Ce que mesure l’analyse
L’alanine aminotransférase (ALAT) est une enzyme. Elle fait passer un groupe aminé de l’alanine vers l’alpha-cétoglutarate, ce qui produit du pyruvate et du glutamate. Cette réaction relie le métabolisme des acides aminés à celui du glucose.
L’ALAT se trouve surtout dans les cellules du foie, les hépatocytes. Le muscle en contient aussi, en plus faible quantité (Banfi et al., 2012). Quand une cellule hépatique est abîmée, son contenu passe dans le sang.
En clair : le dosage ne mesure pas le bon fonctionnement du foie, mais l’ampleur des dégâts cellulaires. Un foie cirrhotique peut avoir une ALAT normale. Un foie en parfait état peut l’élever après un gros effort musculaire.
La réaction a besoin d’une coenzyme dérivée de la vitamine B6, le phosphate de pyridoxal. Certains réactifs l’ajoutent, d’autres non. Avec cet ajout, l’ALAT mesurée est en moyenne plus haute de 12 %, et l’écart se creuse en cas de carence en B6 (Talli et al., 2025).
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang au pli du coude, souvent le matin, avec le reste du bilan hépatique. Le point clé n’est pas l’heure. C’est l’activité physique des jours précédents.
Une heure de musculation suffit à faire monter les transaminases pendant au moins 7 jours chez des hommes en bonne santé (Pettersson et al., 2008). Prévenez le médecin si vous vous entraînez dur, ou espacez la prise de sang d’une séance intense.
Signalez aussi médicaments et compléments. Dans les essais, les extraits de thé vert ont élevé l’ALAT chez 6,7 % des participants, contre 0,7 % sous placebo (LiverTox). Dans un registre américain, 15,5 % des atteintes du foie d’origine médicamenteuse étaient dues à des plantes ou des compléments, dont environ un tiers de produits pour la musculation (Navarro et al., 2014).
Une hémolyse du tube peut fausser le résultat, dans un sens qui dépend de l’automate (Yang et al., 2022).
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en UI/L, une activité enzymatique mesurée à 37 °C. Le référentiel français des valeurs biologiques usuelles, établi par les méthodes de référence IFCC, retient :
- Chez l’homme : moins de 45 UI/L ;
- Chez la femme : moins de 34 UI/L.
Chaque laboratoire publie toutefois ses propres valeurs. Une étude multicentrique de la Fédération internationale de chimie clinique (IFCC) retient 9 à 59 UI/L chez l’homme et 8 à 41 UI/L chez la femme (Ceriotti et al., 2010).
Ces limites font débat. L’American College of Gastroenterology situe une ALAT vraiment normale entre 29 et 33 UI/L chez l’homme et entre 19 et 25 UI/L chez la femme (Kwo et al., 2017). La raison : les populations de référence incluent des personnes en surpoids ou qui boivent de l’alcool, ce qui gonfle les limites (Niemelä, 2016).
L’ACG gradue ensuite l’élévation en multiples de la limite supérieure : limite (moins de 2 fois), légère (2 à 5 fois), modérée (5 à 15 fois) et sévère (au-delà de 15 fois).
Ce qui compte vraiment : la persistance. Selon les recommandations britanniques, 84 % des bilans anormaux le restaient un mois plus tard, et le niveau de l’anomalie ne préjuge pas de la gravité (Newsome et al., 2018).
Ce que dit la science
L’ALAT est le marqueur de référence de l’atteinte des cellules du foie. Les recommandations britanniques l’intègrent au bilan de première intention, avec la bilirubine, l’albumine, les phosphatases alcalines, la GGT et la numération sanguine. Niveau de preuve : validé.
Sa faiblesse tient à sa spécificité. Plus de la moitié des anomalies des transaminases s’expliqueraient par l’obésité (Niemelä, 2016), et l’ACG décrit une relation linéaire entre ALAT et indice de masse corporelle.
Elle entre enfin dans le calcul du score FIB-4, avec l’ASAT, les plaquettes et l’âge. Selon les recommandations européennes sur la stéatose hépatique, un FIB-4 inférieur à 1,3 indique un faible risque de fibrose avancée, tandis qu’un FIB-4 supérieur à 2,67 la suggère (EASL-EASD-EASO, 2024).
Les analyses à associer
- Aspartate aminotransférase : le rapport ASAT sur ALAT oriente vers l’alcool, la fibrose ou le muscle ;
- Gamma-glutamyl transférase : renforce l’hypothèse hépatique ;
- Créatine kinase : signe une origine musculaire, fréquente chez le sportif ;
- Score de fibrose hépatique : estime le retentissement d’une atteinte chronique.
À retenir
- L’ALAT mesure des dégâts cellulaires du foie, pas sa fonction ;
- Valeurs usuelles françaises : moins de 45 UI/L chez l’homme, moins de 34 UI/L chez la femme ;
- Un effort musculaire peut l’élever une semaine : la créatine kinase aide à trancher ;
- Une élévation qui persiste, même légère, mérite qu’on en cherche la cause.