Ce que mesure l’analyse
Le pancréas fabrique d’abord une grande molécule, la proinsuline. Une enzyme la coupe en deux : l’insuline d’un côté, le peptide C de l’autre, en quantités égales. Mesurer le peptide C revient donc à mesurer la quantité d’insuline que le pancréas sécrète.
Il a plusieurs avantages sur l’insuline, selon Jones et Hattersley (Diabetic Medicine, 2013). Le foie ne le retient presque pas, alors qu’il capte environ la moitié de l’insuline. Il reste plus longtemps dans le sang, 20 à 30 minutes contre 3 à 5 pour l’insuline, et circule à des concentrations environ cinq fois plus élevées. Surtout, il n’est pas présent dans l’insuline injectée : c’est le seul moyen de mesurer la sécrétion propre d’une personne traitée par insuline.
Comment se passe le prélèvement
Le dosage peut se faire à jeun ou après un repas. Mayo exige huit heures de jeûne pour son intervalle de référence, l’arrêt de la biotine douze heures avant, et l’absence d’hémolyse, qui abaisse artificiellement le résultat. Jones et Hattersley conseillent de mesurer la glycémie en même temps : une glycémie basse freine la sécrétion, alors qu’une glycémie au-dessus de 8 mmol/L (environ 1,44 g/L) correspond à un état stimulé.
La conservation compte moins qu’on ne le pensait. Selon ces auteurs, le peptide C reste stable au moins 24 heures à température ambiante sur sang total prélevé sur EDTA, contre environ 6 heures sur tube sec avec gel.
Comment lire le résultat
Les unités varient : Jones et Hattersley rappellent que 1 nmol/L égale 1 000 pmol/L, soit environ 3 ng/mL. Deux types de repères existent :
- chez une personne sans diabète, à jeun : Mayo Clinic Laboratories donne un intervalle de 1,1 à 4,4 ng/mL ;
- chez une personne diabétique traitée par insuline : Jones et Hattersley proposent, à jeun, moins de 0,08 nmol/L pour une carence absolue en insuline, et moins de 0,25 nmol/L pour une carence marquée évocatrice d’un diabète de type 1.
Ces seuils restent indicatifs : les auteurs insistent sur la prudence près des seuils, car les techniques ne sont pas parfaitement standardisées.
Plusieurs situations élèvent le peptide C : l’insuffisance rénale, car les reins éliminent environ la moitié du peptide C ; la résistance à l’insuline ; un IMC au-delà de 25, selon Mayo. En cas d’hypoglycémie, Mayo explique qu’une insuline élevée avec un peptide C bas évoque de l’insuline injectée, alors qu’une insuline et un peptide C tous deux élevés évoquent un insulinome ou des sulfamides.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est intermédiaire : le peptide C est bien validé physiologiquement, mais ses usages cliniques reposent surtout sur des recommandations d’experts. Jones et Hattersley en résument l’intérêt principal : aider à classer et à traiter les diabètes traités par insuline quand le type est incertain. Son utilité est maximale trois à cinq ans après le diagnostic : un peptide C qui persiste alors oriente vers un diabète de type 2 ou une forme monogénique, appelée MODY, plutôt qu’un diabète de type 1.
Ils soulignent aussi les limites. Au moment du diagnostic, les valeurs se chevauchent beaucoup entre type 1 et type 2, surtout chez les personnes en surpoids. Le calcul de l’indice HOMA de fonction des cellules bêta n’est pas conseillé en pratique clinique et n’est pas valable sous insuline.
Les analyses à associer
- Glycémie à jeun et insuline à jeun : le contexte du prélèvement.
- Anticorps anti-GAD : pour un diabète auto-immun.
- Créatinine : la fonction rénale, qui modifie le peptide C.
À retenir
- Le peptide C est libéré en même quantité que l’insuline par le pancréas.
- Il mesure la sécrétion propre, même sous insuline injectée.
- Chez Mayo, il va de 1,1 à 4,4 ng/mL à jeun.
- Sous insuline, un peptide C à jeun sous 0,08 nmol/L signe une carence absolue.
- L’insuffisance rénale l’élève faussement.