Ce que mesure l’analyse
La bilirubine est un pigment jaune issu de la dégradation de l’hème, la partie de l’hémoglobine qui fixe l’oxygène. Elle naît surtout du recyclage des globules rouges âgés, dans la rate.
Sous cette première forme, dite libre ou non conjuguée, elle ne se dissout pas dans l’eau. Elle voyage donc accrochée à l’albumine jusqu’au foie. Là, une enzyme, l’UGT1A1, la rend soluble en lui greffant de l’acide glucuronique. Cette bilirubine conjuguée part dans la bile, puis dans les selles, qu’elle colore.
La bilirubine totale additionne les deux formes. Autrement dit : elle monte quand trop de globules rouges sont détruits, quand le foie conjugue mal, ou quand la bile s’écoule mal. Le dosage des fractions conjuguée et libre permet de trancher.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang au pli du coude. Le tube doit être protégé de la lumière, qui dégrade la bilirubine, comme le rappellent les catalogues hospitaliers.
Le jeûne mérite attention, pour une raison inattendue : il fait monter la bilirubine. Après 24 heures à 400 kcal, la hausse moyenne atteignait 7,6 µmol/L chez l’homme et 4,1 µmol/L chez la femme sans mutation, et davantage chez les porteurs d’une mutation du gène UGT1A1 (Ishihara et al., 2001).
Chez les porteurs d’un syndrome de Gilbert, la déshydratation, une maladie, un effort intense ou les règles peuvent aussi l’élever. Un prélèvement au lendemain d’un jeûne prolongé ou d’une compétition donne donc une image trompeuse.
Signalez enfin vos médicaments. L’atazanavir, un traitement du VIH, freine la conjugaison et élève la bilirubine chez jusqu’à un tiers des patients, de façon réversible (Roy-Chowdhury et al., 2017).
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µmol/L, parfois en mg/L. Le référentiel français des valeurs biologiques usuelles retient moins de 17 µmol/L, soit moins de 10 mg/L, chez l’adulte.
Beaucoup de laboratoires affichent une limite plus haute : jusqu’à 21 µmol/L à l’hôpital d’Oxford, 5 à 25 µmol/L dans les pays nordiques. Comme toujours, l’intervalle de votre compte rendu fait foi.
Chez le sportif, la limite usuelle est souvent dépassée. Sur 339 athlètes prélevés à jeun, 18 % des femmes comme des hommes dépassaient la limite de 21 µmol/L de leur laboratoire. Les auteurs proposent une limite haute de 29 µmol/L pour cette population (Witek et al., 2017). Le syndrome de Gilbert n’était toutefois pas recherché dans cette étude.
Ce qui compte vraiment : la fraction. Une bilirubine un peu élevée, surtout libre, avec des enzymes du foie normales et sans hémolyse, correspond presque toujours à un syndrome de Gilbert, qu’il suffit de reconnaître (Newsome et al., 2018). Une bilirubine conjuguée élevée oriente, elle, vers le foie ou les voies biliaires.
Ce que dit la science
La bilirubine fait partie du bilan hépatique de première intention recommandé au Royaume-Uni. Niveau de preuve : validé.
Le syndrome de Gilbert concerne environ 5 à 10 % de la population. Il traduit une activité réduite de l’enzyme UGT1A1 et reste sans gravité (Wagner et al., 2018).
Le pigment cache un autre rôle : c’est un antioxydant. Chez des personnes de plus de 40 ans atteintes de syndrome de Gilbert, la cardiopathie ischémique touchait 2 % d’entre elles, contre 12,1 % de la population générale (Vítek et al., 2002). Une méta-analyse de 12 cohortes associe chaque écart-type de bilirubine en plus à un risque cardiovasculaire réduit de 7 % (Kunutsor et al., 2015).
Pourtant, la génétique tempère l’enthousiasme. Les personnes porteuses d’un variant du gène UGT1A1 qui augmente la bilirubine n’ont pas moins de maladies coronaires (Stender et al., 2013). Et ajouter la bilirubine aux facteurs de risque classiques n’améliore pas la prédiction. Une bilirubine « haute » n’est donc pas un objectif à rechercher.
Côté sport, l’effort entretient une destruction de globules rouges qui élève la bilirubine (Banfi et al., 2012). Une heure de course suffit à augmenter la bilirubine libre (Janakiraman et al., 2011).
Les analyses à associer
- Bilirubine conjuguée : sa hausse oriente vers le foie ou les voies biliaires ;
- Bilirubine libre : sa hausse isolée évoque un syndrome de Gilbert ou une hémolyse ;
- Haptoglobine : basse, elle signe une destruction de globules rouges ;
- Phosphatases alcalines : élevées avec la bilirubine, elles évoquent une gêne à l’écoulement de la bile.
À retenir
- La bilirubine vient du recyclage des globules rouges et s’élimine par le foie ;
- Valeur usuelle française : moins de 17 µmol/L chez l’adulte ;
- Jeûne, effort et syndrome de Gilbert l’élèvent sans maladie du foie ;
- Chez l’athlète, une limite de 29 µmol/L a été proposée.