Ce que mesure l’analyse
Le phosphore est, avec le calcium, l’un des deux grands minéraux de l’os. Il est aussi présent dans chaque cellule : il entre dans la composition de l’ATP, la molécule qui fournit l’énergie, de l’ADN et des membranes. Le laboratoire mesure le phosphate dit inorganique, exprimé en phosphore (CSCIP, 2009).
Son taux dépend des apports alimentaires et de plusieurs hormones : la parathormone, la forme active de la vitamine D et l’équilibre acide-base (Mayo Clinic Laboratories). Une hormone produite par l’os, le FGF23, pousse aussi les reins à l’éliminer ; son excès est en cause dans l’hypophosphatémie liée à l’X, une maladie héréditaire (Haffner et al., 2025).
Comment se passe le prélèvement
Le phosphore a un rythme marqué dans la journée. Chez des volontaires en bonne santé, il était au plus bas vers 11 heures, atteignait un plateau vers 16 heures et culminait vers minuit et demi (Portale et al., 1987). Mayo Clinic Laboratories précise que le pic du soir peut sortir des valeurs de référence.
Les apports comptent surtout l’après-midi. Réduire fortement le phosphore de l’alimentation faisait baisser de 35 % la phosphatémie de l’après-midi, sans modifier celle du matin à jeun (Portale et al., 1989). Pour comparer deux résultats, faites-vous prélever à la même heure, de préférence le matin à jeun.
D’autres facteurs comptent. Une charge en sucre et l’insuline font baisser le phosphore (Berthelay et al., 1984), tout comme l’adrénaline (Ljunghall et al., 1987). Une hémolyse le fait monter (Lippi et al., 2006). Mayo demande une centrifugation dans les deux heures, mais une étude récente trouve peu d’effet clinique d’un délai allant jusqu’à 24 heures (Williams et al., 2025).
Comment lire le résultat
Le phosphore s’exprime en millimoles par litre (mmol/L), parfois en mg/L. Le référentiel français d’enseignement de l’internat en pharmacie retient 0,80 à 1,40 mmol/L, soit 25 à 45 mg/L. Le laboratoire d’Oxford retient 0,8 à 1,5 mmol/L après 18 ans (Oxford University Hospitals).
Les valeurs sont nettement plus hautes chez l’enfant, dont les os grandissent : 1,54 à 2,72 mmol/L avant un an, 1,33 à 1,92 mmol/L de 5 à 12 ans, 1,02 à 1,79 mmol/L de 13 à 15 ans, selon Oxford. Un chiffre normal chez l’enfant peut donc paraître élevé avec des repères d’adulte.
Pour l’hypophosphatémie, la recommandation de NHS Grampian distingue une forme légère (0,6 à 0,79 mmol/L), modérée (0,3 à 0,59) et sévère (sous 0,3) (NHS Grampian).
Ce que dit la science
Le dosage est validé et recommandé, notamment dans la maladie rénale chronique. Niveau de preuve : validé.
Quand les reins fonctionnent mal, le phosphore s’accumule. Les recommandations internationales KDIGO suggèrent de ramener un phosphore élevé vers les valeurs normales (KDIGO, 2017). Chez plus de 40 000 patients dialysés, le risque de décès augmentait avec le phosphore, jusqu’à être doublé au-delà de 9,0 mg/dL (Block et al., 2004).
À l’inverse, deux situations courantes font chuter le phosphore. La première est la renutrition après une dénutrition : l’ASPEN parle de syndrome de renutrition quand le phosphore, le potassium ou le magnésium baissent de 10 % ou plus dans les 5 jours suivant la reprise alimentaire (da Silva et al., 2020). La seconde est la perfusion de fer. Dans deux essais, une hypophosphatémie survenait chez 75,0 % et 73,7 % des patients traités par carboxymaltose ferrique, contre 7,9 % et 8,1 % avec un autre fer injectable (Wolf et al., 2020).
Chez le sportif
Un effort sur vélo jusqu’à l’épuisement fait fortement monter le phosphore du plasma, de façon passagère (Ljunghall et al., 1987). Le phosphate de sodium a été étudié comme aide à la performance. Une revue lui prête des effets sur la capacité aérobie et la puissance, mais à partir d’études très hétérogènes (Buck et al., 2013). Chez 13 cyclistes, il n’améliorait pas le contre-la-montre et ne modifiait pas le phosphore de repos (Buck et al., 2014). Une méta-analyse chez les sportives lui trouve un intérêt pour le sprint (López-Torres et al., 2023).
Les analyses à associer
- Calcium total : calcium et phosphore se règlent ensemble ;
- Parathormone : fait éliminer le phosphore par les reins ;
- Vitamine D : favorise son absorption intestinale ;
- FGF23 : hormone de l’os en cause dans certaines formes héréditaires.
À retenir
- Le phosphore sert à l’os et à l’énergie de toutes les cellules ;
- Chez l’adulte, les valeurs de référence se situent autour de 0,8 à 1,5 mmol/L ; elles sont plus hautes chez l’enfant ;
- Il varie avec l’heure et les repas : prélevez le matin à jeun pour comparer ;
- Il monte surtout en cas d’insuffisance rénale ;
- Il peut chuter lors d’une renutrition ou après une perfusion de carboxymaltose ferrique.