Ce qui se passe dans le corps
Les triglycérides sont la principale forme sous laquelle le corps stocke et transporte les graisses. Après un repas, l’intestin en envoie dans le sang. Le foie en fabrique aussi. Le taux mesuré dépend donc à la fois de ce que vous mangez et buvez, et de la façon dont votre organisme gère ces graisses.
Les recommandations européennes ne fixent pas d’objectif chiffré, mais indiquent qu’un taux sous 1,7 mmol/L (environ 1,5 g/L) va de pair avec un risque plus faible. Elles soulignent un point souvent ignoré : le lien entre triglycérides et maladies des artères s’efface quand on tient compte du cholestérol « non-HDL », c’est-à-dire tout le cholestérol des particules capables de se déposer dans les artères. D’où l’intérêt de lire l’ensemble du bilan, pas un seul chiffre.
Quand les triglycérides deviennent très élevés, le danger change de nature. La recommandation américaine de 2026 vise à réduire le risque de pancréatite aiguë (inflammation brutale du pancréas) dès environ 5,7 mmol/L (5 g/L), et surtout au-delà de 11,3 mmol/L (10 g/L).
Les causes les plus fréquentes
Selon une revue publiée dans le BMJ, la plupart des hausses viennent d’un mélange de nombreuses petites variations génétiques et du mode de vie. Corriger ces facteurs passe avant tout médicament.
- Les sucres : une méta-analyse d’essais publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition montre qu’un apport plus élevé en sucres fait monter les triglycérides, et ce indépendamment du poids ;
- L’alcool : son effet est majeur, surtout quand le taux est déjà haut, selon les recommandations européennes ;
- Le surpoids et un diabète mal équilibré, deux causes très courantes citées par la revue du BMJ ;
- Certaines maladies, comme une maladie rénale chronique ou une hypothyroïdie non contrôlée (thyroïde qui fonctionne au ralenti), d’après une étude publiée dans Endocrine Practice ;
- Certains médicaments, dont les œstrogènes, à ne jamais arrêter sans avis médical.
Très rarement (moins d’un cas par million d’habitants dans cette même étude), une maladie génétique, le syndrome de chylomicronémie familiale, provoque des taux extrêmes.
Ce qui aide, selon les études
L’assiette et le verre
La recommandation américaine de 2026 fait du mode de vie le premier traitement. Elle conseille de limiter les sucres ajoutés, les glucides raffinés (pain blanc, viennoiseries, sodas…) et les graisses saturées, et de boire le moins d’alcool possible. Quand le taux est très élevé, l’alcool doit disparaître et un diététicien aide à bâtir un plan adapté.
Le mouvement
Pour les recommandations européennes, maigrir abaisse les triglycérides, et l’exercice régulier ajoute son propre effet. Le texte américain vise une perte de 5 à 10 % du poids, au moins 150 minutes par semaine d’activité modérée à soutenue et deux séances de renforcement musculaire.
Pour les sportifs pressés, une méta-analyse publiée dans le British Journal of Sports Medicine a comparé le fractionné à haute intensité à l’absence d’exercice chez des adultes avec un syndrome métabolique : les triglycérides baissaient, autant qu’avec l’endurance classique. Des protocoles courts (moins de 15 minutes d’effort intense par séance) semblaient aussi efficaces que des protocoles plus longs.
Oméga-3 : le chiffre et le risque
Une revue Cochrane de 86 essais conclut que les oméga-3 à longue chaîne (EPA, DHA) abaissent les triglycérides d’environ 15 %, mais modifient peu ou pas le risque global d’accident cardiovasculaire. La recommandation américaine ne conseille pas les compléments alimentaires pour faire baisser les triglycérides.
Les oméga-3 sur ordonnance sont un autre sujet. Dans l’essai REDUCE-IT, publié dans le New England Journal of Medicine, une forme purifiée d’EPA (l’icosapent éthyle) a réduit les événements cardiovasculaires chez des patients à haut risque déjà sous statine. Dans l’essai STRENGTH, publié dans JAMA, un mélange EPA et DHA n’a montré aucun bénéfice. La mise à jour européenne de 2025 ne retient donc que l’icosapent éthyle, pour certains patients à haut risque.
Médicaments : baisser le chiffre ne suffit pas
Les fibrates abaissent les triglycérides. Mais dans l’essai PROMINENT, mené chez plus de 10 000 personnes avec un diabète de type 2, le pémafibrate a fait baisser les triglycérides sans réduire les accidents cardiovasculaires. Pour réduire le risque, les statines restent le premier choix selon les recommandations européennes. Toute décision de traitement revient à votre médecin.
Les remèdes populaires
L’ail est souvent cité. Une méta-analyse publiée dans Nutrition Reviews lui trouve un effet modeste sur le cholestérol, mais aucun effet net sur les triglycérides.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise est présentée ici comme une tradition, non comme une preuve. Elle décrit l’excès de graisses dans le sang comme des Glaires-Humidité, favorisées par une Rate affaiblie et par la stagnation alimentaire. Elle recourt notamment à l’aubépine (shan zha), à l’écorce de mandarine séchée (chen pi) et au poria (fu ling).
Chez l’humain, ces plantes restent peu étudiées et les rares essais portent sur des mélanges. Dans l’un d’eux, publié dans Nutrients, un mélange de feuilles d’aubépine et d’écorce de mandarine a été testé chez des adultes en surpoids : la baisse des triglycérides n’apparaissait que dans une analyse secondaire. Ces plantes ne remplacent ni le bilan ni le suivi médical.
Quand consulter
Une douleur du ventre brutale et intense, en barre, qui irradie dans le dos, avec des vomissements, impose d’appeler le 15 ou d’aller aux urgences : le NHS range la douleur qui gagne le dos parmi les signes d’alerte de la pancréatite aiguë. Une douleur dans la poitrine justifie aussi d’appeler le 15.
De petits boutons jaunâtres apparus d’un coup sur les fesses, le dos, les coudes ou les genoux méritent une consultation rapide. Ces xanthomes éruptifs (dépôts de graisse dans la peau) sont, selon une revue de l’American Journal of Medicine, un indice précoce de triglycérides très élevés, souvent repéré trop tard.
Enfin, un résultat élevé mérite d’en parler à votre médecin. Il pourra rechercher une cause (diabète, thyroïde, reins, médicaments) et évaluer votre risque cardiovasculaire global.
À retenir
- Sucres ajoutés, alcool et surpoids sont les premiers leviers, à la hausse comme à la baisse ;
- Bouger régulièrement abaisse les triglycérides, au-delà de l’effet de la perte de poids ;
- Les gélules d’oméga-3 baissent le chiffre sans protéger clairement le cœur, et l’ail n’a pas d’effet net ;
- Un médicament se discute avec le médecin, selon votre risque global ;
- Une douleur du ventre intense qui irradie dans le dos impose d’appeler le 15.
