le calcium peut aider à trancher, avec des seuils qui varient selon les études et le sexe (Sesti et al., 2025).
À noter : 30 % des personnes porteuses d’une forme familiale ont une calcitonine de base normale, selon Mayo, d’où l’intérêt du test génétique dans les familles concernées. Enfin, les médicaments à base de calcitonine, autrefois utilisés contre l’ostéoporose, sont limités aux traitements courts en Europe depuis 2012, en raison d’un risque de cancer légèrement accru (EMA, 2012).
Chez le sportif
Les données sont rares. Chez 13 hommes en bonne santé, l’effort n’augmentait pas la calcitonine (O’Neill et al., 1990). Chez neuf marathoniens, elle baissait légèrement et transitoirement à la reprise de l’entraînement (Klausen et al., 1993).
Les analyses à associer
- TSH : évalue le fonctionnement de la thyroïde lors du bilan d’un nodule ;
- Anticorps anti-thyroperoxydase : recherchent une thyroïdite auto-immune ;
- Gastrine : élevée sous inhibiteur de la pompe à protons, elle stimule la calcitonine ;
- Chromogranine A : autre marqueur des tumeurs neuroendocrines.
À retenir
- La calcitonine est surtout un marqueur du cancer médullaire de la thyroïde ;
- Ses valeurs sont très basses et plus hautes chez l’homme ;
- Tabac, inhibiteurs de la pompe à protons et insuffisance rénale peuvent l’élever sans cancer ;
- Seule une valeur nettement élevée, au-delà de 100 pg/mL, est très évocatrice ;
- Le prélèvement doit être refroidi et traité rapidement.