Ce que mesure l’analyse
Presque tout le calcium de l’organisme se trouve dans les os et les dents. Le sang n’en contient qu’une petite part, mais elle est vitale : elle commande la contraction des muscles, dont le cœur, la transmission nerveuse et la coagulation.
Dans le sang, le calcium existe sous trois formes. Environ 40 % est fixé aux protéines, surtout à l’albumine. Environ 10 % est associé à de petites molécules. Les 50 % restants circulent sous forme libre, dite ionisée : c’est la forme active (Mayo Clinic Laboratories). La calcémie totale additionne ces trois formes.
Le taux est tenu dans des limites étroites par la parathormone (PTH), une hormone des glandes parathyroïdes, et par la forme active de la vitamine D. Ensemble, elles puisent dans l’os, règlent l’absorption intestinale et l’élimination par les reins.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang simple. Quelques détails modifient pourtant le résultat. Un garrot laissé une minute fait monter la calcémie de 1,6 %, trois minutes de 3,6 % (Lippi et al., 2005). La position compte aussi : passer debout concentre le plasma et augmente notamment le calcium (Lippi et al., 2015).
Une contamination par l’anticoagulant d’un autre tube, EDTA ou citrate, peut faire baisser artificiellement le calcium (UHNM). Ce signe est toutefois peu sensible : dans une étude, une contamination de 3,2 % ne baissait le calcium que de 1 % (Chadwick et al., 2019). Mayo Clinic Laboratories demande enfin une centrifugation dans les deux heures (Mayo).
Comment lire le résultat
La calcémie s’exprime en millimoles par litre (mmol/L), parfois en milligrammes par litre (1 mmol/L correspond à environ 40 mg/L). Le référentiel français d’enseignement de l’internat en pharmacie retient 2,20 à 2,60 mmol/L, soit 88 à 104 mg/L (CSCIP, 2009). Les valeurs sont un peu plus hautes chez l’enfant : 2,20 à 2,70 mmol/L de 28 jours à 15 ans à l’hôpital universitaire de Stoke, au Royaume-Uni.
Les seuils de gravité
La Society for Endocrinology britannique distingue, pour l’hypercalcémie, une zone sous 3,0 mmol/L souvent sans symptôme, une zone de 3,0 à 3,5 mmol/L bien tolérée si l’installation est lente, et une zone au-delà de 3,5 mmol/L qui impose une correction urgente (Walsh et al., 2016). Pour l’hypocalcémie, elle parle de forme sévère sous 1,9 mmol/L ou dès qu’apparaissent des symptômes, comme des fourmillements autour de la bouche, des crampes ou des spasmes des mains (Turner et al., 2016).
Faut-il corriger par l’albumine ?
Comme une partie du calcium est fixée à l’albumine, une albumine basse fait baisser la calcémie totale sans baisse du calcium actif. D’où la calcémie dite corrigée, proposée en 1973 (Payne et al., 1973). La version la plus répandue ajoute 0,02 mmol/L par g/L d’albumine en dessous de 40 g/L (Pillay, 2019).
Cette correction est de plus en plus contestée. Chez plus de 20 000 patients, elle n’améliorait pas l’estimation du calcium actif (Ridefelt et Helmersson-Karlqvist, 2017). Dans un hôpital australien, la calcémie corrigée ne concordait avec le calcium ionisé que dans 56,9 % et 65,6 % des cas, selon les séries (Smith et al., 2018). En 2026, une prise de position commune de trois sociétés internationales recommande de ne plus la rendre : la calcémie totale concordait avec le calcium ionisé dans 74,5 % des cas, contre 63,0 % pour la formule de Payne d’origine et 58,7 % pour sa version simplifiée (Cavalier et al., 2026). En cas de doute, c’est le calcium ionisé qu’il faut mesurer.
Ce que dit la science
Le dosage est validé et fait partie des examens de base. Niveau de preuve : validé.
Neuf hypercalcémies sur dix sont dues à une hyperparathyroïdie primaire ou à un cancer (Walsh et al., 2016). L’hyperparathyroïdie primaire touche des femmes dans environ 75 % des cas (Cuny et al., 2025). Le consensus français de 2024 retient une indication chirurgicale quand la calcémie dépasse de plus de 0,25 mmol/L la limite haute, et préfère le calcium ionisé dans les formes de diagnostic difficile (SFE, 2024 ; Vantyghem et al., 2025).
La vitamine D en complément est une cause rare mais réelle. Dans une population américaine, parmi 1 714 personnes dont la vitamine D dépassait 50 ng/mL, seules 4 avaient une hypercalcémie, et une seule une véritable intoxication, avec une vitamine D à 364 ng/mL (Dudenkov et al., 2015).
Chez le sportif
Après deux heures de vélo, la calcémie passait de 9,3 à 9,6 mg/dL, une hausse expliquée par la concentration du sang. La parathormone, elle, montait de 40,6 à 69,5 pg/mL (Barry et Kohrt, 2007). Chez 32 cyclistes, un repas riche en calcium avant l’effort atténuait cette hausse ainsi que celle d’un marqueur de résorption osseuse (Haakonssen et al., 2015). La perte de calcium par la sueur, longtemps mise en avant, ne semble pas être le déclencheur principal (Kohrt et al., 2019).
Les analyses à associer
- Albumine : une albumine anormale change la lecture ;
- Parathormone : dit si un calcium anormal vient des parathyroïdes ;
- Vitamine D : une carence ou un excès modifient le calcium ;
- Calcium ionisé : mesure directement la forme active en cas de doute.
À retenir
- La calcémie totale additionne le calcium libre et le calcium fixé aux protéines ;
- Les valeurs usuelles vont de 2,20 à 2,60 mmol/L chez l’adulte ;
- Au-delà de 3,5 mmol/L, une correction urgente s’impose ;
- La calcémie corrigée par l’albumine est peu fiable : en cas de doute, mesurez le calcium ionisé ;
- Garrot prolongé et position debout peuvent légèrement l’augmenter.