Ce que mesure l’analyse
L’aspartate aminotransférase (ASAT) est une enzyme. Elle fait passer un groupe aminé de l’aspartate vers l’alpha-cétoglutarate, ce qui produit de l’oxaloacétate et du glutamate. Cette réaction participe à la production d’énergie et au métabolisme des acides aminés.
Contrairement à l’ALAT, l’ASAT n’a rien de propre au foie. On la trouve dans les hépatocytes, mais aussi dans le muscle squelettique, le muscle cardiaque, le rein et les globules rouges (Banfi et al., 2012). Une partie se loge dans les mitochondries, les centrales énergétiques des cellules.
Autrement dit : une ASAT élevée signale des cellules abîmées, sans dire lesquelles. C’est sa lecture avec l’ALAT, la GGT et la créatine kinase qui lui donne du sens.
Comme l’ALAT, elle a besoin du phosphate de pyridoxal, un dérivé de la vitamine B6. Les réactifs qui l’ajoutent donnent des valeurs un peu plus hautes, surtout en cas de carence (Talli et al., 2025).
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang au pli du coude, souvent avec le bilan hépatique complet. Deux pièges dominent.
Le premier tient au tube. Les globules rouges contiennent de l’ASAT : une hémolyse, même modérée, la fait monter artificiellement (Perović et Dolčić, 2019). Un prélèvement difficile ou un tube secoué suffit.
Le second tient à l’activité physique. Une heure de musculation élève l’ASAT pendant au moins 7 jours chez des hommes en bonne santé (Pettersson et al., 2008). Les recommandations nordiques citent aussi un effort intense dans les jours qui précèdent la prise de sang.
Signalez enfin vos médicaments, vos compléments et votre consommation d’alcool.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en UI/L, mesuré à 37 °C. Le référentiel français des valeurs biologiques usuelles, établi par les méthodes IFCC, retient moins de 35 UI/L chez l’homme comme chez la femme.
L’étude multicentrique de l’IFCC aboutit à un intervalle commun de 11 à 34 UI/L, l’écart entre sexes étant très faible (Ceriotti et al., 2010). Les pays nordiques retiennent 15 à 35 UI/L chez la femme et 15 à 45 UI/L chez l’homme. Le compte rendu de votre laboratoire fait foi.
Le vrai intérêt est le rapport ASAT sur ALAT, appelé rapport de De Ritis :
- Supérieur à 2 : très évocateur d’une atteinte liée à l’alcool, retrouvé chez 70 % des patients atteints d’hépatite alcoolique ou de cirrhose, contre 4 % des hépatites virales (Cohen et Kaplan, 1979) ;
- Supérieur à 1 dans une maladie chronique du foie : évoque une fibrose avancée ou une cirrhose (Newsome et al., 2018) ;
- ASAT élevée avec ALAT normale : penser d’abord au muscle (Kwo et al., 2017).
Ce qui compte vraiment : une ASAT élevée de façon isolée et durable, sans cause retrouvée. Elle peut traduire une macro-ASAT, une forme liée à des anticorps, bénigne, qui se dépiste au laboratoire (Rohani et al., 2020).
Ce que dit la science
L’ASAT fait partie du bilan hépatique depuis des décennies et reste utilisée partout. Niveau de preuve : validé.
Elle a autrefois servi au diagnostic de l’infarctus du myocarde, avant d’être remplacée par la troponine, bien plus spécifique du cœur. Aujourd’hui, sa place principale se situe dans les scores de fibrose.
Le score FIB-4 combine l’ASAT, l’ALAT, les plaquettes et l’âge. Les recommandations européennes sur la stéatose hépatique situent sous 1,3 le faible risque de fibrose avancée et au-dessus de 2,67 la fibrose avancée probable (EASL-EASD-EASO, 2024).
Chez le sportif, la cinétique est parlante. Au cours d’un 100 km, l’ASAT et l’ALAT montent avec la distance, avec un pic 24 heures après l’arrivée, et le rapport de De Ritis augmente avant de redescendre (Jastrzębski et al., 2015). Le muscle, et non le foie, en est la principale source.
Les analyses à associer
- Alanine aminotransférase : plus spécifique du foie, elle donne le rapport de De Ritis ;
- Créatine kinase : confirme une origine musculaire ;
- Gamma-glutamyl transférase : renforce l’hypothèse hépatique ou alcoolique ;
- Score de fibrose hépatique : le FIB-4 utilise l’ASAT pour estimer la fibrose.
À retenir
- L’ASAT vient du foie, mais aussi du muscle, du cœur et des globules rouges ;
- Valeur usuelle française : moins de 35 UI/L dans les deux sexes ;
- Un rapport ASAT sur ALAT supérieur à 2 évoque l’alcool ;
- Hémolyse et musculation récente faussent le résultat vers le haut.