Ce qui se passe dans le corps
La glycémie est le taux de glucose, le principal sucre, dans le sang. Après un repas, elle monte, puis l’insuline, une hormone fabriquée par le pancréas, la fait redescendre en faisant entrer le glucose dans les muscles et le foie. Quand ce système s’essouffle, la glycémie reste haute plus longtemps, d’abord sans aucun symptôme.
En France, la mesure de référence est la glycémie veineuse à jeun, après 10 à 12 heures sans manger. Selon le guide de parcours de soins de la HAS, une valeur comprise entre 1,10 et 1,25 g/L définit l’hyperglycémie modérée à jeun, souvent appelée prédiabète, avec un nouveau contrôle un an plus tard. À partir de 1,26 g/L, vérifiée à deux reprises, on parle de diabète. Le même guide précise que l’HbA1c n’est ni recommandée ni remboursée en France pour ce dépistage.
Les causes les plus fréquentes
La HAS propose le dépistage aux personnes de plus de 45 ans qui présentent au moins un marqueur de risque :
- Un surpoids ou une obésité (indice de masse corporelle, ou IMC, d’au moins 25) ;
- Un parent du premier degré diabétique ;
- Un diabète apparu pendant une grossesse (diabète gestationnel) ;
- Une hypertension ou un excès de graisses dans le sang (dyslipidémie) ;
- Un traitement connu pour élever la glycémie, une origine non caucasienne ou une situation de précarité.
La sédentarité s’y ajoute. Les auteurs du Diabetes Prevention Program la rangent, avec le surpoids et la glycémie élevée, parmi les facteurs de risque sur lesquels on peut agir.
Ce qui aide, selon les études
Le mode de vie, loin devant
L’essai fondateur, publié dans le New England Journal of Medicine, a suivi 3 234 adultes en surpoids avec une glycémie élevée pendant près de trois ans. Le programme de mode de vie (objectifs : au moins 7 % de poids en moins et 150 minutes d’activité par semaine) a réduit de 58 % l’apparition du diabète, contre 31 % pour la metformine, un médicament du diabète. Les Standards of Care de l’American Diabetes Association en ont fait une recommandation de haut niveau. La HAS insiste sur un objectif de perte de poids réaliste, fixé avec le patient.
Les fibres comptent plus que l’index glycémique
Une série de méta-analyses parue dans The Lancet associe une forte consommation de fibres à 15 à 30 % de diabète de type 2 en moins, par rapport aux plus faibles consommateurs. Pour un régime à index glycémique bas, le bénéfice observé est plus faible, voire absent, avec des preuves jugées faibles à très faibles. Chez les personnes déjà concernées, une méta-analyse publiée dans PLoS Medicine montre qu’ajouter des fibres abaisse un peu la glycémie à jeun et l’hémoglobine glyquée (HbA1c, le reflet de la glycémie des deux à trois derniers mois). Légumineuses, légumes, fruits entiers et céréales complètes en sont les sources du quotidien.
Bouger, même peu, autour des repas
Le moment compte aussi. Une méta-analyse parue dans Sports Medicine montre que de courtes marches légères, répétées pendant une longue période assise, réduisent le glucose et l’insuline après le repas, et font mieux que le simple fait de se lever. Ces essais ne duraient qu’une journée. Pour les personnes diabétiques, la HAS recommande de rompre les longues périodes assises en se levant et en bougeant au moins une minute toutes les heures.
Vinaigre, cannelle, capteur : des pistes fragiles
Le vinaigre pris avec un repas atténue la montée du sucre dans de petits essais, mais une méta-analyse de l’American Journal of Clinical Nutrition juge ces preuves très incertaines (biais, résultats dispersés). La cannelle n’a pas montré d’effet net sur l’HbA1c dans une revue Cochrane. Quant au capteur de glucose en continu, ce petit appareil collé sur la peau, une revue récente chez l’adulte non diabétique conclut qu’il peut aider à ajuster l’alimentation dans un programme encadré, sans bénéfice durable démontré. Le chapitre prévention des recommandations américaines n’en fait pas une recommandation pour les personnes sans diabète.
Et les médicaments ?
Les recommandations américaines proposent d’envisager la metformine chez certains adultes à haut risque, par exemple après un diabète gestationnel ou en cas d’obésité importante. Cette décision se prend avec le médecin, au cas par cas.
Ce que propose la médecine chinoise
Présentée ici comme une tradition, la médecine chinoise ne mesure pas la glycémie. Le tableau le plus proche est le xiao ke, « soif et dépérissement ». Il est décrit comme un vide de yin avec chaleur interne, touchant le Poumon, l’Estomac et le Rein. Les ouvrages de référence citent l’igname de Chine (shan yao), la racine de kudzu (ge gen) et l’astragale (huang qi). Chez l’humain, ces plantes restent peu ou mal étudiées. Elles pourraient s’ajouter à l’effet d’un traitement du diabète : parlez-en à votre médecin avant d’en prendre.
Quand consulter
Une soif intense, des urines abondantes, une perte de poids inexpliquée, une grande fatigue ou une vision trouble doivent faire consulter rapidement : le NHS les décrit comme des signes de glycémie haute. Nausées, vomissements, douleurs au ventre, haleine à odeur d’acétone, respiration rapide, somnolence ou confusion imposent d’appeler le 15 : ils peuvent signaler une acidocétose, une urgence médicale. Chez une personne traitée pour un diabète, un malaise avec sueurs, tremblements ou confusion évoque une hypoglycémie : elle doit se resucrer aussitôt. L’entourage appelle le 15 si elle ne peut pas avaler ou perd connaissance, et ne lui donne rien à boire si elle est inconsciente.
À retenir
- Une glycémie à jeun entre 1,10 et 1,25 g/L signale un risque, pas un diabète ;
- Perdre un peu de poids et bouger chaque semaine reste la mesure la mieux prouvée ;
- Les fibres et les courtes marches pendant les longues périodes assises aident, sans miracle ;
- Cannelle, vinaigre et capteur connecté restent des pistes fragiles ;
- Soif intense, vomissements ou confusion : ne tardez pas à consulter.
