Ce que mesure l’analyse
La prolactine circule dans le sang sous plusieurs formes. La forme principale, monomérique, pèse 23 kDa. Les formes plus lourdes, dites big et big-big prolactine, sont biologiquement inactives. La plus grosse, la macroprolactine, pèse 150 à 170 kDa : c’est un complexe formé de prolactine et d’une immunoglobuline G. Elle représente moins de 10 % de la prolactine totale chez une personne en bonne santé.
Elle n’est pas dangereuse en elle-même, mais elle peut tromper. Selon les réactifs, un dosage de prolactine peut la compter : le résultat paraît alors élevé, alors que la prolactine réellement active est normale. On parle de macroprolactinémie quand cette forme domine. Dans ce cas, il s’agit d’un artefact de dosage, et non d’une maladie hypophysaire.
Comment se passe le prélèvement
Aucune préparation particulière n’est demandée au-delà de celle de la prolactine : prise de sang au repos, en évitant la fin de nuit. Le laboratoire réalise ensuite sur le même échantillon un traitement au polyéthylèneglycol (PEG), qui précipite les formes lourdes. Il dose la prolactine avant et après ce traitement. Une autre méthode, la chromatographie de filtration sur gel, sépare les formes selon leur taille ; elle sert de confirmation, mais elle est plus lourde à mettre en œuvre.
Si votre prolactine dépasse la limite supérieure du laboratoire, certains laboratoires lancent la recherche de macroprolactine automatiquement. D’autres attendent la demande du médecin. Parlez-en à votre médecin si votre prolactine est élevée sans symptômes.
Comment lire le résultat
Deux façons de rendre le résultat coexistent. La première est le pourcentage de récupération : la prolactine restante après PEG, rapportée à la prolactine de départ. Les seuils les plus utilisés sont 40 % et 60 %. Sous 40 %, on parle de macroprolactine prédominante, c’est le critère strict. Au-dessus de 60 %, la prolactine est surtout monomérique, et une hyperprolactinémie est dite vraie. Entre les deux, la zone est grise.
La seconde façon est de rendre la prolactine après PEG en valeur absolue, comparée à un intervalle de référence propre au laboratoire et à la méthode. Dans une étude d’un laboratoire croate (Roche cobas e601), la prolactine après PEG se situait de 3,0 à 11,5 µg/L chez l’homme et de 3,5 à 17,9 µg/L chez la femme. Ces chiffres ne valent pas pour d’autres réactifs. Cette seconde méthode évite de passer à côté d’une vraie hyperprolactinémie associée à de la macroprolactine, ce que le seul pourcentage ne montre pas.
Ce que dit la science
Dans la même étude croate, portant sur 1 136 patients, la macroprolactinémie représentait 3,3 % de l’ensemble des patients avec le critère de récupération de 40 % ou moins, et 8,8 % avec le critère de 60 % ou moins. Parmi les cas détectés avec le critère le plus large, 29 sur 100 avaient aussi une vraie hyperprolactinémie. Le choix du seuil change donc beaucoup le nombre de diagnostics.
Le test au PEG a des limites : le PEG précipite aussi une partie de la prolactine monomérique avec les globulines du sérum. Des globulines élevées peuvent donc donner un faux positif, comme chez certains patients infectés par le VIH dans une série où un seul patient sur dix présentait une vraie macroprolactine à la chromatographie. De plus, le type de PEG (6000 ou 8000) change les intervalles de référence. Le réactif Roche Elecsys Prolactine II y réagit moins que d’autres. Le niveau de preuve est « courant » : le dépistage est recommandé par l’Endocrine Society, mais les seuils varient selon les laboratoires.
Les analyses à associer
- La prolactine, qui déclenche la recherche.
- Les immunoglobulines G, dont l’excès peut intervenir.
- L’électrophorèse des protéines sériques, car des globulines élevées faussent le PEG.
- La TSH, pour écarter une autre cause d’hyperprolactinémie.
À retenir
- La macroprolactine est une forme inactive de prolactine, sans signe clinique en général.
- Une récupération sous 40 % après PEG indique une macroprolactine prédominante ; au-dessus de 60 %, la prolactine est surtout active.
- Entre 40 % et 60 %, c’est une zone grise.
- Une vraie hyperprolactinémie peut coexister avec la macroprolactine : demandez la prolactine après PEG.