Ce que mesure l’analyse
L’indice HOMA-IR (homeostasis model assessment of insulin resistance) n’est pas un dosage mais un calcul. Il estime la résistance à l’insuline, c’est-à-dire la difficulté des tissus à répondre à cette hormone, à partir de deux valeurs mesurées à jeun : la glycémie et l’insuline.
Le principe a été décrit par Matthews et ses collègues (Diabetologia, 1985). À jeun, glycémie et insuline s’équilibrent par une boucle de rétroaction : si les tissus résistent à l’insuline, le pancréas en sécrète davantage pour garder une glycémie normale. Le modèle compare les valeurs d’une personne à celles qu’il prédit pour différents degrés de résistance et de défaillance du pancréas.
Comment se passe le prélèvement
Il faut une seule prise de sang, à jeun, sur laquelle on dose la glycémie et l’insuline. Toutes les précautions de l’insuline s’appliquent : jeûne, absence d’hémolyse, arrêt de la biotine, pas d’effort intense juste avant.
La formule la plus utilisée, reprise par exemple par Gayoso-Diz et ses collègues (BMC Endocrine Disorders, 2013), est : insuline à jeun (µUI/mL) × glycémie à jeun (mmol/L) ÷ 22,5. Par exemple, une insuline de 10 µUI/mL et une glycémie de 5 mmol/L (0,90 g/L) donnent un indice d’environ 2,2. Pour convertir une glycémie en g/L, multipliez-la par 5,55 environ.
Comment lire le résultat
Plus l’indice est élevé, plus la résistance à l’insuline estimée est forte. Mais il n’existe aucun seuil consensuel. Gayoso-Diz et ses collègues ont recensé des seuils publiés allant d’environ 1,5 à 3,8 selon les pays et les méthodes, le plus souvent fondés sur un percentile de la population.
Dans leur propre étude, EPIRCE, menée chez 2 459 adultes espagnols, le seuil passait de 3,46 avec le critère du 90e percentile à 2,05 quand on cherchait à repérer les personnes atteintes d’un syndrome métabolique. Les seuils variaient aussi selon le sexe et, chez les femmes, selon l’âge : au-delà de 70 ans, l’indice ne permettait plus de distinguer les femmes à risque. La valeur moyenne de l’indice passait de 1,7 sans aucun critère de syndrome métabolique à 5,3 avec les cinq critères. Ces chiffres ne valent que pour cette population et sa technique de dosage de l’insuline.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est intermédiaire. L’indice est validé face aux méthodes de référence : dans l’étude d’origine, il était bien corrélé au clamp euglycémique, la mesure de référence de la sensibilité à l’insuline. Mais Matthews et ses collègues notaient déjà une faible précision, avec un coefficient de variation d’environ 31 %.
Wallace, Levy et Matthews (Diabetes Care, 2004), dont l’un des concepteurs du modèle, en précisent le bon usage : il est adapté aux études de cohorte et épidémiologiques, à condition que les dosages soient fiables et interprétés avec prudence. Ils mettent en garde contre certains usages inappropriés. Jones et Hattersley (2013) ajoutent qu’il n’a pas de sens chez une personne traitée par insuline, car l’insuline injectée est dosée.
En pratique, un HOMA-IR isolé donne une tendance, pas un diagnostic, et se discute avec le médecin à la lumière du reste du bilan.
Les analyses à associer
- Glycémie à jeun et insuline à jeun : les deux composantes du calcul.
- Rapport triglycérides sur HDL : un autre marqueur de la résistance à l’insuline.
- Hémoglobine glyquée : l’équilibre glycémique sur plusieurs mois.
À retenir
- Le HOMA-IR se calcule : insuline (µUI/mL) × glycémie (mmol/L) ÷ 22,5.
- Il estime la résistance à l’insuline à partir d’une seule prise de sang à jeun.
- Aucun seuil ne fait consensus ; dans l’étude EPIRCE, 2,05 était associé au syndrome métabolique.
- Sa précision individuelle est limitée.
- Il n’a pas de sens sous insuline.