Ce que mesure l’analyse
Le glucagon est une hormone de 29 acides aminés, sécrétée par les cellules alpha des îlots du pancréas. Elle monte quand la glycémie baisse. Elle stimule alors la production de glucose par le foie (glycogénolyse et néoglucogenèse) sans agir sur le glycogène des muscles. Quand la glycémie se normalise, sa sécrétion cesse (Mayo Clinic Laboratories). Le glucagon varie donc en sens inverse de la glycémie, à tout âge.
Comment se passe le prélèvement
C’est l’un des dosages hormonaux les plus exigeants. Mayo Clinic Laboratories demande un jeûne de 8 heures, un tube EDTA refroidi à l’avance (4 °C) puis placé 10 minutes dans de la glace, une centrifugation réfrigérée, puis la congélation immédiate du plasma dans un flacon en plastique. Dans cette version du test, une hémolyse, une lipémie ou un ictère marqués font refuser l’échantillon. Suivez les consignes de votre laboratoire : elles ne sont pas identiques partout.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en pg/mL, ce qui équivaut à des ng/L. Pour un adulte à jeun, Mayo Clinic Laboratories donne un intervalle de référence de 159 pg/mL ou moins avec un ELISA (dosage immunologique sur plaque). D’autres fiches du même laboratoire, correspondant à un autre immunodosage, indiquaient 80 pg/mL ou moins : le repère dépend donc de la méthode, et deux résultats ne se comparent que s’ils viennent du même test.
Plusieurs situations élèvent le glucagon sans tumeur : diabète, acromégalie, syndrome de Cushing, obésité (Mayo Clinic Laboratories). La glycémie du moment compte aussi : à glycémie basse, un glucagon plus haut est attendu. Ce qui compte, c’est l’heure, la glycémie simultanée et la méthode.
Le dosage est techniquement délicat. Sur dix kits du commerce testés, seule une minorité était spécifique du glucagon (Bak et coll., 2014). Les anticorps de certains kits réagissent avec d’autres peptides issus du même précurseur, comme la glicentine ou l’oxyntomoduline. Le test de Mayo ne détecte que le glucagon complet et ne réagit ni avec ces peptides ni avec le GLP-1. Chez des patients en insuffisance rénale terminale, un dosage par RIA (radio-immunologique) a donné des valeurs bien plus élevées qu’un ELISA : l’hyperglucagonémie apparente n’était pas due au glucagon complet (Wewer Albrechtsen et coll., 2014). Pour un suivi, il faut toujours garder la même méthode.
Ce que dit la science
L’indication solide est rare : la recherche d’une tumeur sécrétant du glucagon, ou glucagonome. Elle peut associer un diabète, une diarrhée et une éruption cutanée caractéristique, l’érythème nécrolytique migrateur. Un glucagon élevé en dehors d’une hypoglycémie peut évoquer cette tumeur, et la valeur se normalise après un traitement efficace. Le glucagon est aussi augmenté, plus rarement, dans certaines autres tumeurs neuroendocrines (carcinoïdes, carcinomes hépatocellulaires). Ce marqueur n’est pas spécifique d’un cancer (Mayo Clinic Laboratories).
Chez la personne diabétique, l’utilité du dosage est très limitée. Un glucagon bas, ou à la limite basse de l’intervalle, pendant une hypoglycémie traduit une contre-régulation altérée, qui expose aux hypoglycémies répétées. Cette altération peut être définitive (destruction des cellules alpha, neuropathie autonome) ou fonctionnelle et réversible, par exemple après un contrôle trop serré de la glycémie. Le dosage ne joue aucun rôle dans le diagnostic d’acidocétose diabétique, qui repose sur la glycémie, les corps cétoniques et l’acidose. Lors d’un test de repas mixte pour explorer une hypoglycémie après un repas, il est mesuré avec la glycémie, l’insuline et le peptide C, mais son rôle y reste mineur (Mayo Clinic Laboratories).
Niveau de preuve : courant, mais pour des indications spécialisées et étroites. Un résultat doit toujours être discuté avec un médecin.
Les analyses à associer
On lit le glucagon avec la glycémie à jeun, l’insuline à jeun et le peptide C (qui reflète la production d’insuline par le pancréas), ainsi qu’avec le GLP-1, qui freine la sécrétion de glucagon après un repas.
À retenir
- Le glucagon monte quand la glycémie baisse : on ne le lit jamais sans la glycémie du moment.
- Le prélèvement exige un jeûne et une chaîne du froid stricte.
- Le repère adulte de Mayo (159 pg/mL ou moins, ELISA) est propre à ce laboratoire et à cette méthode.
- L’indication solide est la recherche d’un glucagonome ; l’utilité est très limitée dans le diabète.