Ce que mesure l’analyse
Les phosphatases alcalines sont des enzymes fabriquées par plusieurs tissus, surtout le foie et l’os. La forme osseuse est produite par les ostéoblastes, les cellules qui construisent l’os, et participe à sa minéralisation. Doser spécifiquement cette forme renseigne sur l’activité de formation osseuse.
Le dosage repose sur des anticorps dirigés contre la forme osseuse. Il n’est pas parfaitement spécifique : la réaction croisée avec la forme du foie était de 3 à 8 % pour une trousse (Gomez et al., 1995), d’environ 5 % selon Eurofins Biomnis, et jusqu’à 20 % environ selon une revue récente (Schini et al., 2023). Sa demi-vie est d’environ deux jours, selon Biomnis.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang simple. Les PAO varient moins dans la journée que les marqueurs de résorption : leur amplitude reste sous 30 % chez l’adulte jeune et sous 10 % chez l’adulte plus âgé, alors que le CTX culmine 40 à 60 % au-dessus de sa moyenne sur 24 heures (Schini et al., 2023). Les recommandations françaises demandent néanmoins de doser les marqueurs osseux à jeun, le matin, et à distance d’une fracture d’au moins six mois (Briot et al., 2018).
Après une fracture du poignet, les PAO culminent en 2 à 4 semaines, et les marqueurs du remodelage ne reviennent à la normale qu’environ un an après une fracture du poignet ou de la cheville (Schini et al., 2023).
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en microgrammes par litre (µg/L) pour les dosages en masse, ou en unités par litre (U/L) pour les dosages en activité, non comparables entre eux. Mayo Clinic Laboratories retient 20 µg/L au plus chez l’homme, 14 µg/L chez la femme non ménopausée et 22 µg/L après la ménopause (Mayo). Eurofins Biomnis, sur un autre automate, retient 5,5 à 22,9 µg/L chez l’homme, 4,9 à 26,6 µg/L avant la ménopause et 5,2 à 24,4 µg/L après.
Chez l’enfant, les valeurs sont bien plus hautes, car l’os grandit : Mayo retient 35 à 169 µg/L chez les garçons de 10 à 13 ans. Chez les filles, elles redescendent plus tôt : 7 à 41 µg/L entre 14 et 17 ans.
Ce que dit la science
Les PAO sont utilisées en pratique, mais ce ne sont pas les marqueurs de référence. Niveau de preuve : courant.
En 2011, la Fondation internationale de l’ostéoporose (IOF) et la Fédération internationale de chimie clinique (IFCC) ont choisi le P1NP comme marqueur de référence de la formation osseuse, et le CTX pour la résorption (Vasikaran et al., 2011). Les marqueurs du remodelage ne servent pas à diagnostiquer une ostéoporose (Eastell et Szulc, 2017). Les recommandations françaises ne les conseillent pas en routine pour évaluer le risque de fracture, mais les jugent utiles pour suivre les traitements qui freinent la résorption, entre le 3e et le 12e mois (Briot et al., 2018).
Les PAO gardent des atouts. Elles ne sont pas influencées par l’insuffisance rénale (Brouwers et Cavalier, 2025), et les recommandations KDIGO acceptent de les utiliser, comme la PTH, pour évaluer l’atteinte osseuse de la maladie rénale chronique (KDIGO, 2017). Elles sont aussi élevées dans l’hyperparathyroïdie primaire (Biver et al., 2012), la maladie de Paget et l’ostéomalacie (Gomez et al., 1995). Des valeurs très élevées font évoquer une autre cause, comme des métastases osseuses ou un myélome (Eastell et Szulc, 2017).
Chez le sportif
Une séance d’endurance augmentait brièvement les PAO de 16,1 % (Wallace et al., 2000). Au cours d’une saison, des sportives pratiquant des sports à impact avaient des valeurs plus hautes que des nageuses et que des femmes inactives (Morgan et Weiss Jarrett, 2011).
Un entraînement extrême peut au contraire freiner la formation osseuse : les PAO baissaient de 13,3 % après 10 semaines de formation militaire (Etherington et al., 1999) et de 22,8 % pendant un stage de Rangers (Hughes et al., 2014). Chez des recrues d’élite, elles ne permettaient pas de prédire les fractures de fatigue (Yanovich et al., 2013).
Les analyses à associer
- Phosphatases alcalines : les PAO précisent la part osseuse d’un taux total élevé ;
- Gamma-glutamyl transférase : oriente vers le foie ;
- Propeptide N-terminal du collagène de type 1 : le marqueur de formation de référence ;
- Vitamine D : une carence peut entraîner une ostéomalacie.
À retenir
- Les PAO reflètent l’activité des cellules qui construisent l’os ;
- Chez l’adulte, Mayo retient au plus 20 µg/L chez l’homme et 14 µg/L chez la femme non ménopausée ;
- La croissance, une fracture récente et la ménopause les augmentent ;
- Elles ne diagnostiquent pas l’ostéoporose ;
- Elles restent utiles dans la maladie rénale chronique, car les reins ne les modifient pas.