Ce que mesure l’analyse
Le 1,5-anhydroglucitol (1,5-AG) est un sucre simple, de structure très proche du glucose, qui provient surtout de l’alimentation. Selon Selvin et ses collègues (Clinical Chemistry, 2014), il circule à un niveau élevé et stable quand la glycémie est normale : le rein le filtre librement puis le réabsorbe, et n’en élimine qu’une petite quantité, équivalente aux apports.
Son intérêt tient à cette réabsorption. Quand la glycémie dépasse le seuil rénal, le glucose passe dans les urines et entre en compétition avec le 1,5-AG pour être réabsorbé : le 1,5-AG est alors perdu dans les urines et son taux sanguin baisse. Dungan et ses collègues (Diabetes Care, 2006) le décrivent comme un marqueur qui chute quand la glycémie dépasse ce seuil ; Labcorp relie les valeurs basses aux pics de glycémie au-delà de 180 mg/dL (1,80 g/L). Le taux remonte ensuite lentement, ce qui garde la trace des pics des une à deux dernières semaines.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique. Le test le plus connu, GlycoMark, est proposé surtout aux États-Unis, notamment par Labcorp, avec une technique enzymatique colorimétrique.
Plusieurs situations faussent le résultat, selon Labcorp. Le baissent : les inhibiteurs de SGLT2, des antidiabétiques qui font éliminer le glucose dans les urines ; une glycosurie persistante ; une insuffisance rénale terminale ou la dialyse ; la grossesse ; une cirrhose avancée ; un jeûne prolongé ; les corticoïdes ; l’acarbose. Certains médicaments chinois et la nutrition par perfusion peuvent l’élever. Signalez vos traitements au médecin.
Comment lire le résultat
Le 1,5-AG s’exprime en µg/mL. Sa lecture est inversée par rapport aux autres marqueurs du sucre : plus il est bas, plus les pics de glycémie ont été importants. Labcorp donne :
- chez l’homme adulte : 10,7 à 32,0 µg/mL ;
- chez la femme adulte : 6,8 à 29,3 µg/mL ;
- chez la personne diabétique : un objectif au-dessus de 10 µg/mL.
Les valeurs ne sont pas établies avant 18 ans.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent : le marqueur est bien compris biologiquement et validé analytiquement, mais il n’entre pas dans les recommandations françaises et reste peu disponible.
Son intérêt principal est de révéler ce que l’HbA1c moyenne. Dungan et ses collègues ont étudié des personnes diabétiques dont l’HbA1c était comprise entre 6,5 et 8 %, avec un enregistrement continu de la glycémie. Malgré des HbA1c proches, autour de 7,3 %, le 1,5-AG variait beaucoup d’une personne à l’autre. Il était mieux corrélé que l’HbA1c ou la fructosamine aux pics après les repas et au temps passé au-dessus de 1,80 g/L.
Sa valeur pronostique a été étudiée dans la cohorte ARIC. Selvin et ses collègues (Clinical Chemistry, 2014) ont suivi plus de 10 000 personnes pendant une vingtaine d’années. Chez les personnes diabétiques, un 1,5-AG sous 6 µg/mL, comparé à 10 µg/mL ou plus, était associé à beaucoup plus de rétinopathie et à près de trois fois plus de maladie rénale chronique, même après prise en compte de l’HbA1c. Chez les personnes sans diabète, une valeur sous 10 µg/mL était associée à un risque de diabète plus que doublé, mais ce lien s’atténuait nettement après prise en compte de l’HbA1c ou de la glycémie à jeun.
Les auteurs en tirent une limite importante : chez les personnes sans diabète, le 1,5-AG était très peu corrélé à la glycémie et à l’HbA1c, et aucune association n’apparaissait au-delà d’environ 15 µg/mL. Il repère donc mal les premiers déséquilibres et semble surtout utile chez la personne déjà diabétique.
Les analyses à associer
- Hémoglobine glyquée et fructosamine : les moyennes de la glycémie.
- Glycémie à jeun : une mesure ponctuelle, souvent normale malgré des pics.
- Débit de filtration glomérulaire : la fonction rénale, qui influence le marqueur.
À retenir
- Le 1,5-anhydroglucitol baisse quand la glycémie dépasse le seuil rénal.
- Une valeur basse signale des pics de glycémie récents.
- Chez Labcorp, il va de 10,7 à 32,0 µg/mL chez l’homme et de 6,8 à 29,3 µg/mL chez la femme.
- Les inhibiteurs de SGLT2, la grossesse et l’insuffisance rénale le faussent.
- Il complète l’HbA1c sans la remplacer et reste peu disponible en France.