Ce que mesure l’analyse
Les phosphatases alcalines (PAL) forment une famille d’enzymes qui retirent des groupes phosphate à de nombreuses molécules. Elles travaillent mieux en milieu alcalin, d’où leur nom.
Le dosage additionne plusieurs formes, appelées isoenzymes. Les deux principales viennent du foie et de l’os. L’intestin en libère après un repas gras, et le placenta pendant la grossesse.
Dans l’os, les PAL participent à la minéralisation : elles dégradent le pyrophosphate, un frein naturel au dépôt des minéraux (Whyte, 2016). Dans le foie, elles tapissent les canaux biliaires. Quand la bile s’écoule mal, leur production augmente.
En clair : des PAL élevées disent « foie ou os », sans préciser lequel. D’autres analyses font le tri.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang sur tube sec ou hépariné, de préférence à jeun. La raison tient au repas. Chez les personnes dites « sécrétrices » de groupe O ou B, une forme intestinale circule en permanence. Une autre forme intestinale monte nettement après un repas gras, chez tout le monde (Matsushita et al., 1998).
Le tube compte aussi. L’EDTA, le citrate ou l’oxalate, présents dans d’autres tubes, font chuter artificiellement l’activité mesurée, selon le guide des hôpitaux de Newcastle. Une valeur basse inattendue doit donc d’abord faire vérifier le prélèvement.
Enfin, l’activité peut augmenter dans un sérum conservé, surtout après réfrigération ou congélation, selon la notice d’un fabricant de réactifs.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en UI/L, mesuré à 37 °C. Selon la publication de la procédure de référence de l’IFCC, les intervalles préliminaires de l’adulte sont :
- Chez l’homme de 20 ans et plus : 43 à 115 UI/L ;
- Chez la femme de 18 à 49 ans : 33 à 98 UI/L.
Les auteurs ont exclu les femmes de plus de 49 ans, la ménopause modifiant les valeurs (Schumann et al., 2011). Les laboratoires affichent des bornes un peu différentes selon leur réactif : l’intervalle imprimé sur votre compte rendu fait foi.
L’âge change tout. Pendant la croissance, la part osseuse s’envole. Les intervalles pédiatriques CALIPER retiennent 142 à 335 UI/L entre 1 et 9 ans, et jusqu’à 468 UI/L chez le garçon de 13 à 14 ans (Estey et al., 2013). La grossesse les augmente aussi, au troisième trimestre (Bacq et al., 1996).
Ce qui compte vraiment : l’association. Si la GGT est élevée elle aussi, l’origine est hépatique. Si elle est normale, l’os ou une carence en vitamine D deviennent les pistes les plus probables (Newsome et al., 2018).
Une valeur basse mérite aussi l’attention. Sur près de 70 000 dosages, 0,19 % étaient inférieurs à 30 UI/L, surtout après une chirurgie cardiaque ou en cas de dénutrition (Lum, 1995).
Ce que dit la science
Les PAL font partie du bilan hépatique de première intention au Royaume-Uni. L’American College of Gastroenterology définit l’atteinte cholestatique par une hausse prédominante des PAL et conseille de vérifier leur origine hépatique (Kwo et al., 2017). Niveau de preuve : validé.
Leur valeur dépasse le diagnostic. Dans une méta-analyse de 19 cohortes, le tiers de PAL le plus haut avait un risque de décès toutes causes 1,38 fois plus élevé que le tiers le plus bas (Kunutsor et al., 2014).
Les PAL basses restent, elles, le parent pauvre de la biologie. Dans un hôpital parisien, 0,13 % des patients avaient des PAL durablement inférieures à 40 UI/L, mais l’anomalie n’était relevée que dans 3 % des comptes rendus de sortie (Maman et al., 2016).
Or elle peut révéler l’hypophosphatasie, une maladie héréditaire liée à quelque 300 mutations du gène ALPL. Elle fragilise les os et les dents. Un taux sanguin élevé de phosphate de pyridoxal, la forme active de la vitamine B6, en est un marqueur sensible et spécifique (Whyte, 2016). Le diagnostic a des conséquences : certains traitements de l’ostéoporose, les antirésorbeurs, sont à éviter dans cette maladie.
Chez le sportif, les données sont rassurantes. Chez 80 111 jeunes adultes, plus de jours d’exercice allaient de pair avec des PAL un peu plus basses (Fragala et al., 2017).
Les analyses à associer
- Gamma-glutamyl transférase : élevée elle aussi, elle confirme l’origine hépatique ;
- Phosphatases alcalines osseuses : isolent la part osseuse en cas de doute ;
- Bilirubine totale : complète le tableau d’une gêne à l’écoulement de la bile ;
- Vitamine D : sa carence est une cause fréquente de PAL isolément élevées.
À retenir
- Les PAL viennent surtout du foie et de l’os : la GGT fait le tri ;
- Repère IFCC chez l’homme adulte : 43 à 115 UI/L ;
- Chez l’enfant, des valeurs bien plus hautes sont normales ;
- Des PAL basses à plusieurs reprises méritent d’être signalées au médecin.