Ce qui se passe dans le corps
Fatigue tenace. Souffle court dans l’escalier. Le fer manque, mais le corps ne le signale pas toujours clairement.
Le fer sert d’abord à transporter l’oxygène, rappelle l’ANSES. Le corps en garde une réserve, mesurée par la ferritine, une protéine de stockage. Quand les apports ne compensent plus les pertes, cette réserve se vide en premier. L’anémie, c’est-à-dire la baisse de l’hémoglobine des globules rouges, n’arrive qu’ensuite.
Autrement dit : on peut manquer de fer avec une numération sanguine encore normale.
Les causes les plus fréquentes
- Les pertes de sang : règles abondantes, saignements digestifs, dons de sang répétés ;
- Des besoins accrus, comme pendant la grossesse ou la croissance ;
- Une absorption réduite, par exemple dans la maladie cœliaque, une maladie de l’intestin déclenchée par le gluten ;
- Des apports alimentaires insuffisants.
Les sportifs d’endurance ne sont pas épargnés. Une revue publiée dans l’European Journal of Applied Physiology estime que 15 à 35 % des athlètes féminines et 5 à 11 % des athlètes masculins manquent de fer. L’effort augmente l’hepcidine, une hormone qui freine l’absorption du fer.
Le don du sang pèse aussi. Dans un essai publié dans JAMA, deux tiers des donneurs qui ne recevaient pas de fer n’avaient toujours pas reconstitué leurs réserves près de six mois après le don.
Chez l’homme et la femme ménopausée, la situation change de nature. Selon les recommandations de la Société britannique de gastroentérologie, environ un tiers des personnes concernées par une anémie par manque de fer ont une maladie sous-jacente, le plus souvent digestive.
Ce qui aide, selon les études
Premier réflexe : le bon examen. La HAS recommande de doser la ferritine en priorité. Basse, elle confirme le manque. En cas d’inflammation ou de maladie rénale, elle peut rester faussement normale : le médecin ajoute alors le coefficient de saturation de la transferrine.
Côté assiette, la nature du fer compte autant que la quantité. Le fer héminique des viandes, poissons et abats s’absorbe mieux que le fer des légumineuses ou des légumes verts. L’EFSA fixe l’apport de référence à 11 mg par jour pour les hommes et les femmes ménopausées, 16 mg pour les femmes réglées.
Certaines boissons freinent l’absorption. Dans un essai publié dans le British Journal of Nutrition, le thé noir pris avec un repas réduisait de 79 à 94 % l’absorption du fer d’origine végétale. Les phytates des céréales complètes et des légumineuses la freinent aussi, d’autant plus qu’ils sont abondants, selon l’American Journal of Clinical Nutrition.
Quand les réserves sont basses, le médecin peut prescrire du fer. Chez des personnes sans anémie mais avec une ferritine basse, une revue publiée dans BMJ Open montre une fatigue un peu moins marquée dans les quatre essais qui l’ont mesurée, sans gain de capacité physique.
Deux idées reçues tombent. Ajouter de la vitamine C au comprimé de fer n’a pas accéléré la remontée de l’hémoglobine, dans un essai de 440 adultes publié dans JAMA Network Open. Et le petit poisson en fer plongé dans la casserole n’a pas modifié l’hémoglobine de femmes cambodgiennes anémiées, dont peu manquaient réellement de fer.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise, présentée ici comme une tradition, décrit un vide de Sang (xue xu), souvent rattaché à une faiblesse de la Rate, l’organe qu’elle charge de produire le sang à partir des aliments. Ce motif, répertorié par la CIM-11 de l’OMS, ne se superpose pas à la carence en fer : seule une prise de sang mesure les réserves.
La tradition y associe la racine d’angélique chinoise (dang gui), la racine de rehmannia préparée (shu di huang) et la jujube (da zao). Aucune n’a été évaluée dans la carence en fer. Le dang gui appelle une prudence particulière : un cas publié décrit un effet fortement accru d’un anticoagulant, la warfarine.
Quand consulter
Certains signes imposent un avis médical sans attendre :
- Du sang dans les selles, des selles noires ou des vomissements de sang ;
- Un essoufflement au moindre effort, des palpitations, une douleur dans la poitrine ou un malaise ;
- Des règles très abondantes ou une perte de poids inexpliquée ;
- Un manque de fer découvert chez un homme ou une femme ménopausée.
Le bilan comprend en général une ferritine et une numération formule sanguine. Selon le contexte, le médecin peut rechercher une maladie cœliaque par le dosage des anticorps anti-transglutaminase, comme le suggère une revue publiée dans The Lancet.
À retenir
- La ferritine est l’examen de première intention ;
- Le fer d’origine animale s’absorbe mieux que celui des végétaux ;
- Le thé pendant le repas freine l’absorption du fer ;
- Chez l’homme et la femme ménopausée, un manque de fer impose de chercher une cause.

