Ce que mesure l’analyse
Les fibres de collagène qui forment la charpente de l’os sont reliées par de petits ponts chimiques, appelés ponts pyridinium. Il en existe deux : la pyridinoline et la désoxypyridinoline, ou DPD. La DPD se trouve surtout dans l’os, et aussi dans la dentine des dents (Linde et Robins, 1988 ; Martin-de las Heras et al., 1999).
Quand l’os ancien est détruit, ces ponts sont libérés puis éliminés dans les urines, sous forme libre ou liée à de petits fragments. Leur dosage reflète donc la résorption osseuse. Atout de la DPD : elle est propre au tissu osseux et ne dépend pas de l’alimentation (Wheater et al., 2013).
Comment se passe le prélèvement
On recueille un échantillon d’urine le matin. Mayo, ARUP et Viollier demandent la première urine du matin (Mayo ; Viollier). Une revue (Wheater et al., 2013) et une lettre d’information de Viollier plus ancienne parlent au contraire de la deuxième urine du matin (Vigaro, 2019). Suivez donc la consigne de votre laboratoire, et gardez-la pour les contrôles suivants.
Protégez le flacon de la lumière. Les ultraviolets dégradent ces ponts du collagène ; trois heures à la lumière naturelle ne changeaient pas significativement le résultat, mais une journée le faisait baisser (Colwell et al., 1996).
L’heure compte aussi : la DPD culmine la nuit et atteint son minimum dans la journée (Schlemmer et al., 1994). Chez des femmes non ménopausées, la DPD totale était 37,9 % plus haute la nuit, alors que la forme libre ne variait pas entre le jour et la nuit (Aoshima et al., 1998).
Comment lire le résultat
Le résultat est rapporté à la créatinine urinaire, pour corriger la dilution des urines ; ce calcul ajoute toutefois sa propre variabilité (Wheater et al., 2013). Il s’exprime en nmol par mmol de créatinine.
Par immunodosage, Mayo retient 2,3 à 8,7 chez l’homme adulte et 3,1 à 8,7 chez la femme non ménopausée. Sous traitement, la cible chez la femme ménopausée est la valeur de référence de la femme non ménopausée. Labcorp retient 2,3 à 7,4 chez l’adulte (Labcorp), Viollier, par chromatographie, 4,7 à 11,0 à partir de 20 ans. Chez l’enfant, les valeurs sont bien plus hautes : moins de 41,8 avant la puberté et moins de 83,5 pendant la puberté selon Labcorp.
Surtout, la DPD varie beaucoup. Selon un groupe d’experts, elle varie de 67 % au cours d’une même journée et de 16 % d’un jour à l’autre, et l’écart entre personnes atteint 34 % avant la ménopause et 40 % après (Vesper et al., 2002). Pour les marqueurs urinaires de résorption, la variabilité d’un dosage à l’autre allait de 14,6 à 22,3 % chez une même personne (Fink et al., 2000). Une seule valeur isolée a donc peu de sens.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : courant autrefois, aujourd’hui supplanté par les marqueurs sanguins.
Les premières études sur le remodelage osseux reposaient surtout sur des marqueurs urinaires comme la DPD, ce qui augmentait l’imprécision (Wheater et al., 2013). En 2011, l’IOF et l’IFCC ont retenu deux marqueurs sanguins comme références, le CTX et le P1NP (Vasikaran et al., 2011), et le groupe américain d’harmonisation des marqueurs osseux fait de même (Szulc et al., 2017). La DPD reste proposée par quelques laboratoires spécialisés.
Activité physique et immobilité
La DPD réagit à l’immobilité : cinq jours d’alitement l’augmentaient de 28 % (Schlemmer et al., 1994). Chez des femmes enceintes mises au repos strict, elle passait de 2,60 à 5,36 nmol/mmol de créatinine (Vanderspank et al., 2014).
À l’inverse, chez des femmes ménopausées, elle augmentait en un an chez les sédentaires, mais pas chez celles qui pratiquaient la marche rapide (Brooke-Wavell et al., 2001). Chez des athlètes d’athlétisme, elle ne permettait pas de prévoir les fractures de fatigue, les auteurs soulignant la forte variabilité des marqueurs (Bennell et al., 1998). Labcorp la présente comme insensible à l’exercice, ce que ces études nuancent.
Les analyses à associer
- Télopeptide C-terminal du collagène de type 1 : le marqueur sanguin de référence ;
- Hydroxyproline : un autre marqueur urinaire du collagène ;
- Créatinine : la DPD lui est rapportée ;
- Propeptide N-terminal du collagène de type 1 : la formation osseuse.
À retenir
- La DPD urinaire reflète la destruction de l’os et ne dépend pas de l’alimentation ;
- Le recueil compte : urine du matin, toujours la même, à l’abri de la lumière ;
- Elle varie beaucoup d’un jour à l’autre : une valeur isolée a peu de sens ;
- L’alitement l’augmente nettement ;
- Le CTX sanguin l’a largement remplacée.