Ce que mesure l’analyse
Les triglycérides sont la forme de stockage des graisses : trois acides gras fixés sur une molécule de glycérol. Insolubles dans le sang, ils voyagent dans des lipoprotéines riches en triglycérides.
Après un repas, ce sont les chylomicrons, venus de l’intestin. Entre les repas, ce sont les VLDL (lipoprotéines de très basse densité), fabriquées par le foie.
Une enzyme fixée sur la paroi des vaisseaux, la lipoprotéine lipase, libère leurs acides gras vers les muscles et le tissu adipeux. Les particules qui restent, appelées remnants, sont plus petites et riches en cholestérol. Ce sont elles qui pénètrent la paroi artérielle.
Le dosage, enzymatique, mesure le glycérol libéré. Il donne la quantité totale de triglycérides, toutes particules confondues.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang veineuse. Le jeûne n’est plus la règle. Selon le consensus de la Société européenne d’athérosclérose et de la Fédération européenne de biologie clinique (EAS/EFLM), publié dans l’European Heart Journal, un repas habituel élève les triglycérides d’environ 0,3 mmol/L en moyenne. Une hausse jugée sans portée clinique.
Le jeûne garde sa place dans quelques cas : un résultat non à jeun supérieur à 5 mmol/L (4,4 g/L), une hypertriglycéridémie suivie en consultation spécialisée, une pancréatite récente, ou avant un médicament capable de les faire flamber.
Évitez un repas très gras juste avant, l’alcool la veille et un effort inhabituel. Chez une personne diabétique, sachez qu’un prélèvement à jeun peut masquer les hausses qui suivent les repas.
Comment lire le résultat
En France, l’unité est le g/L. Pour passer en mmol/L, multipliez par 1,14.
Le consensus EAS/EFLM propose ces repères :
- Souhaitable à jeun : moins de 1,50 g/L (1,7 mmol/L) ;
- Seuil d’alerte sans jeûne : 1,75 g/L (2 mmol/L) ;
- Hypertriglycéridémie légère à modérée : de 1,75 à 8,80 g/L ;
- Hypertriglycéridémie sévère, avec risque de pancréatite : au-delà de 8,80 g/L (10 mmol/L).
Le seuil de 1,50 g/L est aussi un critère du syndrome métabolique dans sa définition harmonisée, publiée dans Circulation.
Les triglycérides varient beaucoup d’un jour à l’autre. Un résultat isolé et modérément élevé mérite d’être recontrôlé avant toute conclusion.
Ce que dit la science
Pendant longtemps, les triglycérides ont été considérés comme de simples témoins. La génétique a changé la donne.
Des travaux danois de randomisation mendélienne, publiés dans le Journal of the American College of Cardiology, montrent que le cholestérol des remnants, porté par les particules riches en triglycérides, est un facteur causal de maladie coronaire.
Mais la molécule de triglycéride ne serait pas le coupable direct. Une analyse de la biobanque britannique et de deux grands essais (JAMA Cardiology) montre que le risque d’infarctus suit surtout le nombre de particules porteuses d’apolipoprotéine B, quelle que soit leur richesse en triglycérides.
Le vrai facteur est ailleurs : dans le nombre de particules athérogènes que des triglycérides élevés accompagnent.
Le niveau de preuve est donc double. Comme marqueur de risque et outil de dépistage métabolique, le dosage est validé par toutes les recommandations. Comme cible propre de prévention cardiovasculaire, il reste discuté. Les recommandations européennes et américaines gardent le LDL-c et le cholestérol non-HDL comme objectifs, y compris quand les triglycérides sont élevés.
Au-delà de 8,80 g/L, l’enjeu change de nature : c’est la pancréatite aiguë qu’il faut prévenir, avec un avis médical rapide.
Les analyses à associer
Le HDL-c complète la lecture : triglycérides hauts et HDL-c bas forment le profil de la résistance à l’insuline. Le remnant cholestérol et l’apolipoprotéine B traduisent le risque artériel lié à ces particules. La glycémie à jeun recherche un diabète, cause fréquente d’hypertriglycéridémie.
À retenir
- Les triglycérides reflètent les graisses circulantes et le métabolisme de l’insuline ;
- Le jeûne n’est pas indispensable, sauf résultat très élevé ;
- À jeun, la valeur souhaitable reste sous 1,50 g/L ;
- Au-delà de 8,80 g/L, le risque de pancréatite impose un avis médical rapide.