Ce que mesure l’analyse
Le cholestérol ne circule pas librement dans le sang. Il voyage dans des lipoprotéines, des particules faites de graisses et de protéines. Les principales sont les LDL, qui apportent le cholestérol aux tissus, et les HDL, qui en rapportent une partie vers le foie. Le cholestérol total additionne le cholestérol de toutes ces particules.
Le consensus de la Société européenne d’athérosclérose (EAS) et de la Fédération européenne de biologie clinique (EFLM), publié par Nordestgaard et ses collègues dans l’European Heart Journal en 2016, rappelle comment ce total sert à calculer les autres valeurs :
- le LDL cholestérol, par la formule de Friedewald : cholestérol total moins HDL moins triglycérides divisés par 2,2 (en mmol/L), tant que les triglycérides restent inférieurs à 4,5 mmol/L ; au-delà, le LDL est mesuré directement ;
- le cholestérol non-HDL : cholestérol total moins HDL, soit le cholestérol de toutes les particules qui favorisent l’athérosclérose ;
- le cholestérol résiduel : cholestérol total moins LDL moins HDL.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang au pli du coude suffit. Le jeûne n’est plus nécessaire en routine. Le consensus EAS/EFLM a comparé, dans de grandes études de population, des bilans faits à jeun et après un repas habituel. Une à six heures après le repas, le cholestérol total baisse au plus d’environ 0,2 mmol/L, soit 0,08 g/L : un écart sans conséquence clinique. Les valeurs à jeun et non à jeun prédisent de la même façon le risque cardiovasculaire.
Le consensus propose d’envisager un bilan à jeun seulement si les triglycérides dépassent 5 mmol/L sans jeûne.
Comment lire le résultat
En France, le cholestérol s’exprime surtout en g/L ; ailleurs, en mmol/L. Le consensus EAS/EFLM demande aux laboratoires de signaler un cholestérol total de 5 mmol/L (1,90 g/L) ou plus, à jeun ou non. Ce n’est pas une limite « normale » au sens statistique : c’est une valeur souhaitable. La limite haute calculée sur la population est en effet très élevée, plus de 7,8 mmol/L au Danemark, car le mode de vie y place déjà beaucoup de personnes à risque. Avec le seuil de 5 mmol/L, 72 % des adultes d’un pays d’Europe de l’Ouest ou du Nord auraient une valeur signalée.
Le cholestérol total ne dit pas tout. Un HDL élevé fait monter le total sans le même sens qu’un LDL élevé. Les objectifs de traitement européens, repris dans le consensus, portent sur le LDL, le cholestérol non-HDL et l’apolipoprotéine B, selon votre niveau de risque, pas sur le cholestérol total.
Certaines valeurs imposent un avis rapide. Le consensus cite un LDL supérieur à 5 mmol/L, évocateur d’une hypercholestérolémie familiale hétérozygote, une maladie génétique, et un LDL supérieur à 13 mmol/L pour sa forme homozygote.
Ce que dit la science
Le cholestérol total est un dosage validé et indispensable au bilan lipidique. Son intérêt propre pour juger du risque est plus limité que celui du LDL, du non-HDL ou de l’apolipoprotéine B, car il mélange des particules aux effets opposés.
Chez le sportif, la composition du cholestérol compte plus que le total. La méta-analyse de Kodama et ses collègues (Archives of Internal Medicine, 2007), qui regroupe 25 essais, montre que l’entraînement aérobie élève le HDL de 2,53 mg/dL en moyenne. Il faut environ 900 kcal dépensées ou 120 minutes d’exercice par semaine pour obtenir un effet, et chaque tranche de dix minutes ajoutée à une séance apporte environ 1,4 mg/dL de plus. La durée des séances comptait davantage que leur fréquence ou leur intensité.
Les analyses à associer
- LDL cholestérol : la principale cible de prévention.
- HDL cholestérol : la part du total qui ne favorise pas l’athérosclérose de la même façon.
- Triglycérides : indispensables au calcul du LDL.
- Cholestérol non-HDL : le cholestérol des particules athérogènes.
À retenir
- Le cholestérol total additionne le cholestérol de toutes les lipoprotéines.
- Le jeûne n’est pas nécessaire en routine.
- Le seuil souhaitable européen est de 1,90 g/L (5 mmol/L).
- Les décisions reposent surtout sur le LDL, le non-HDL et l’apolipoprotéine B.
- Un HDL élevé, fréquent chez le sportif d’endurance, peut faire monter le total.