Ce qui se passe dans le corps
Une palpitation, c’est le fait de sentir son cœur battre : trop vite, trop fort, de façon irrégulière, ou avec l’impression d’un battement « manqué ». Au repos, on ne perçoit normalement pas son cœur. Le sentir ne veut pas dire qu’il fonctionne mal : souvent, le rythme est normal mais accéléré, ou un battement isolé arrive en avance.
Ce battement en avance s’appelle une extrasystole. Elle peut naître dans les oreillettes (les cavités du haut du cœur) ou dans les ventricules (les cavités du bas). Le battement suivant est souvent plus fort, d’où la sensation de « coup » dans la poitrine. Plus rarement, les palpitations traduisent une arythmie, c’est-à-dire un trouble durable du rythme. Les deux plus connues sont la fibrillation atriale (les oreillettes battent de façon désordonnée et le pouls devient irrégulier) et la tachycardie supraventriculaire (un accès de rythme rapide et régulier, qui commence et s’arrête d’un coup).
Les causes les plus fréquentes
La plupart des palpitations sont bénignes. Le service de santé britannique (NHS) cite d’abord des déclencheurs du quotidien :
- Les excitants : caféine, alcool, nicotine, drogues ;
- Le stress, l’anxiété et le manque de sommeil ;
- Un effort physique intense ;
- Certains médicaments, la grossesse et la ménopause ;
- Des maladies à rechercher : anémie par manque de fer, hyperthyroïdie (thyroïde trop active), trouble du rythme ou maladie d’une valve cardiaque.
L’Association européenne du rythme cardiaque (EHRA) rappelle que l’anxiété et les crises de panique donnent souvent des palpitations, mais qu’une cause cardiaque doit d’abord être écartée, car les deux peuvent coexister. Autre piège peu connu : la réglisse consommée en grande quantité (bonbons, boissons aromatisées) peut faire chuter le potassium du sang et provoquer des troubles du rythme, selon une revue publiée dans Nutrients.
Ce qui aide, selon les études
Faire le bon bilan
Le premier examen est l’électrocardiogramme (ECG), un tracé de l’activité électrique du cœur. L’EHRA le recommande pour tous, avec un interrogatoire et un examen clinique. Si les symptômes sont rares, le médecin peut proposer un Holter (ECG enregistré en continu pendant 24 heures grâce à un petit boîtier) ou un enregistreur d’événements, pour capter le rythme au moment précis où vous ressentez quelque chose. La prise de sang n’est utile que si une cause générale est suspectée. Une revue de l’American Family Physician souligne que les montres et appareils connectés capables d’enregistrer un ECG peuvent aider à documenter un épisode.
L’alcool : un levier démontré
Chez les personnes atteintes de fibrillation atriale, la Société européenne de cardiologie (ESC) demande de limiter l’alcool, dans le cadre d’une prise en charge globale qui inclut aussi le poids, l’activité physique et la tension artérielle. Un essai publié dans le New England Journal of Medicine l’a montré en pratique : chez des buveurs réguliers, l’abstinence a fait baisser les récidives d’arythmie sur six mois (53 % des patients contre 73 %).
Le café : moins coupable qu’on le croit
Dans un essai publié dans le New England Journal of Medicine, cent adultes équipés d’un ECG continu buvaient du café ou s’en privaient selon des jours tirés au sort. Le café n’a pas augmenté nettement les extrasystoles venues des oreillettes, mais il a accru celles venues des ventricules, et réduit le sommeil d’environ une demi-heure. Chez des buveurs de café traités par cardioversion (un choc électrique qui remet le cœur en rythme normal) pour une fibrillation atriale, un essai publié dans le JAMA a même observé moins de récidives avec environ une tasse par jour qu’avec l’arrêt complet de la caféine. En pratique : inutile de bannir le café par principe, mais si vos palpitations sont des extrasystoles ventriculaires, observez l’effet de votre consommation.
Les manœuvres vagales en cas de tachycardie
La manœuvre de Valsalva consiste à pousser fort, comme pour souffler contre une résistance, pendant une quinzaine de secondes. Elle sollicite le nerf vague, qui freine le cœur. L’ESC la considère comme un premier geste sûr face à une tachycardie supraventriculaire. Dans un essai publié dans The Lancet, la version modifiée (s’allonger et lever les jambes juste après la poussée) a ramené un rythme normal chez 43 % des patients, contre 17 % avec la version classique. Cette technique s’apprend avec son médecin, une fois le diagnostic posé.
Compléments : prudence
Le magnésium est souvent conseillé contre les extrasystoles. Un seul petit essai brésilien contre placebo a observé moins d’extrasystoles et de symptômes : c’est encourageant, mais trop limité pour conclure. L’aubépine est reconnue par l’Agence européenne des médicaments pour un usage traditionnel dans les palpitations d’origine nerveuse, un statut fondé sur l’ancienneté de son emploi et non sur des essais. Quant aux oméga-3 en gélules, souvent pris « pour le cœur », une méta-analyse publiée dans Circulation les associe à un risque un peu plus élevé de fibrillation atriale.
Ce que propose la médecine chinoise
Présentée ici comme une tradition, la médecine chinoise relie les palpitations au Cœur, qui y « abrite » l’esprit. Elle les rattache surtout à un manque de sang, de yin ou de qi du Cœur. Les ouvrages de référence citent la graine de jujubier épineux (suan zao ren), la chair de longane (long yan rou) ou la réglisse (gan cao). Côté science, le jujubier n’a été testé que sur le sommeil, dans quelques petits essais ; la longane n’a pas d’essai clinique publié ; et la réglisse en excès peut au contraire déclencher des troubles du rythme.
Quand consulter
Santé.fr rappelle que des palpitations justifient toujours un avis médical pour en trouver la cause. Appelez le 15 si elles s’accompagnent d’une douleur dans la poitrine, d’un malaise, d’une perte de connaissance ou d’un essoufflement, ou si le cœur bat très vite sans se calmer ; la fièvre, les sueurs et la pâleur sont aussi des signes d’alerte. Consultez rapidement si elles surviennent pendant un effort, ce qui doit faire rechercher une maladie du cœur selon l’EHRA, si elles reviennent de plus en plus souvent ou durent plus de quelques minutes, si vous avez une maladie cardiaque connue ou si un proche est mort subitement.
À retenir
- La plupart des palpitations sont des extrasystoles bénignes, mais un ECG est nécessaire pour le vérifier ;
- L’alcool favorise la fibrillation atriale : le réduire fait baisser les récidives ;
- Le café n’augmente pas nettement les extrasystoles des oreillettes, mais peut augmenter celles des ventricules ;
- Douleur dans la poitrine, malaise ou essoufflement avec des palpitations : appelez le 15.
