Ce que mesure l’analyse
Le collagène de type 1 est la principale protéine de la charpente de l’os. Les ostéoblastes, les cellules qui construisent l’os, le fabriquent sous une forme plus longue, le procollagène. Au moment de l’assembler, ils en coupent les deux extrémités, qui partent dans le sang. Le P1NP est l’extrémité dite N-terminale : sa quantité reflète la production de collagène neuf, donc la formation de l’os.
Le P1NP circule sous deux formes : une forme intacte, faite de trois chaînes, et une forme plus petite, à une seule chaîne. Les trousses dites totales mesurent les deux, les trousses intactes seulement la première. La forme intacte est dégradée par le foie (Mayo), la petite est éliminée par le rein (Tridimas et al., 2021).
Comment se passe le prélèvement
Le P1NP est l’un des marqueurs osseux les plus simples à prélever : sa variation dans la journée est minime et les repas ne le modifient pas (Szulc et al., 2017). Mayo note toutefois des valeurs un peu plus hautes la nuit. Les recommandations françaises demandent de doser les marqueurs osseux à jeun, le matin, et au moins six mois après une fracture (Briot et al., 2018).
Le sérum se conserve 24 heures à température ambiante et 5 jours au réfrigérateur ; la biotine peut fausser le résultat vers le bas (Alfred Health). Une hémolyse peut aussi l’abaisser à tort (NUH Singapour).
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µg/L, ou en ng/mL, deux unités équivalentes. Les valeurs varient nettement d’un laboratoire à l’autre. Chez la femme non ménopausée, Alfred Health retient 15 à 70 µg/L, Mayo 19 à 83 µg/L avec un dosage intact, l’hôpital universitaire du Sussex 30 à 78 µg/L (UH Sussex). Viollier donne 15 à 59 µg/L pour tous les adultes (Viollier), Oxford 20 à 60 µg/L (OUH).
Ces écarts tiennent en partie aux trousses. Les automates Roche et IDS donnent des résultats très proches, alors que la méthode par radio-immunologie (Orion) s’en écarte (Cavalier et al., 2019). Une équipe propose désormais des valeurs communes à ces deux automates (Chubb et Vasikaran, 2026).
L’âge pèse lourd. Chez les garçons de 12 à 14 ans, Alfred Health retient 340 à 1 400 µg/L. Même chez la jeune adulte, l’os se construit encore : le NUH de Singapour retient 30 à 150 µg/L chez la femme de 18 à 22 ans, contre 17,5 à 80,3 µg/L à partir de 26 ans, avant la ménopause. Après la ménopause, Alfred Health monte la limite haute à 90 µg/L.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : courant. C’est le marqueur de formation de référence au niveau international, mais il sert au suivi des traitements, pas au diagnostic.
L’IOF et l’IFCC l’ont choisi en 2011, avec le CTX (Vasikaran et al., 2011), et un programme américain travaille à harmoniser les dosages (Bauer et al., 2012). Des valeurs de changement significatif et des cibles de traitement ont depuis été établies (Vasikaran et al., 2023). Les marqueurs ne diagnostiquent pas l’ostéoporose (Eastell et Szulc, 2017), et rien ne montre qu’ils prédisent, pour une personne donnée, le bénéfice d’un traitement sur les fractures (Funck-Brentano et al., 2011). En France, le GRIO les juge utiles quand l’observance est mauvaise ou la réponse insuffisante (Roux et al., 2005), et les recommandations de 2018 ne les conseillent pas en routine pour évaluer le risque de fracture, tout en les jugeant utiles pour suivre les traitements qui freinent la destruction de l’os.
Suivre un traitement
Sous un traitement qui freine la destruction de l’os, une bonne réponse se traduit par une baisse d’au moins 10 µg/L, ou une valeur sous 35 µg/L (Szulc, 2018). Pour un bisphosphonate oral, un groupe de travail de l’IOF conseille de doser le P1NP au départ puis à 3 mois : une baisse de plus de 38 % est attendue, et ce critère repérait 84 % des patientes qui prenaient bien leur traitement ; sans baisse, le médecin vérifie d’abord la prise du traitement (Diez-Perez et al., 2017).
Sous tériparatide, le P1NP monte au contraire, le plus souvent de plus de 10 µg/L (Krege et al., 2014) ; Mayo rapporte cette hausse chez 77 à 79 % des patients après 3 mois. Entre deux dosages, Mayo considère qu’une variation d’au moins 21 % est significative ; Liverpool retient 37,8 % à la hausse et 27,4 % à la baisse (Liverpool).
Chez le sportif
Chez des femmes actives, cinq jours à 15 kcal par kilo de masse maigre et par jour, contre 45, abaissaient le P1NP d’environ 13 % ; chez les hommes, la baisse n’était pas significative (Papageorgiou et al., 2017). Un régime pauvre en glucides et riche en graisses diminue sa réponse à l’effort (Dolan et al., 2024). Chez 32 cyclistes, un repas riche en calcium avant l’effort ne modifiait pas le P1NP (Haakonssen et al., 2015). Chez des recrues, il montait de 78,0 à 110,4 µg/L pendant la formation, sans prédire les fractures de fatigue (Yanovich et al., 2013).
Les analyses à associer
- Télopeptide C-terminal du collagène de type 1 : le marqueur de destruction de référence ;
- Phosphatases alcalines osseuses : l’autre marqueur de formation ;
- Débit de filtration glomérulaire : pour choisir la bonne trousse ;
- Vitamine D : dans le bilan d’un traitement.
À retenir
- Le P1NP reflète la fabrication de collagène neuf par l’os ;
- Il varie peu selon l’heure et les repas ;
- Les valeurs dépendent du laboratoire, de l’âge et de la ménopause ;
- Il baisse sous traitement freinant la destruction de l’os et monte sous tériparatide ;
- Il ne diagnostique pas l’ostéoporose.