Ce qui se passe dans le corps
Deux graisses cohabitent dans le ventre. La première, sous-cutanée, se pince entre les doigts. La seconde, viscérale, entoure les organes, sous les muscles abdominaux.
C’est elle qui inquiète les médecins. Un consensus international publié dans Nature Reviews Endocrinology rappelle que l’indice de masse corporelle (IMC, le poids rapporté au carré de la taille) ne suffit pas à estimer le risque. Il fait du tour de taille un signe vital à mesurer en routine.
Le repère tient dans un mètre ruban. La HAS situe le risque à partir de 94 cm chez l’homme et de 80 cm chez la femme, hors grossesse. Les recommandations britanniques NICE proposent une règle encore plus simple : garder un tour de taille inférieur à la moitié de sa taille.
Les causes les plus fréquentes
La graisse viscérale s’installe quand l’énergie apportée dépasse durablement l’énergie dépensée. Mais certaines habitudes semblent l’orienter vers le ventre.
Les boissons sucrées, d’abord. Dans une cohorte américaine suivie six ans, publiée dans Circulation, les personnes qui en buvaient chaque jour accumulaient davantage de graisse viscérale, à variation de poids égale. Les sodas « light » n’étaient pas associés à cette hausse. Une association, pas une preuve de cause.
Le sommeil, ensuite. Dans un petit essai publié dans le Journal of the American College of Cardiology, douze adultes privés de sommeil pendant deux semaines ont mangé davantage et pris de la graisse abdominale, notamment viscérale.
Les fibres, enfin, jouent dans l’autre sens. Dans une cohorte de plus de 1 100 adultes, chaque tranche de 10 g de fibres solubles par jour allait avec une accumulation de graisse viscérale plus lente de 3,7 % en cinq ans.
Ce qui aide, selon les études
Bouger reste le levier le mieux documenté. L’OMS recommande 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’activité soutenue, avec du renforcement musculaire au moins deux jours par semaine.
Le plus utile se cache sous la balance. Selon une méta-analyse de 117 études publiée dans Obesity Reviews, le régime fait perdre davantage de poids. L’exercice, lui, réduit la graisse viscérale même quand le poids ne bouge pas : environ 6 % de moins, contre 1 % avec le régime. Une autre méta-analyse, publiée dans PLoS One, désigne l’endurance d’intensité modérée à élevée comme la plus prometteuse.
Le fractionné à haute intensité (HIIT), qui alterne efforts intenses et récupération, réduit aussi la graisse abdominale et viscérale, selon une méta-analyse de 39 études publiée dans Sports Medicine.
Et les abdominaux ? Dans un essai publié dans le Journal of Strength and Conditioning Research, six semaines d’exercices abdominaux ont renforcé les muscles sans réduire la graisse du ventre. L’idée de faire fondre une zone précise ne tient pas, du moins dans cet essai de 24 personnes.
En cas d’obésité, des médicaments existent sur prescription. Dans l’essai STEP 1, publié dans le New England Journal of Medicine, le sémaglutide a fait perdre en moyenne 14,9 % du poids en 68 semaines, contre 2,4 % sous placebo. Un an après l’arrêt, environ deux tiers du poids perdu étaient revenus.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise, présentée ici comme une tradition, ne parle pas de graisse viscérale. Elle décrit une accumulation de mucosités-humidité (tan shi), souvent liée à un vide de qi de la Rate, l’organe qu’elle charge de transformer les aliments. La CIM-11 de l’OMS répertorie ce motif dans son chapitre consacré aux médecines traditionnelles.
La Pharmacopée chinoise associe à ce tableau le poria (fu ling), un champignon réputé drainer l’humidité, le fruit d’aubépine de Chine (shan zha), qu’elle dit « abaisser les lipides », et l’écorce de mandarine séchée (chen pi). Aucune de ces plantes n’a fait la preuve d’un effet sur le poids chez l’humain.
Le thé vert, lui, a été bien étudié. La revue Cochrane ne lui trouve pas d’effet notable sur le poids. Et selon l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments, les compléments très concentrés en catéchines du thé peuvent abîmer le foie.
Quand consulter
Un ventre qui s’arrondit avec les années relève d’abord de l’hygiène de vie. Certains signes changent la donne :
- Un ventre qui gonfle vite, alors que le reste du corps ne grossit pas ou maigrit ;
- Un ventre dur ou douloureux, une jaunisse, des jambes qui gonflent ou un essoufflement ;
- Une soif intense avec des urines abondantes et une perte de poids.
Votre médecin peut aussi proposer une prise de sang pour mesurer le retentissement de la graisse viscérale : glycémie, hémoglobine glyquée, bilan lipidique, enzymes du foie.
À retenir
- Au-delà de 94 cm de tour de taille chez l’homme et 80 cm chez la femme, le risque augmente ;
- L’exercice réduit la graisse viscérale, même sans perte de poids visible ;
- Les abdominaux renforcent la sangle sans faire fondre la graisse qui la recouvre ;
- Boissons sucrées et manque de sommeil vont de pair avec davantage de graisse viscérale.
