Ce que mesure l’analyse
La gamma-glutamyl transférase (GGT) est une enzyme fixée à la surface des cellules. Elle détache un fragment, le groupe gamma-glutamyl, du glutathion, le principal antioxydant fabriqué par l’organisme. Elle aide ainsi les cellules à récupérer les acides aminés nécessaires pour en refaire.
On la trouve surtout dans le foie, en particulier dans les canaux biliaires, mais aussi dans le rein et le pancréas. Celle qui circule dans le sang vient essentiellement du foie.
Sa particularité : elle se laisse « induire ». L’alcool et certains médicaments, comme les antiépileptiques ou la pilule, poussent le foie à en fabriquer davantage, sans forcément l’abîmer (Giannini et al., 2005). En clair : une GGT élevée signale plus souvent un foie sollicité qu’un foie malade.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang au pli du coude, avec le reste du bilan hépatique. La préparation compte moins que les semaines précédentes. Après un arrêt de l’alcool, la GGT revient le plus souvent à la normale en 2 à 3 semaines (Niemelä, 2016).
Signalez les médicaments inducteurs. Pendant la grossesse, la GGT est plutôt plus basse aux deuxième et troisième trimestres (Bacq et al., 1996).
Bonne nouvelle pour les sportifs : la GGT ne réagit pas à l’effort. Après une heure de musculation, les transaminases montent nettement, mais la GGT reste normale (Pettersson et al., 2008). Une hémolyse du tube peut en revanche interférer, selon l’automate (Perović et Dolčić, 2019).
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en UI/L, mesuré à 37 °C. Le référentiel français des valeurs biologiques usuelles retient :
- Chez l’homme : moins de 55 UI/L ;
- Chez la femme : moins de 38 UI/L.
Les intervalles varient beaucoup d’une population à l’autre. L’étude de l’IFCC retient 12 à 68 UI/L chez l’homme et 6 à 40 UI/L chez la femme, et juge peu réaliste un intervalle mondial unique (Ceriotti et al., 2010). Les pays nordiques admettent jusqu’à 115 UI/L chez l’homme de plus de 40 ans.
Pourquoi de tels écarts ? Parce que ces intervalles incluent des buveurs modérés et des personnes en surpoids. Chez des non-buveurs de poids normal, la limite haute descend à 60 UI/L chez l’homme et 40 UI/L chez la femme (Niemelä, 2016).
Ce qui compte vraiment : l’association. Une GGT élevée seule oriente vers l’alcool, le surpoids ou un médicament. Avec des phosphatases alcalines élevées, elle confirme leur origine hépatique, souvent une gêne à l’écoulement de la bile (Kwo et al., 2017).
Ce que dit la science
La GGT est un test validé. Les recommandations britanniques la placent dans le bilan hépatique de première intention et la décrivent comme l’un des meilleurs facteurs prédictifs de mortalité d’origine hépatique. Elles citent l’obésité et l’excès d’alcool comme causes les plus fréquentes de hausse (Newsome et al., 2018). Niveau de preuve : validé.
Elle a pourtant un revers. Ajouter la GGT au bilan fait passer la part de résultats anormaux d’environ 15 % à 30 %. L’American College of Gastroenterology déconseille donc de l’utiliser seule comme test de dépistage (Kwo et al., 2017).
Son intérêt dépasse le foie. Chez 163 944 adultes autrichiens suivis jusqu’à 17 ans, une GGT élevée était associée à la mortalité cardiovasculaire, surtout avant 60 ans (Ruttmann et al., 2005). Une méta-analyse de 19 cohortes trouve un risque de décès toutes causes 1,6 fois plus élevé dans le tiers de GGT le plus haut que dans le plus bas (Kunutsor et al., 2014).
Autrement dit : la GGT fonctionne comme un témoin global du poids, de l’alcool et de la santé métabolique, plus que comme le marqueur d’une maladie précise.
Les analyses à associer
- Alanine aminotransférase : indique si les cellules du foie sont abîmées ;
- Phosphatases alcalines : élevées avec la GGT, elles signent une gêne à l’écoulement de la bile ;
- Volume globulaire moyen : souvent augmenté en cas de consommation d’alcool prolongée ;
- Aspartate aminotransférase : le rapport ASAT sur ALAT complète l’orientation vers l’alcool.
À retenir
- La GGT reflète surtout un foie sollicité par l’alcool, le poids ou des médicaments ;
- Valeurs usuelles françaises : moins de 55 UI/L chez l’homme, moins de 38 UI/L chez la femme ;
- L’effort musculaire ne la modifie pas, contrairement aux transaminases ;
- Elle redescend en quelques semaines après l’arrêt de l’alcool.